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          Dialogus

Tamar Alexia Fleishman
écrit à

Jackie Onassis


Votre conseil des relations avec les amis, les publiques


    Chère Madame Onassis,

Merci infiniment de prendre le temps de répondre à nos questions.

La mienne vous concerne réellement. Il s'agit pour moi de comprendre les écrits de madame Letitia Baldrige et de mademoiselle Marta Sgoubin, selon lesquels vous auriez jugé nécessaire de limiter vos relations avec les fonctions d'ordre public et social, comme prendre le déjeuner avec les épouses de personnalités. Par exemple, Madame Baldrige disait que vous évitiez souvent les programmes officiels afin de passer plus de temps avec Lee, votre soeur.


Quelque temps auparavant, vous aviez fait un séjour en Europe afin de faire patienter John Kennedy à propos de votre réponse à sa proposition de mariage. Vous faisiez également très attention à tous les aspects de votre vie privée et aux actes de charité dans lesquels vous étiez impliquée. Cependant, la plupart du temps, vous travailliez avec les employés de bureau de Doubleday, en tant que rédactrice. Beaucoup de personnes vous avaient en admiration et vous étiez adulée par les hommes partout dans le monde.

 
Je crois que votre père vous a appris à ne pas trop apparaître en public. Votre équilibre (cela est tracé dans votre vie) est-il parce que vous vous liez tous les deux avec des personnes, tout en sachant garder des distances? Est-ce cette distance qui attire vraiment les gens? Comment ceux-ci savent-ils alors que vous êtes, en effet, intimement liés à leurs vies? N'y en avait-il jamais qui arrêtaient les relations avec vous, plutôt que l'inverse? Comment avez-vous gardé votre sang-froid?

Bien à vous.

Tamar,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre missive.

Pardonnez-moi, cependant, car je n’ai pas saisi ce que vous vouliez dire par «les écrits de Letitia Baldrige et Marta Sgoubin». Votre phrase laisse supposer que ces deux personnes attachées à moi auraient écrit quelque chose me concernant. Mais, étant dans le milieu de l’édition, je pense que j’aurais entendu parler de cela! De plus, je ne vois ni Marta ni Tish écrire un livre sur leurs relations avec moi.

Je suis extrêmement exigeante avec les gens qui m’entourent et spécialement avec des amis proches. Marta est certes ma cuisinière, mais j’apprécie beaucoup sa société. Tish, je la connais depuis de nombreuses années.

Ce sont des personnes discrètes et elles savent toutes deux combien je suis soucieuse de garder ma vie privée. Elles n’oseraient jamais défier cela, à part si je n’étais plus là -et encore, ce sont des choses que je ne souhaite pas. C’est pour cela que je ne comprends pas comment vous êtes au courant de ce qui pouvait se passer à la Maison-Blanche. Mais je vais vous répondre avec franchise.

Il est vrai que je détestais ce rôle de première dame; je veux entendre par là ces inaugurations et ces ennuyants thés avec les femmes de politiciens. J’ai horreur de la politique, de sa superficialité et de sa séduction. Je n’avais aucune envie de rester des heures à perdre mon temps à bavasser inutilement et à ce que l’on m’encense continuellement. J’avais beaucoup à faire à la Maison-Blanche. Je reconnais aussi qu’il m’arrivait d’éviter tout cela pour passer du temps avec Lee. En effet, je suis profondément attachée à Lee, même si notre relation est un peu complexe. À cette époque, j’étais encore réservée et j’avais besoin de retrouver autour de moi un cocon, et ma sœur me permettait de retrouver ces racines familiales en quelque sorte.

Ce que vous me dites concernant la demande en mariage de Jack n’est pas tout à fait exact. Il se trouve que je suis partie en 1953 à Londres couvrir le couronnement de la Reine Élizabeth pour le Washington-Times Herald; durant ce séjour, John en a profité pour me faire sa demande. C’était du Jack tout craché. Néanmoins, j’ai pris suffisamment de temps pour réfléchir à sa proposition; j’étais amoureuse, mais je ne voulais pas me lancer dans quelque chose de précipité.

Mon père m’a appris à entretenir un mystère autour de ma personne, à ne jamais me dévoiler complètement. Je pense que je ne suis pas foncièrement mystérieuse, bien que cela soit flatteur, mais je pense que la discrétion sur sa vie, ses opinions, alimente «ce mystère».

Vous savez, j’ai toujours évolué dans un monde où il était de bon ton de tout savoir sur tout le monde.

Papa voulait que je sois spéciale: j’étais sa Reine. Il me disait «Tu seras une Reine, ma fille.». Donc, il m’a appris à me comporter en tant que telle. J’ai toujours été fascinée par le pouvoir, pas par ce que l’on qualifie vulgairement, mais le pouvoir des mots, de la parole, de l’esthétisme.

J’étais ambitieuse, mais je ne pensais pas devenir ce que je suis devenue. Mon emploi à Doubleday m’a redonné cette sensation d’anonymat et d’appartenir à un tout. J’ai eu vraiment besoin de descendre de mon piédestal pour redevenir une femme, tout simplement. Mes amis sont forcément confrontés à «la Jackie publique», mais ils savent, et je l’ai dit plus haut, que je suis très exigeante, peut-être trop. La célébrité vous apprend à devenir méfiant et suspicieux si vous ne l’êtes pas déjà au départ.

On loue beaucoup mon sang-froid, mon courage, mais je pense que n’ai jamais eu une once de courage. J’ai agi en tout et pour tout selon ce que je pensais être mon devoir. Si c’était mon devoir, ce n’est pas du courage, c’était ce que je devais simplement faire, être en accord avec sa conscience, son intégrité.

Chère Tamar, ma lettre touche à sa fin; j’espère que j’ai répondu correctement à vos questions. Surtout n’hésitez pas, s'il y a d’autres points qui vous intriguent et auxquels je pourrais répondre.

Bien à vous,

J





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