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Philippe d'Orléans

     
   

Dispute et cassette

    J'aurai trois questions à vous poser, mais j'hésite car elles sont fort impertinentes.

Est-ce vrai que lors d'une dispute avec votre frère, vous lui aviez jeté une assiette remplie sur la tête, en public, tout roi qu'il fut? Si c'est vrai et que vous vous en rappelez, pourriez-vous me raconter en détail cette anecdote qui paraît très amusante?

J'ai appris par la correspondance de votre femme, la princesse Palatine, que vous possédiez une cassette où étaient classées toutes les lettres de vos amants. Je brûle de savoir ce qui y était écrit. Pourriez-vous m'en citer quelques-unes si ça ne porte pas trop atteinte à votre vie privée?

Finalement, je préfère attendre pour la troisième question, car elle est beaucoup trop indécente. Je vous remercie d'avance pour vos réponses et vous prie d'excuser ma curiosité déplacée.

Pierre, 18 ans.



Bien cher Monsieur,

Je me languissais d'une lettre d'un de vos contemporains... Vos questions m'ont diverti. Je me choque de peu de choses, sachez-le... Je suis l'extravagant de la Cour, c'est l'étiquette qu'on me donne...

Pour votre première question, je dirai simplement que je suis souvent entré en conflit avec mon frère mais je ne me souviens plus d'un tel incident. Mon frère est sa Majesté et je ne me serait point permis un tel affront. Désolé de vous décevoir sur ce point.

Quant à votre deuxième question, mon épouse parle trop! Il est vrai que j'entretiens une correspondance assidue avec mes amis. En effet, je conserve trace de ces lettres dans une cassette qui est toujours en ma possession. Vous me demandez de vous dire ce qu'il y était écrit? Vous êtes bien curieux, ne trouvez-vous pas? Des lettres, ce ne sont que des lettres de témoignages d'amitié. Il y a également de nombreuses lettres plus politique si je puis dire. Sachez simplement que ces lettres me sont précieuses.

Eh bien cher Monsieur, j'espère avoir répondu à vos interrogations.

J'attends avec impatience cette fameuse troisième question.

Je vous salue.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans



Monsieur,

Je vous remercie infiniment pour votre réponse si rapide même si je reste toujours sur ma faim.

Je vais prendre mon courage à deux mains et poser cette fameuse troisième question. Il s'agit des besoins naturels. Y a-t-il des toilettes ou des aisances (je ne sais pas comment vous appelez ça aujourd'hui si ça existe) à Versailles et dans tous les châteaux où s'installe la cour? Je suis encore tombé sur une lettre de votre épouse où elle avoue sans retenue sa gêne de devoir faire ses besoins dans les jardins publics. Est-ce vrai aussi que les courtisans pissaient dans les cages d'escalier?

Vous me voyez, Monsieur, rouge de honte en vous écrivant cette lettre mais aucun des ouvrages les plus riches sur votre époque n'ont été capables de répondre à cette question.

En vous remerciant.

Pierre



Cher Monsieur,

Il est vrai que voilà une question surprenante mais je vais vous y répondre tout à fait franchement. Aucune gêne n'est à avoir, mes contemporains et moi-même ne nous cachons point.

Ce que vous appellez des aisances existent bien naturellement à Versailles. Il en existe une grande quantité, plus de 200, je crois, qui se dissimulent çà et là derrière les tentures ou dans les allées de service. Il est vrai que quand la Cour accueille plus de 10000 courtisans, cela devient fort compliqué de pouvoir se soulager.

Pour nous les hommes, cela est plus facile... pour les femmes, cela est plus compliqué... Il n'est pas rare que les dames se promènent avec leur pot d'aisance avec elles, qu'elles dissimulent sous leurs robes et jupons! Quant aux besoins plus importants Monsieur, il est vrai que certaines incartades dans les bas jardins s'avèrent nécessaires... mais cela n'est une gêne pour personne! C'est un acte des plus naturels...

Vous n'êtes point sans ignorer que sa Majesté mon frère se soulage sur un trone percé dans son fond devant moult courtisans et que c'est un honneur pour nous que de porter le coton. (pour l'essuyer, j'entends!)

J'espère que ma réponse vous satisfait et surtout, n'hésitez point à l'avenir de me poser des questions sur tout point!

Bien à vous cher ami.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans