Elisabeth
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

La mode à Paris

   

Cher Monsieur,

Me voici à nouveau après une absence qui m'a paru très longue. Pour cause: le travail quotidien à faire pour l'école. Je ne me plains cependant pas, c'est une chance de pouvoir étudier. Une chance ennuyeuse, si vous voulez mon avis.

Je voudrais vous poser une question, plus futile, peut-être, que celles que je vous ai posées précédemment et tout à fait de la coquette de quinze ans que je suis: quels sont, à votre époque, les canons de beauté concernant les hommes? Et quelle est la mode pour les habits masculins?

Je vous remercie de prêter attention à mes questions.

En vous saluant,

Elisabeth


Chère Élisabeth,

Moi-même, je suis fort occupé par des affaires de toute sortes. L'éducation est très importante. L'apprentissage est certes chose difficile, mais il apporte bien des contentements.

Cette question que vous me posez m'amuse. Voilà une originalité qui me plaît. Je ne puis répondre pour la mode à Paris puisque je côtoie très peu les petites gens. En revanche, je puis vous parler de la mode à la Cour.

Le costume a évolué depuis le début du règne. Évoquons tout d’abord le costume masculin au début du règne. La chemise est dotée de manches froncées, terminées par des manchettes de dentelle, et relevées aux coudes par des nœuds de rubans. Les deux bords du col sont, il faut l’avouer, énormes et ornés de dentelle. Ils s'attachent par deux cordons terminés par des houppes ou des pompons. Le pourpoint, déboutonné en bas, est raccourci. La chemise portant le jabot, bouffe entre le pourpoint et les hauts de chausses, et sous les manches courtes du pourpoint. Le haut de chausses est assez large et porte des canons (flots de rubans). La rhingrave est une sorte de jupon, portée par dessus les hauts de chausses, parfois rattachée à eux. Les bas de soie sont indispensables! Les souliers à talons rouges et à bouts carrés, ornés de nœuds, remplacent les bottes portées généralement sous Louis XIII.

La moustache se porte fine, les cheveux longs bouclés. Ils seront remplacés en fonction de la mode par une perruque. Même le roi et moi-même nous pliâmes à cette mode malgré nos magnifiques cheveux! Sur la perruque, nous portions des chapeaux de feutre, garnis de plumes d'autruche ou de rubans. Nous avions aussi des accessoires, tels des gants.

Le costume a évolué après 1670. Le roi se rasa la moustache. Le justaucorps remplaça le pourpoint. C’est un vêtement descendant jusqu'aux mollets, cintré sous ceinture, boutonné jusqu'au ventre, à 2 ou 4 poches basses, à manches terminées par des parements à revers très importants. Ce justaucorps recouvre une veste, sorte de gilet à manches longues et ajustées. La rhingrave disparaît et le haut de chausses prend le nom de culotte. Les bas sont mis et roulés sur la culotte, les chaussures à bouts carrés et à talons rouges. La perruque devient énorme. Le chapeau de feutre se modifie et devient un tricorne orné de plumes. Un nouvel accessoire apparaît: la cravate, nœud de rubans tout fait. Les gants sont bordés de franges.

J'espère que cette description vous donne une idée plus claire. Je vous salue.

Philippe, Duc d'Orléans


Merci, Monsieur, pour votre réponse si rapide.

Je m'attendais à ce que la mode ait changé en quatre siècles, mais je dois avouer que j'ai été surprise. Je connaissais la mode concernant les habits féminins grâce à un courrier de Madame de Montespan et grâce aux peintures, mais en ce qui concerne les hommes je dispose de moins de documents.

Vous seriez fort surpris, je crois, de voir notre manière de nous habiller: aujourd'hui, hommes et femmes portent des pantalons même si les robes ne sont pas proscrites pour autant. Nous préférons souvent les pantalons moulant pour les femmes et plutôt larges pour les hommes. Les jeunes filles (dont moi) aiment souvent mettre des hauts qui laissent voir leur ventre, parfois jusqu'au nombril et des jupes plus ou moins courtes. Les hommes portent des chemises ou ce que nous appelons des pulls selon les saisons.

