paul
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

La cour du plus grand roi

    Monsieur,

Qu'il me soit d'abord permis, Monsieur, de vous remercier bien humblement de l'honneur que vous me faites de lire ces quelques lignes. Je ne sais que trop bien la distance qui me sépare de vous, et je n'en suis que plus sensible à votre bonté et aux égards que vous avez envers ma bien humble personne.

J'aurai aimé savoir, Monsieur, vous qui faisiez les délices de la cour de Versailles, qui n'y manquiez jamais aucun divertissement ni aucune fête, quel fut le plus beau spectacle que vous y ayez vu?

Si vous pouviez avoir l'obligeance de me donner un aperçu même très bref, des magnificences de la cour du plus grand Roi du monde, j'en serais comblé outre mesure.

Mes amitiés au chevalier de Lorraine, dont je crois savoir qu'il est fort de vos amis.

Soyez assuré que je demeure, Monsieur, le plus fidèle, le plus dévoué, et le plus aimant de vos serviteurs.

Paul


Cher ami,

Je répondrai volontiers à une demande si sincère et intéressée.

Ainsi donc, vous êtes d'avis que je suis une des personnes qui donne son éclat aux fêtes données à Versailles ou la Cour en général? Sans vouloir m'approprier les mérites, je pense en effet avoir mis toute mon âme et mon excentricité là-dedans.

Je ne pourrai vous dire quelle fête m'a le plus impressionné ou amusé. Toutes sont différentes et hautes en divertissements, du moins, c'était le cas avant. À présent, la bigote Madame de Maintenon impose des règles austères et la cour vieillissante s'y prête. Quant à moi, je m'y plie...

Eh bien, que puis-je vous dire pour émoustiller votre curiosité... beaucoup de couleurs, de fastes, de bruit, de courtisans costumés ou non, sans contexte fardés et faisant des révérances à outrances pour espérer recevoir les faveurs de mon frère. On commençait généralement après la promenade par quelques amuse-bouches puis le repas était servi... des plats et encore des plats tous aussi variés chatouillaient nos palais. Parfois avaient lieu des bals ou des soirées de jeux dans les salons.

Sans nul doute, je préférais les mascarades et les fêtes en plein air, les jardins sont de vrais aires de jeux et de plaisir. J'affectionne les feux donnés sur le Grand Canal... Je ne saurai vous décrire avec précision toute l'agitation et l'émerveillement qui régnaient parmi les convives! Bien entendu, ces événements étaient plus rares.

Ce n'est qu'un très modeste aperçu, il faut, vous le comprenez bien, le voir en personne. Néanmoins, j'espère vous avoir contenté.

Je transmettrai bien volontiers vos amitiés au Chevalier de Lorraine qui, vous avez raison, est bien plus qu'un ami à mes yeux.

Lire vos flatteries me divertit beaucoup cher monsieur. Je vous salue.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans