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Delphine
écrit à

Jackie Onassis


Tolérance


    Bonjour,

Je tiens d’abord à vous préciser que je suis impressionnée par votre personne, vous semblez toujours ouverte et compréhensive, forte même face à des situations qui sembleraient intolérables à d’autres. Je suis impressionnée par l’ouverture et la tolérance dont vous faites preuve face aux maîtresses de vos deux maris. Je dois dire que je ne sais pas si j’aurais eu la force d’y faire face comme vous. Je voudrais savoir s’il y a une limite, une chose que vous ne sauriez tolérer chez l’homme qui partage votre vie?

Excusez si ma lettre vous blesse ou éveille en vous des souvenirs douloureux,

Delphine

Delphine,

Je voudrais tout d’abord vous dire que vous n’avez pas à être impressionnée par moi. Je  ne suis qu’une femme parmi tant d’autres; des millions de femmes, de mères, vivent des choses encore plus dramatiques que ce que j’ai pu vivre.

La tolérance est un vaste mot… je pense que je vais écrire un peu pour revenir plus tard dans ma lettre sur cette notion.

À vrai dire, je viens d’un milieu assez élitiste et dans les codes moraux de la haute société, il est normal que l’homme ait des maîtresses durant sa vie. J’ai grandi entourée d’hommes qui troussaient les jupons. Quand j’ai épousé John, je savais qu’il y aurait cela aussi, mais je crois que je ne pensais pas que ce serait autant et autant. Ce qui me paraissait acceptable, puisque hérité de mon éducation, est devenu ma croix. Quand vous êtes jeune, vous croyez qu’en vous mariant vous allez révolutionner le genre!

Je ne crois pas que de ce côté-là j’ai réussi quoi que ce soit. Alors, oui, c’est ici que la tolérance fait son apparition, selon le sens de John Locke, c'est-à-dire «cesser de combattre ce qu’on ne peut changer». Je ne pouvais pas changer Jack, alors je me consolais en me disant que malgré tout c’est moi qu’il avait choisie parmi des centaines de filles. Ce qui comptait était de voir qu’il m’admirait et me considérait comme une proche collaboratrice; je savais qu’il m’aimait malgré tout. Ensuite, le fait d’avoir eu Caroline et John a permis aussi de m’investir dans mon rôle de mère et donc de moins prêter attention aux maîtresses.

Je parle beaucoup de Jack parce que je l’aimais vraiment et j’étais plus jeune que lorsque j’ai épousé Ari. Avec Ari, nous étions beaucoup plus camarades, il avait un comportement paternel dont j’avais besoin après avoir perdu l’être le plus cher que j’avais. Donc, les maîtresses qu’il a commencé à avoir lorsque son fils est mort ne m’ont pas choquées, et puis quand vous perdez un fils… les hommes se consolent différemment des femmes.

Ne vous inquiétez pas, Delphine, vous ne m’avez pas blessée. En entretenant des relations épistolaires, il était évident que je serais confrontée à tout cela. Mais lorsque cela est demandé avec délicatesse, les choses viennent moins difficilement.

Bien à vous,

J



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