Amandine
écrit à

   


Philippe d'Orlèans

     
   

Je prends ma plume ce soir de janvier...

    Monsieur,

Je prends ma plume en ce soir de Janvier, vous adressant quelques lignes, afin de vous témoigner toute ma compassion et mon inconditionnel soutien. Au fil des ouvrages que je dévorais -tous à votre sujet- ma rancoeur s'accumulait à l'égard de sa Majesté, ayant la désagréable impression d'être prise à témoin devant chaque injustice dont vous étiez la victime. Vous avez été, de trop nombreuses fois, le jouet des malveillances de votre frère.

Premièrement, dès l'enfance, où vous vous faisiez parfois réprimander vertement à la place de votre aîné. Secondement, subséquemment à la Guerre de Hollande où vous aviez particulièrement brillé, selon mes contemporains écrivains, le roy se refusa à vous redonner le commandement d'une armée, cela au détriment de vos talents en la matière. Ce qui témoigne, vous en conviendrez, d'un excès de vanité, de prétention. Cela dénote également une pointe de jalousie, ainsi qu'un manque certain d'humilité.
Troisièmement, autre illustration de l'ingratitude de sa Majesté -et là j'ai bien peur de vous froisser quelque peu: le fait que votre frère ait fait grâce à Madame de «l'honorer», comprenez en cela -et nous le savons vous et moi- qu'il a entretenu une liaison avec votre épouse qui, si je ne m'abuse, ne rechignait pas à la tâche.
Et pour terminer, le Chevalier de Lorraine a été exilé sur son ordre. Par sa faute si j'ose dire.

Bref, votre vie me semble être une comédie grotesque où l'on rit de vous à gorge déployée et où l'on s'amuse à vos dépens. Cela m'afflige, même si ça n'est que peu visible dans ces quelques mots. J'espère que, dorénavant, vous vous méfierez des bassesses de votre entourage proche et n'aurez plus à en subir les tristes conséquences.

Au plaisir de vous lire,

Amandine.



Chère Amandine,

Je vous remercie de prendre à ce point mon parti, mais je me m'assagis avec le temps et je porte sur ma vie un regard moins désinvolte.

J'ai lu avec attention les différentes choses dont vous me parlez; aussi vais-je les reprendre les unes après les autres.

Avant tout, n'ayez pas de rancoeur envers Sa Majesté mon frère; c'est un grand homme et un grand roi. Quand nous étions enfants, nombre de querelles nous ont opposés; mais il me semble que cela soit commun à toute fratrie. Je ne lui tiens pas rigueur d'un blâme que j'aurais pris à sa place. J'ai nombre fois évoqué mon retrait de commandement militaire avec ma victoire à Cassel. Même si cela m'a peiné au début, me contenter d'une vie de plaisir a été des plus agréables. Feue Madame, ma première épouse a, il est vrai, entretenu une liaison avec Louis et j'ai fait savoir mon mécontentement. Dieu seul le jugera pour ses actes.

Quant à ce cher Prince de Lorraine, son exil m'a lui aussi attristé longuement mais tel était le désir de Sa Majesté auquel je me soustrais comme chacun. Par la grâce de Dieu, le Chevalier de Lorraine se porte bien.

Il est vrai enfin de l'on a beaucoup ri de moi, mais j'ai beaucoup ri des autres, ne vous y trompez pas!

Bien à vous,

Monsieur, Philippe duc d'Orléans.