Alexandre
écrit à

   


Philippe d'Orlèans

     
   

Éprouvez-vous du ressentiment au sujet du roi votre frère?

    Bien le bonjour Votre Altesse Royale, glorieux vainqueur de la bataille de Cassel.

Je voulais vous poser trois questions: tout d'abord éprouviez-vous du ressentiment envers le Roi, votre frère, de vous avoir évincé de votre commandement aux armées, après votre superbe victoire?

Vous n'aimiez pas la Princesse Palatine (votre seconde épouse) à ce qu'il me semble, néanmoins lui portiez-vous quelque affection?

Enfin, que pensiez-vous de votre mère, était-elle affectueuse?

Je vous remercie mille fois par avance d'avoir pris le temps de me répondre.

Alexandre, l'un de vos très lointains descendants (descendant de vous et de votre frère)



Cher Alexandre,

Ainsi vous seriez un descendant de ma personne ou celle de Mon Frère? Soyez sûr de vous, il ne se peut que vous soyez à la fois un Bourbon et un Orléans.

C'est avec grand plaisir que je réponds à vos questions. Peu de gens citent mes exploits militaires et c'est toujours fort agréable de se l'entendre dire.

Je ne puis dire que j'éprouve du ressentiment à l'égard de sa Majesté Mon Frère. Il est vrai qu'après la victoire de Cassel, je me suis vu retirer mes fonctions de commandement. J'ai surtout été frustré mais ainsi Dieu et le Roi en ont décidé. Néanmoins ne vivre que de menus plaisirs et divertissements me convenait tout autant. J'ai pour mon frère le plus profond respect et le sentiment d'un frère à son aîné.

Mon épouse et moi sommes très différents comme vous en conviendrez. C'est une forte femme. Sans ressentir pour elle un amour profond et passionné, ce qui ne fut jamais, j'ai pour elle le plus profond respect et une sincère reconnaissance et affection car elle m'a apporté un héritier depuis longtemps attendu.

Feu ma Mère la Reine Anne d'Autriche était une femme d'autorité. Elle était à la fois protectrice mais très sévère et rigide. Elle ne nous témoigna jamais des gestes tendres mais il n'empêche que j'étais son «petit mignon».

J'espère que ces réponses vous éclaireront.

Monsieur, Philippe duc d'Orléans.



Bonsoir Votre Altesse Royale,

Merci de m'avoir répondu aussi promptement, et surtout de m'avoir énormément éclairé...

Je suis descendant du roi Louis-Philippe Ier et de son épouse la reine Marie-Amélie par leur fils le Duc de Nemours.

Donc je suis descendant de vous en ligne directe, (grâce à votre fils le duc de Chartres, le futur Régent) et de Sa Majesté Louis XIV indirectement, par le Grand Dauphin, et de trois de ses enfants qu'il a eus avec la Marquise de Montespan.

Donc grâce à mon ascendance, je suis un Bourbon-Orléans (et j'en suis fier), maison Royale que fonda votre arrière-arrière-arrière-petit-fils le roi Louis-Philippe car, oui, vous serez également l'ancêtre des Rois! (après un énorme bouleversement des choses entre 1789 et 1795)

Vous ne pouvez savoir quel plaisir j'éprouve de vous compter au nombre de mes aïeux!

Car, j'ai beaucoup lu sur vous, et j'ai constaté que vous êtes un véritable modèle ; certes, des courtisans mal intentionnés vous ont sali et ce jusqu'à nos jours en 2006.

Mais j'ai vu qu'au contraire, vous étiez doté d'un rare potentiel, à la fois intellectuellement (en mécène avisé) et militairement (en héros militaire), vous auriez été tout à fait capable de succéder au Roi votre frère!

Mais vous savez peut-être que régner n'est pas un métier si délicieux quoi qu'en dise votre frère...

Et vous vous êtes largement distingué en battant le duc (futur roi d'Angleterre) Guillaume d'Orange, qui était un rival tout à fait prestigieux...

Mieux qu'un Condé, où un Turenne, et c'est très rare pour un fils de France de pouvoir se distinguer ainsi: hormis le duc d'Anjou (futur Henri III) qui fit quelque peu d'ombre à son frère Charles IX lors des victoires de Jarnac et Moncontour sur les Huguenots... aucun ne l'a fait

J'ai, pour la Princesse Palatine, de la tendresse que je ne puis exprimer. Vous allez sans doute me dire vous ne la connaissiez pas, et vous auriez raison, mais, j'ai lu que beaucoup de courtisans la raillaient, car elle était d'origine allemande, et aussi qu'elle souffrit horriblement lors de la destruction de son château, et de sa ville natale...

Donc, elle me fait un peu pitié.......

Mais peut-être me trompé-je? Dans ce cas détrompez-moi s'il vous plait.

Votre mère était une très grande reine, il est vrai qu'il fallait qu'elle fût très sévère et autoritaire pour supporter les affres de la Fronde, c'était une période terrible!

Il est fort dommage qu'elle ne vous ait pas témoigné de tendresse, car j'ai eu pas mal de problèmes dans ma vie, mais j'ai heureusement pu compter sur l'affection de ma mère!

Du reste que pensez-vous de Mazarin? Est-il exact qu'il s'efforça, (mais heureusement sans succès) d'affaiblir votre personnalité, pour éviter à votre frère les mêmes ennuis que ceux que votre père a eus avec Gaston d'Orléans? (en espérant ne point vous vexer, mais ce sont les historiens du XXIème qui insinuent cela)

Que pensez-vous de votre père, décédé alors que vous n'aviez que deux ans et demi, ainsi que des princes de Condé et de Conti?

