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          Dialogus

Hadrien
écrit à

Jackie Onassis


Votre jeunesse


   

Chère Jackie,

Je suis élève d'un lycée qui porte le nom d'un général français qui a combattu aux États-Unis, Rochambeau. Ces jours-ci, les événements qui se sont produits m'ont amené à penser à vous. Des questions nouvelles m'ont traversé l'esprit; il serait  bien long de vous poser toutes ces questions. J'ai donc choisi de vous demander une information sur votre vie.

Le monde entier connaît votre vie en tant que première dame. Mais je n'ai trouvé que peu de choses sur votre jeunesse: était-elle heureuse, triste, longue?

Je vous remercie d'avance pour toutes les informations que vous pourrez me donner. Bien cordialement,

Hadrien


Cher Hadrien,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre lettre, j’ai beaucoup été touchée par votre référence au Comte de Rochambeau. Je suis une férue d’histoire du XVIIe siècle et  diverses autres époques. Il n’y aurait pas eu de Guerre d’Indépendance sans l’aide des Français, mais ce qui m’a toujours énormément plu chez le Comte de Rochambeau, c’est cet esprit d’initiative sous les ordres de Washington durant la campagne franco-américaine en 1781, ce qui lui valu d’être décoré de l’ordre du Saint-Esprit par Louis XVI.

J’en viens donc à votre question- en effet, l’enfance est une période clé et charnière qui conduit à ce que nous devenons une fois adulte. Comme beaucoup d’enfants de parents divorcés, j’ai vécu des périodes dures et sombres, les quolibets des autres, ce qui vous fait ravaler votre fierté, d’une certaine manière. Alors, j’ai choisi de vous raconter des morceaux choisis, ceux qui font partie des plus précieux de ma petite enfance.

Je me souviens que nous partions de Park Avenue aux alentours de mai pour ne rentrer que vers octobre. L’entre-deux n’était que Lasata. Cette demeure appartenait à grand-père Bouvier et c’est là que je suis née. Lasata porte bien son nom: cela signifie en indien «lieu de paix». Je me rappelle du lierre qui s’accrochait aux murs et de la pelouse d’un vert profond, et la bâtisse qui s’élevait comme un lieu de plénitude et de joie. L’architecture et la beauté de chaque chose de la maison se complétait avec les récits fantastiques que grand-père faisait à table.

Vous savez, East Hampton était un endroit encore à part à l’époque, qui semblait sortir d’un autre temps; on y voyait des voitures à cheval, c’était idyllique. C’est à Lasata que j’ai développé une passion pour l’équitation, transmise par ma mère, et que j'ai participé à mes premières compétitions. Je me souviens particulièrement d’un été où je passais tout mon temps dans le  manège à maîtriser le pas. Le blanc était la couleur dominante dans East Hampton; il n’y avait que cette nuance rafraîchissante que les gens des clubs comme Maidstone portaient.  J’étais fascinée par les allures fantomatiques des dames aux longs colliers de perles et des messieurs. Mais c’était mon père qui avait la plus fière allure dans son costume.

J’aimais aussi les concours canins. Un jour, lors de l’exposition canine annuelle d’East Hampton, j’ai présenté mon chien Hootchie. J’ai beaucoup de tendresse pour la photo de ce jour-là: mon chien est aussi grand que moi et pourtant je suis très solennelle, je trouve qu’il y a quelque chose de cocasse.

Mais, ce que j’aimais par-dessus tout, c’était la compétition avec Scotty, mon cousin; nous faisions du tennis, du base-ball et de la natation.

Avec Lee et Shella, ma cousine, j’aimais écrire  des épopées médiévales et nous les montions ensemble en empruntant des tenues de maman ou de grand-mère, c’était vraiment très amusant. Je crois que ces idées sont venues avec tante Edith; je l’aimais beaucoup malgré ce que l’on a pu dire par la suite. Son excentricité m’a vraiment marquée, je dirais. Elle faisait figure à part parmi les autres personnes d’East Hampton. C’était une véritable artiste et j’allais souvent le samedi après–midi écouter un opéra à la radio avec elle. Le dimanche, elle venait préparer le brunch familial en chantant, bien souvent. Tante Edith  m’a toujours encouragée à découvrir une expression artistique qui me soit propre.

Vous pouvez constater que pour une petite fille j’avais des journées bien remplies! De toute manière je ne pouvais pas rester inactive très longtemps. Pardonnez-moi d’avoir été un peu longue, mais ce fut un tel plaisir de replonger dans ces plus vieux souvenirs, que je souhaitais vraiment vous ancrer dans ce paradis perdu et vous faire partager ce qui subsistait encore de l’ancien monde.

Finalement, en y réfléchissant, je crois que lorsque j’étais adolescente, lors de mes étés à Hammersmith Farm, et que je lisais «Gone With the Wind», Tara évoquait pour moi inconsciemment Lasata.

Bien à vous,

J

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