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Éliot et Alexis
écrivent à

Jackie Onassis


Je vous admire


   


Madame Kennedy-Onassis,

Nous vous écrivons dans le cadre d'un projet scolaire mais nous vous admirons depuis quelques années. Vous avez su surmonter quelques épreuves. Nous nous intéressons beaucoup à la vie politique d'une femme à l'ombre de son mari. Comment avez-vous vécu son élection? Est-ce-que vous participiez à certains choix politiques? Avez-vous eu un rôle particulier en tant que femme de président? Si vous n'aviez pas été femme de président, qu'est-ce-que vous auriez fait dans la vie?

Veuillez agréer, Madame, l'expression de notre considération distinguée.


Chers Éliot et Alexis,

J'ai vécu l’élection de Jack comme un tourbillon incroyable! Vous savez, tant que vous êtes dans les meetings et les bains de foule, vous ne réalisez pas tout ce qui est en train de se produire! Vous sentez simplement qu'il est de votre devoir d'avancer encore et encore. Ce sont d'immenses montagnes à abattre: convaincre et rallier les gens à une cause, une idée, les rassembler autour d'idéaux impliquent tellement de subtilité! Je n'aimais pas les campagnes électorales. J'en ai mené plusieurs avec Jack mais j'étais trop timide et réservée. Je préférais aider mon mari dans l'écriture de ses discours. Sinon je lisais beaucoup, par exemple les «Mémoires» de De Gaulle et celles de Saint-Simon, durant les temps interminables des cortèges où il fallait sans cesse saluer une immense foule qui rugissait, manquant de vous dévorer, s'agrippant à vous...

Nous étions à Hyannis Port lorsque survinrent les résultats des élections. J'étais montée me coucher pour trouver un peu de répit: j'étais enceinte de John et le stress de la campagne et des résultats me fatiguaient énormément. Lorsqu'au matin, je vis tous les journalistes entourer la maison et que Jack m'annonça qu'il devenait le trente-cinquième président des États-Unis, je le serrai dans mes bras. J'étais tellement fière. Tout ce pour quoi nous nous étions battus était arrivé! Quelle immense joie! Néanmoins, après l'euphorie de cet instant, je fus prise d'une angoisse vertigineuse: je devenais première dame et ma vie allait changer du tout au tout. J'allais pleinement devenir une personnalité publique et cela ne m'enchantait guère, mais je ne pouvais aller contre le destin de mon époux! Je partis savourer mes derniers instants de solitude sur le bord de la plage. Il n'est pas facile de perdre son anonymat à trente et un ans!

À la Maison-Blanche, j'avais décidé de recréer dans nos appartement privés une atmosphère chaleureuse et confortable afin que Jack puisse le soir se détendre. J'avais appris en effet, durant les premières années de mon mariage,  lorsqu'il était encore sénateur du Massachusetts, à ne pas l'envahir de questions politiques lorsqu'il rentrait. Toutefois je me devais d'être au courant de l'actualité, il n'aurait pas toléré mon ignorance en la matière...

Néanmoins, en devenant Première Dame, je voulais laisser une empreinte de la présidence de Jack. C'est ainsi que j'ai entrepris la restauration de la Maison-Blanche, afin que le peuple américain puisse se réapproprier ce lieu d'Histoire et qui leur appartient. Il était important aussi de rédiger un guide traitant de l'historique de cette demeure afin qu'à la sortie les visiteurs puissent conserver une trace de ce symbole américain. J'aimais beaucoup le domaine des affaires étrangères; aussi, Jack me permit-il d'entreprendre des voyages seule au Canada, au Pakistan et en Inde, afin d’observer et analyser les tensions qu'il pouvait exister envers les États-Unis. J’organisais aussi des dîners et des concerts avec des Prix Nobel, des écrivains et des musiciens, afin de permettre une nouvelle dynamique culturelle pour le peuple américain. L'une des mes fiertés est d'avoir, avec l'aide d'André Malraux, permis à la Joconde de venir s'exposer à la National Gallery en 1963. Je me souviens de ma surprise lorsqu’à la fin de la crise des missiles, Jack m'a comptée parmi ses plus proches collaborateurs en me disant que ce que j’entreprenais ou pas avait un poids considérable concernant sa présidence.

Vous savez, je fais actuellement ce qui me plaît le plus! Je suis éditrice au sein de Doubleday et je suis immensément heureuse de participer à l'élaboration et la production d’œuvres littéraires. J'ai toujours aimé les mots et les livre et ce, depuis toujours...

Bien à vous,

J.

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