Marine
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Les hommes de votre vie

   

Monseigneur,

Je dois vous avouer que je vous porte une grande admiration car vous êtes à mes yeux, bien plus que votre frère, l'un des plus grands personnages de votre époque.

Pour ne pas vous faire perdre votre temps, qui doit être bien précieux, j'en viens à ce pourquoi je vous écris. Je connais votre goût pour les hommes et sais que votre «vice italien» dérangeait beaucoup à la Cour. Loin de vous juger j'aimerais en savoir plus sur les hommes qui ont compté dans votre vie dont le fameux Chevalier de Lorraine.

En espérant n'avoir pas été inconvenante, je tiens à vous présenter mon plus profond respect à votre égard.

Bien à vous,

Marine.


Très chère Demoiselle Marine,

La vie à la Cour n'est pas mouvementée ces temps-ci et c'est avec plaisir que je réponds à votre missive.

Il est vrai -cela n'est un secret pour personne- que j'ai en moi le «vice italien». J'ai autour de moi des amis fidèles mais mon plus fort attachement, vous ne l'ignorez point, va au Chevalier Philippe de Lorraine-Armagnac. Nous sommes fort proches depuis notre rencontre en 1650; j'avais dix ans. Il eut une carrière militaire ma foi admirable, en Italie, en Hollande, aux sièges de Maëstricht en 1673, de Besançon et de Dôle en 1674. Il servit à la bataille de Montcassel où il fut blessé, puis à la bataille de Saint-Omer en 1677. Il fut fait chevalier des Ordres du Roi et c'est à ce moment qu'il se fit alors appeler Prince de Lorraine. Il fut exilé en 1670 par requête de la première Madame et rentra au Palais Royal après la mort de celle-ci. Il est un ami fidèle, surtout depuis l'éloignement des champs de bataille. Nous nous plaisons à discuter de tout et nous divertir...

J'espère vous en avoir appris plus sur cet homme admirable.

Je vous salue,

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.


Monseigneur,

Je tiens tout d’abord à vous remercier de votre réponse sur le Chevalier de Lorraine. Elle m’a permis de connaître mieux cet homme qui partage des moments de votre vie.

Ensuite je tiens à vous dire toute l’admiration que je vous porte. Il est vrai que de votre siècle on ne retient que le grand monarque que fut votre frère, sa Majesté Louis XIV et pourtant c’est votre personne qui m’impose le plus de respect (bien que je n’en manque point pour votre frère). Bien que vivant dans l’ombre du Roi je puis vous dire que vous êtes la seule lumière dont l’éclat fasse briller le royaume. Par votre joie de vivre et votre différence vous avez ouvert la voie à une plus grande liberté et cela force l’admiration. Il ne doit pas être facile d’être toujours relégué au deuxième rang et en cela je vous plains, mais je sais ce que vous en pensez : c’est ainsi que Dieu a voulu votre place. Permettez-moi de vous dire que, bien que votre frère soit le monarque, au pays de mon coeur vous êtes le Roi.

Avec toute l’admiration qu’il m’est possible d’avoir,

Marine.


Chère Mademoiselle,

Les paroles d'admiration dont vous me gratifiez sont fort belles.

Je vous en remercie.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.