pavie.patricia
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

La Palatine

    Monseigneur,

Je vous admire énormément: il ne doit pas être facile d'être le frère cadet d'un roi aussi prestigieux et autoritaire que Louis XIV!

Pourriez-vous me parler de la princesse «Palatine», votre seconde épouse, et de vos relations (sans vouloir être indiscrète)?

Votre enfance a-t-elle été malheureuse? On raconte aujourd'hui que vous dormiez dans des draps troués et que votre chemise était beaucoup trop courte, car votre mère était trop occupée, est-ce vrai?

Je vous remercie d'avance,

Mademoiselle Adeline de Pavie (13 ans)



Chère Mademoiselle de Pavie.

13 ans, quel bel âge.... Vous me voyez flatté d'une telle admiration à monégard.
Comme je l'ai déjà dit, il est vrai que mon Frère Louis le quatorzième a une personnalité des plus écrasantes. Il ordonne, nous exécutons, moi comme toutautre courtisan.
Certes mon rang m'offre grands privilèges..

Ici à la Cour, nos vies sont exposées au grand jour du lever au coucher de sa Majesté et un secret dit au creux d'une oreille se retrouve au coeur des bavardages dès le surlendemain.... dès lors, votre question trouvera ici uneréponse qui, je l'espère, satisfera votre jeune curiosité.


Elisabeth-Charlotte von Wittelsbach-Simmern de Bavière, ainsi surnommé "La Palatine", est devenue ma seconde épouse par mariage arrangé du Roi en 1672. Je ne suis pas des plus heureux avec Madame mon épouse mais elle m'a donné un héritier et lui en suis fort reconnaissant. Elle est plus la camarade dejeux de Sa Majesté que ma femme!!
Elle n'hésite pas, voyez vous, à dire de moi que je suis "débauché" et critique ma façon de me vetir et de me comporter lors des soirées. Mais je lui pardonne puisqu'elle m'accorde parfois cette parole: "vous êtes le meilleur homme du monde". Disons que nous nous respectons....

Vous me demandez si mon enfance été malheureuse. Il est vrai qu'elle n'a pas toujours été facile... Feu Louis XIII, mon père, ne nous voyait pas souvent et je l'agassais tellement mon babillement était incessant, semble-t'il! Quant à ma mère, feue Anne d'Autriche, elle nous aimait profondément même si ses marques d'affection à notre égard étaient quasi inexistantes. J'ai été et suis toujours dans l'ombre de mon Frère, Mademoiselle Adeline, mais telle est la place que le Seigneur me donna.

En revanche, je suis étonné des allusions que vous faites de moi en évoquant "draps troués" et autre "chemise trop courte". Je suis certes parfois affublé de manière extravagante mais de là à dormir dans des draps troués et me vétir de haillons, n'y croyez pas..... Je suis duc d'Orléans, frère de Sa Majesté tout de même. Mais celà m'amuse de voir ce qui se raconte à votre siècle...

Bien à vous chère demoiselle.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.



Monseigneur,

Tout d'abord, je vous remercie vivement de votre réponse. Veuillez aussi m'excuser, je me suis mal exprimée pour «les draps troués» et «les chemises trop courtes»! Vous m'en voyez fort confuse.

L'on raconte aujourd'hui que lors de la période de régence de votre mère, Sa Majesté Anne était bien occupée par les affaires d'État et elle vous «abandonnait» aux domestiques. Ceux-ci ne vous donnaient pour vous vêtir, votre frère et vous, que des chemises trop courtes; et pour dormir, vous aviez des draps troués... Ma foi, je ne sais que croire et j'espère avoir votre réponse d'ici peu de temps.

Une autre petite question: aimiez-vous le cardinal Mazarin? Quels étaient vos rapports avec lui?

En espérant avoir de vos nouvelles,

Mademoiselle Adeline.


Gente Damoiselle,

Je me presse de répondre à votre lettre car je suis attendu en mon château de Saint-Cloud pour une affaire importante.

Lorsque ma mère, feu la Reine Anne d'Autriche, était Régente du Royaume de France, il est vrai qu'elle était fort soucieuse. Comme je l'ai déjà dit dans une autre lettre, ma mère, bien qu'elle eût pour moi beaucoup d'affection, ne m'en témoignait que rarement.

Bien qu'elle fût toujours à nos côtés, nous étions toujours à la charge de nos gouvernantes. Madame de Folaine était ma gouvernante, Madame de Lansac, celle de Sa Majesté Mon Frère. Mais ne croyez pas les polissons qui colportent de fausses informations; nous étions toujours traités selon notre rang, en Dauphin et Duc d'Anjou, Princes du Royaume de France. Oubliez dès lors ces histoires de «chemises trop courtes» et de «draps troués», voulez-vous!

La Régence est une période que le Roi, et moi-même d'ailleurs, n'aimons pas évoquer... à cause de la terrible Révolte, la Fronde des Grands du Royaume.

Le cardinal de Mazarin était avec nous lors de ces épreuves, notamment lorsque nous fûmes chassés du palais parisien des Tuileries et contraints de nous réfugier à Saint-Germain-en-Laye. Étant le parrain de mon Frère et son Premier Ministre, leurs relations étaient beaucoup plus fortes que celles qu'entretenait le cardinal à ma personne. Tandis qu'il soumettait mon Frère Louis à une éducation des plus virile, il me confia à l'humaniste François de la Mothe-Le-Vayer auprès duquel j'appris de nombreuses choses.

Le cardinal de Mazarin était homme à forte personnalité et aux idées de gouvernement bien arrêtées. Je ne l'aimais pas, mais le respectais. Savez-vous que c'est lui, chère Adeline, qui arrangea mon mariage avec feu ma première épouse, tout comme il le fit pour sa Majesté et l'Infante Marie-Thérèse, le tout pour pacifier les relations entre nos deux pays?

J'espère avoir répondu à votre requête.
Au plaisir de vous lire chère amie.


Monsieur, Philippe Duc d'Orléans