Êtes-vous pieux?

Merci d'avance pour votre réponse

Que Dieu vous garde

Alexandre



Cher Alexandre,

C'est une fort belle lettre que vous m'écrivez là et qui a attiré toute mon attention!

Pour répondre à vos diverses interrogations, je serai assez bref.

Mon épouse, la Princesse Palatine, a en effet vécu des débuts difficiles à la Cour. C'est une forte femme et une forte tête mais elle a beaucoup d'esprit et une langue parfois ascerbe qui l'ont tout de suite amenée à être respectée. Le Cardinal Mazarin était un homme de fer. Bien qu'il fut très dur avec Sa Majesté mon frère et moi, il nous prodigua nombre de conseils. Nous lui serons, jusqu'à notre trépas, reconnaissants de nous avoir sauvés lors de la Fronde. Il est vrai que j'ai reçu à sa demande une éducation bien différente de celle de Louis mais je fus néanmoins ouvert à de grands domaines, tels l'art, sous les préceptes de Monsieur de La Mother Le Vayer. Quant à mon Père, feu le Roi Louis XIII, j'étais bien trop jeune pour pouvoir vous en dire plus précisément. Mes cousins, les Princes de Condé et Conti, sont bien ancrés à la Cour malgré leur participation au funeste épisode de la Fronde qui reste gravé au fond. Ils sont néanmoins des hommes influents de par leur rang.

Beaucoup de vos contemporains me posent cette question, à savoir si je suis pieux. Cela peut vous étonner mais je le suis. Je crois en Dieu et je suis d'avis que lui seul jugera mes actes.

Que Dieu veille sur vous.

Monsieur, Philippe duc d'Orléans.



Bonsoir Votre Altesse Royale,

Mille fois merci pour toutes ces précisions qui sont chères à mon coeur; j'ai toujours eu beaucoup d'intérêt pour l'histoire de France, mais encore d'avantage pour celle de mes ancêtres!

Ah, si vous saviez! Ma chère soeur Marie-Charlotte a hérité de la beauté ainsi que de la personnalité de Madame de Montespan (l'esprit des Mortemart a du traverser trois siècles...), ainsi que de la langue acerbe de Madame votre épouse. Ma soeur est une personne dont je ne doute point qu'elle saurait fort vous divertir! C'est vraiment Madame de Montespan numéro deux, et je crois que vous êtes un grand ami d'Athénaïs...

Je ne doute point du tout de votre foi. Je n'ai jamais prétendu le contraire. Mes contemporains raisonnent de travers, ils sont hypocrites comme les courtisans qui, jadis, peuplaient Versailles. Moi, comme je vous l'ai dit, je vous tiens en très grande estime!

Vous étiez également un grand mécène. J'ai ouï dire que vous aivez découvert une pleïade d'artistes et j'apprécie beaucoup les lettres et la musique. Je suis également certain que si vous n'aviez pas aussi bon goût, Versailles n'aurait pas eu le lustre qu'on lui a connu sous le règne de votre frère.

Appréciez-vous la musique de Lully? Quel personnage était-ce? Que pensiez-vous de Molière?

Le Roi a su faire part de son fort ressentiment vis-à-vis des Princes De Condé,et de Conti. Il avait bien raison. Je ne puis concevoir que des Princes de sang puissent se conduire ainsi! Cela vous a-t-il traumatisé dans vos jeunes années?

J'ai ouï dire que votre mère s'est battue comme une lionne pour défendre vos droits ainsi que ceux de votre frère: il paraît même que le parlement l'a surnommée «Junon en colère». Est-ce vrai? Quelle femme elle devait être!

Merci d'avance pour vos réponses.

Que le Seigneur soit avec vous,

Alexandre D.



Cher Alexandre,

Je vois que l'entrain qui vous anime ne se tarit point.

Je n'ai point le temps de m'étendre sur les différentes questions que vous me posez car des affaires m'apellent à Saint Cloud.

Il est vrai que madame de Montespan et moi même étions fort liés quand elle est entrée à la cour.

Lully est entré au service de mademoiselle de Montpensier, la Grande Mademoiselle, cousine du roi, qui voulait apprendre l’italien. C’est en 1653 qu’il entre officiellement à la cour, si mes souvenirs sont bons... non pas comme musicien, mais comme danseur dans le «Ballet de la nuit», composition à laquelle il a participé.

En 1664 commence la collaboration de Lully avec Molière.

Depuis 1661 Lully est surintendant et compositeur de la Chambre. Il devient en 1672 le directeur de «tout le théâtre en musique», évinçant Molière, avec qui la rupture est consommée cette même année. Il composera jusqu'à sa mort un opéra chaque année.

Il a rejoint Dieu en 1687, à la suite d’un coup de canne qu’il s’était donné sur un pied en frappant la mesure du Te Deum chanté pour la guérison de Louis. Son talent était reconnu de tous.

Quant à monsieur de Molière, je pourrai vous en parler longtemps. C'est moi-même qui ai soutenu sa troupe entre 1658 et 1665. Il avait l'art de nous divertir en toutes circonstances et cela était plaisant à l'écouter croquer les travers de la cour.

Tout ce que vous dites concernant l'épisode de la Fronde, malgré mon jeune âge, et le surnom donné à feu notre mère est ma foi vrai.

Bien à vous,

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans