Alexandre D.
écrit à

   


Philippe d'Orléans

     
   

Bien le bonsoir Votre Altesse Royale

    Bonsoir Votre Altesse Royale et glorieux ancêtre,

Comment vous portez-vous? Bien, je l'espère! Cela fait longtemps que je ne vous ai pas écrit; ne vous en sentez point froissé, mais j'avais quantité de choses à accomplir, et j'ai quelque peu voyagé! Je vous estime au plus haut point; je vous en ai d'ailleurs fait part dans mes précédentes lettres.

Durant mon absence, j'ai eu le plaisir de voir un film, (un film est l'équivalent d'une pièce de théâtre de votre époque) consacré à votre visite, en compagnie du roi et de la Cour, chez le prince de Condé à Chantilly, visite qui vit la mort de François Vatel! L'acteur qui vous incarnait était stupéfiant de vérité: il restait fidèle à votre grandeur, il montrait que vous étiez quelqu'un de bien! Or Vatel, selon ce film, vous aurait manqué de respect, serait-ce véridique? Étiez-vous déjà marié à la Princesse Palatine, lors de cette visite? Comment se portent votre frère, votre épouse, ainsi que votre fils aîné?

Passez une excellente soirée.

Alexandre D.

Cher Alexandre,

Vous me voyez ravi de recevoir de vos nouvelles. Je suis moi même fort occupé.

Ainsi vous voyagez... Que de contrées merveilleuses en ce monde. Je n'ai pu m'y rendre que peu, à mon grand regret mais la France me satisfait déjà amplement.

Ma foi, je me porte aussi bien que possible.

Ainsi dont, l'on m'incarne dans vos «films»... Voilà qui m'aurait fort amusé. A-t-on raillé mes nombreuses qualités et mes petits défauts?

Je me souviens des quelques jours passés chez mon cousin de Condé. La fête et le faste étaient d'une splendeur que seul Versailles dépassa. Mon épouse, la princesse Palatine, et moi venions de nous unir devant Dieu. Elle put, à loisir, commenter çà et là comme à son habitude. Monsieur de Vatel était un artiste et, comme tel, avait un orgueil et une sensibilité qu'il ne fallait point contrarier, voyez-vous, mais j'ai trouvé son travail admirable. Je regrette fort l'incident qui se produisit.

La famille royale se porte bien. Sa Majesté est fort prise par ses affaires d'autant que les relations avec le royaume d'Espagne se dégradent. Mon épouse vaque à ses occupations. Quant à mon fils, son caractère est de jour en jour plus affirmé et je me fais trop vieillissant pour lui adresser une quelconque réprimande. Il est l'objet de nombreuses querelles entre Louis et moi.

Je vous souhaite à mon tour une bonne journée.

Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.

Bonsoir monseigneur,

Comment vous portez-vous?

Effectivement j'ai quelque peu voyagé en Italie, un superbe pays, car, j'ai appris tout récemment que mon vrai père y habitait. Je n'ai appris la vérité sur mes origines qu'en avril; je savais que je descendais de vous par ma mère, mais j'ai également appris que je descendais plusieurs fois de vous (et de votre frère) par mon vrai père (même par votre premier mariage). Celui que je croyais mon père n'a pas de sang noble, mais le vrai est prince royal et duc!

Le film dont je vous parlais vante vos qualités et vos petits défauts (point méchamment). Il vous dépeint comme quelqu'un ayant un grand sens de l'humour, aimant volontiers s'amuser, mais aussi comme quelqu'un de grandement cultivé, maniant les subtilités de la langue française avec une grande aisance, il montrait que vous étiez bon Prince au sens propre, comme au figuré...  Il montrait également que Vatel, outre son savoir-faire, était loin d'être quelqu'un d'aimable; c'était un être mesquin et vulgaire, jaloux des puissants (dont vous), et peut-être valait-il mieux qu'il disparaisse, au lieu de servir votre frère à Versailles. Car le film a raconté que le roi l'aurait gagné à une partie de carte disputée contre le prince de Condé: est-ce véridique?

Ne vous tourmentez point pour votre fils, que l'histoire connaît sous le nom de Philippe II le régent. Il se montrera digne de vous et de votre épouse! Grand prince, affable, honnête et bon... Le roi votre frère a eu tort de le sous-estimer! Ne vous inquiétez pas non plus concernant ses noces, le sang des Orléans (qui coule également dans mes veines) n'est nullement souillé par le fait que votre fils a épousé une fille illégitime, c'était celle du roi et de la marquise de Montespan. Et je vais vous faire une confidence: deux de vos autres descendants épouseront des filles issues de la liaison entre Louis XIV et la marquise, ce qui fait que les Orléans actuels (et moi de même) descendent de trois enfants de ces derniers, mademoiselle de Nantes, la seconde mademoiselle de Blois, ainsi que du comte de Toulouse.

Et la marquise de Montespan a été injustement accusée de sorcellerie. Ni les Bourbon, ni les Orléans n'ont du sang de sorcière qui coule dans leurs veines!

J'ai entendu dire que la duchesse votre épouse a jeté des hauts cris sur ce qu'elle considérait comme une mésalliance. Rassurez-là, s'il vous plaît, elle n'a nul besoin de se mettre dans des états pareils!

Dans quelle «résidence» avez-vous le plus souvent logé? Le Château de Versailles, celui de Saint-Cloud, ou bien encore le Palais Royal? Ou bien encore d'autres que j'ignore? Quelle est votre opinion sur la reine Marie de Médicis, votre grand-mère? Selon vous, a-t-elle également un lien avec l'assassinat de son époux? La marquise de Montespan vous a-t-elle déjà invité dans son château de Clagny?

En vous remerciant d'avance.

Passez une agréable soirée.

Alexandre D.

Cher Alexandre,

Veuillez excuser cette réponse tardive.

Ma foi, ma santé me porte jour après jour. Vous me voyez intéressé par toutes ces informations au sujet de ma descendance et du port de mon illustre nom.
 
Pour répondre aux quelques questions que vous me posez:

Concernant l'histoire de monsieur Vatel, je ne puis vous renseigner mais je ne crois point que Louis l'ait gagné aux cartes.
 
Je passe mon temps dans nombre de résidences. Versailles fut une villégiature fort plaisante et je fus tenu d'y résider la plupart du temps mais j'affectionne mon château de Saint-Cloud comme vous n'en doutez point. Je connais le château de Clagny, en contre-bas de Versailles. Je m'y suis rendu quelquefois. C'est, ma foi, une résidence fort plaisante et joliment décorée.
 
Je ne puis vous dire de quoi il retourne concernant l'assassinat de feu mon aïeul Henri IV par ce vil brigand. Je ne crois point à la culpabilité de son épouse à ce sujet.
 
N'hésitez point à m'écrire.
 
Bien à vous
 
Monsieur, Philippe Duc d'Orléans.