Anaïs
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

L'étrange mort de Marie-Louise

    Cher Philippe,

Que pensez-vous de la mort très suspecte de votre fille aînée, Marie-Louise, devenue reine d’Espagne en 1689? À la cour, on a murmuré qu’elle aurait été empoisonnée, victime d’un complot organisé par la reine mère Marie-Anne de Habsbourg. Qu’en pensez-vous? Il paraît que le roi votre frère adhère lui aussi à la thèse de l’empoisonnement.

Bien à vous,

Anaïs

Chère Anaïs,

Par mégarde j'ai laissé cette lettre sans réponse. Je vous prie de m'en excuser, et répare tantôt l'oubli.

Marie-Louise fut la première épouse de Charles II d'Espagne, qu’elle épousa en 1679 et non pas en 1689.

Je me rappelle qu'elle n'était pas favorable à l'idée de ce mariage. Elle se jeta d'ailleurs aux pieds de son royal oncle pour qu'il renonce à ce projet. Louis se contenta d'en rire. Elle n'eut, ma foi, pas le temps de m'offrir une descendance. Elle sombra dans une sombre dépression, en butte à l'hostilité de la cour qui manipulait le faible souverain. Elle mourut dans sa vingt-septième année. En effet, des rumeurs d'empoisonnement à l’instigation de la reine douairière, Marie-Anne d'Autriche, ont alors circulé. Ma foi, je ne sais quoi penser! La douleur fut intense. Fut-elle empoisonnée? Je ne saurais le dire avec autant de conviction que mon entourage! Il semblerait. Je me console en me disant qu'elle a rejoint Dieu. Que faire d'un immense doute?

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.