Par contre, j'apprécie fort que les cheveux longs soient à la mode chez vous car, je l'avoue, j'ai un faible pour les hommes qui les portent ainsi. Je saute maintenant du coq à l'âne, mais je voudrais vous demander des renseignements sur l'étiquette en vigueur à la Cour; comment s'adresse-t-on au Roi, à un comte, à un marquis, etc.

Je vous remercie de l'attention que vous voulez bien me prêter et vous salue bien bas,

Elisabeth


Chère Élisabeth,

Je suis assez surpris des tenues que vous portez à votre époque. Des femmes en braies, voilà qui surprendrait fort mes contemporains! En ce qui concerne l'étiquette, que puis-je vous dire, si ce n'est qu'une lettre ne suffirait point à en dévoiler toute la complexité?

«Madame l'Étiquette» est la règle pointilleuse des préséances, autrement dit du comportement de tous en présence de sa Majesté et autres membres de la Cour. Je peux cependant vous donner quelques exemples:

«Au lever du jour, le premier valet s'habille un quart d'heure avant de réveiller le Roi. Un quart d'heure après, le premier valet de chambre réveille le Roi. Un autre valet allume le feu. D'autres valets ouvrent les fenêtres. D'autres emportent le goûter de nuit du Roi (oui, il a des fringales la nuit!). À l'heure précise du réveil, le premier valet dit (8h30): «Sire, voilà l'heure!».

Entrent alors dans la chambre le grand Chambellan, puis le premier gentilhomme de la chambre, puis, s'ils le désirent, les enfants et petits-enfants du Roi. Le grand Chambellan tire les rideaux. Le roi est toujours dans son lit. Le grand Chambellan présente le bénitier au roi. Le roi prie pendant un quart d'heure.

Et c'est ainsi réglé jusqu'au coucher du Roi qui a lieu généralement vers 22h ou minuit!

On peut parler au roi à partir de ce moment: «Le barbier apporte les perruques. Le roi choisit une perruque pour la journée. Le premier valet tient la robe de chambre du roi. Le roi se lève. Le roi enfile une manche. Le grand Chambellan aide le roi à enfiler l'autre manche. Le roi est en robe de chambre. Le grand Chambellan enlève le bonnet de nuit du roi. Un des barbiers peigne le roi. Le premier valet présente le miroir au roi. Le roi demande la première entrée. Seuls entrent dans la chambre ceux qui ont officiellement ce privilège et ceux qui ont un billet d'entrée. Le roi met sa perruque du jour.»

Le roi dit: «Je veux ma chambre», c'est la deuxième entrée. Entrent dans la chambre les huissiers, les valets porte-manteaux, les serviteurs les plus proches du roi par leur travail...

Cela vous a paru long? Pourtant nous ne sommes pas encore au petit déjeuner! Lorsque le roi se couche, se déplace ou mange, il en va de même!! Il y avait une rivalité terrible pour savoir qui aurait le droit, par exemple, de border le roi! Sont ainsi codées les tenues vestimentaires, les révérences, les places à l'intérieur de la Chapelle ou durant les repas publics de Sa Majesté...

Voyez comme tout cela est difficile. Même pour nous!

J'espère vous avoir satisfaite.

Philippe Duc d'Orléans


Mon Dieu! Quelle complexité! Je suis bien contente de ne pas être née à la Cour: moi et ma passion de la liberté y aurions été bien mal.

En espérant pouvoir vous écrire bientôt,

Je vous salue,

Elisabeth


Vous savez chère Elisabeth, chaque époque il me semble a son lot de contraintes.

N'hésitez point à me poser d'autres questions si le coeur vous en dit.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans