Victoria
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Interrogations sur vos passions et mignons

    Bonsoir votre Altesse,

Si je me permets de vous écrire ce soir, c'est parce que je vous admire; j'ai plusieurs fois eu envie de le faire mais je n'ai jamais osé, de peur de déranger votre royale personne, pensant bien que la vie de cour ne doit pas être de tout repos. Mais voilà qui est chose faite.

J'aimerais, si cela ne vous importune pas, vous poser quelques questions sur vos passions.

Votre frère appréciait beaucoup, dit-on, la danse, est-ce également le cas pour vous? Étant moi-même danseuse, j'aimerais beaucoup savoir si une personne aussi importante et chère à mon cœur que vous, aimez la danse, et laquelle. Quels autres arts appréciez-vous?

On dit aussi que vous portez le vice italien: loin de moi l'idée de vous juger, bien au contraire, car chacun dispose de sa vie, mais j'aurais souhaité en savoir un peu plus sur vos «mignons». Étaient-ils simplement de très bon amis, ou pouvaient-ils, comme je l'ai parfois lu, aller jusque dans votre intimité la plus profonde? Quels étaient en quelque sorte les critères pour en faire partie, était-ce vous ou eux qui courtisaient? On parle aussi de soirées initiatiques, et je me demande fortement à quoi cela peut bien correspondre.

J'espère donc que Son Altesse daignera me répondre, j'espère ne pas l'importuner, ni la choquer par mon avidité de connaissances concernant sa personne.

Je vous remercie par avance et vous assure de mon très profond respect et de mon immense admiration, qui peut parfois m'emmener à quelques railleries, mais qu'importe, j'écoute mon cœur qui me dit de ne pas me détourner de ce que j'apprécie pour complaire à des sots.

Bien à vous.

Victoria

Chère Victoria,

Vous me voyez enchanté d'un tel intérêt porté à ma personne. Je vois que vous m'avez percé à jour: j'ai en effet le goût de la passion, aussi diverse et variée soit-elle. J'aime les danses, les chants, les farces, la peinture... Tout ce qui s'apparente au domaine des sens et de la volupté -et bien entendu du plaisir!

Concernant les personnes que vous nommez «mes mignons», ce sont des hommes qui me sont plus ou moins proches. Nous avions tous de folles envies épicuriennes. J'ai eu pour certains beaucoup d'admiration et d'affection -je pense notamment à mon cher chevalier de Lorraine.

Je vous souhaite une agréable journée comme il en est ici à Versailles.

Monsieur, Philippe duc d'Orléans