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Sylvie
écrit à

Maréchal Joachim Murat


Le sport


   

Monsieur le Maréchal,

J'aime le sport et plus particulièrement les grands matchs de Coupe du Monde ou de ligue des champions. Je sais que la France va, pour l'an prochain, aligner, en vue d'être sélectionnée, ses propres joueurs afin de battre l'Afrique du Sud en finale. Il faudrait répéter la victoire de Zinédine Zidane, d'Emmanuel Petit et de Youri Djorkaeff, comme il y a dix ans, quand nous étions face au Brésil (autre nation du football). Eh oui, je suis supportrice de l'équipe de France, malgré ses défauts. L'équipe de France de football est composée en majorité de noirs (tous Français) dont Thierry Henry, Nicolas Anelka, Marcel Desailly (tous les trois que j'apprécie beaucoup) et les autres. Même Karim Benzema est excellent et réalise de bonnes prestations, inscrivant des buts face aux autres équipes comme la Roumanie, les îles Féroé, la Serbie ou la Russie. J'aimerais savoir si vous auriez apprécié le football, un sport anglais d'origine, créé durant la première moitié du XIXème siècle? Et si Napoléon aurait accepté la constitution d'une équipe de France de football avec ses règles élémentaires et ses nombreux stades?

Mon équipe préférée, c'est le Football club de Rouen, mais j'aime également beaucoup les canaris nantais (qui sont tous vendéens). Et vous, si du Milan AC ou de l'OM (Olympique de Marseille) vous deviez choisir un camp, quel serait votre choix?

Cordialement,

Sylvie


Bonsoir ma chère Sylvie,

C'est avec grand plaisir que je reçois à nouveau des nouvelles de vous.

Je ne connais, hélas, pas de coupe du monde, ni de ligue des champions. Et qui sont donc ces Zinedine Zidane, Emmanuel Petit, et autre Youri Djorkaeff? Hélas, trois fois hélas, je ne connais pas ces gens. Sont-ils de vos contemporains?

Qu'est-ce donc le football? Ce terme ne veut-il pas dire, «balle au pied», si j'en crois mes médiocres rudiments d'anglais? Si tel est le cas, sachez que ce sont les sans-culottes qui inventèrent ce jeu, avec les têtes des guillotinés!

La France a donc une équipe pour ce jeu! Si tel est le cas, c'est pour le moins incroyable, mais en tant que respectueux des droits de l'homme, et du citoyen, j'affirme que tous les gens sont et doivent être égaux devant la loi, quelle que soit leur couleur de peau.

Je ne sais si Napoléon eusse voulu créer une équipe de France de football, l'empereur ne s'en est pas, en tout cas pas à moi, ouvert sur ce sujet. Mais pour ce qui est de ma relation au sport, je pourrais vous dire que nous autres, soldats et cavaliers (même si l'empereur était artilleur à la base), devions être doués en équitation et en escrime.

À votre dernière question, j'opterais pour le second choix, en mémoire de la première campagne d'Italie, et du peuple de Milan.

À très bientôt,

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles


Monsieur le Maréchal,
 
Le football en anglais veut dire «balle au pied» et il faut pour y jouer se mettre un maillot, un short, des chaussettes longues et de solides chaussures: des Adidas ou autres. Les maillots portent le nom des joueurs ainsi que leur numéro respectif. Zinedine Zidane, par exemple, avait le numéro 10. Son maillot, celui qu'il portait avec l'équipe de France, était bleu avec, au niveau du col et des bras, des lignes blanches et au milieu la couleur rouge du drapeau tricolore. Zinédine Zidane est un joueur de foot qui est né à Marseille dans les années 1970. Ses parents sont d'origine algérienne et kabyle. Il habite dans le quartier du Panier. C'est un excellent footballeur et un très bon buteur: deux buts contre le Brésil en 1998.

Emmanuel Petit est un normand de Dieppe. Un vrai viking, blond avec une queue de cheval. C'est aussi un excellent buteur: un but contre le Brésil en 1998. Youri Djorkaeff est d'origine russo-arménienne et il est né à Lyon. C'est un excellent joueur. Pour ce qui est des noirs dans l'équipe de France, je trouve cela très bien, mais malheureusement les blancs se comptent sur les doigts. Il y en a très peu donc. Et pourtant, nous sommes toujours très majoritairement blancs en France.

Actuellement, j'écoute de la country (musique américaine de l'ouest, que j'apprécie), et je possède un Stetson (chapeau américain) dont les origines sont françaises (plus précisément vendéennes): c'est un chapeau à larges bords). Eh oui, les Vendéens sont aussi à l'origine des cow-boys qui gardaient les vaches de race longhorns dans l'Ouest (Arizona, Texas, Nouveau-Mexique, Colorado, Californie) au siècle dernier.
 
À bientôt,
 
Sylvie


Chère Sylvie,

Ainsi, il faut une tenue spéciale pour jouer au football! Que veut dire le mot «Adidas»? Je ne comprends, hélas, pas grand choses à tes dires... Il faut dire que deux siècles nous séparent! Ne le prends pas mal, s'il te plaît, mais je ne saurais te parler d'événements postérieurs à moi. Pose-moi, s'il te plaît, à l'avenir des questions inhérentes à mon époque et je te répondrai avec grand plaisir.

Je te présente mes excuses.

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles.

P.-S.: Excuse-moi pour le tutoiement, qui peut te paraître déplacé, mais c'est parce que je t'aime bien.

Monsieur le Maréchal,
 
Adidas est une entreprise qui fabrique des produits sportifs comme les maillots, les chaussures...
 
À l'époque de Napoléon, cela aurait été étrange de voir des hommes jouer sur un stade. Un stade est un endroit recouvert d'herbe pourvu à chaque bout d'un filet dans lequel il faut faire arriver la balle (cela s'appelle «marquer un but»). Le football est donc, comme vous me l'avez appris, un sport révolutionnaire, puisqu'en 1793 les sans-culottes jouaient avec les têtes des guillotinés. Aujourd'hui, heureusement, ce n'est plus le cas. On a supprimé la guillotine. On s'affronte désormais sur les stades. On ne fait plus la guerre comme on l'entend. Ce sont des rencontres pacifiques où les nations mesurent leurs façons de jouer.

Voici à présent quelques nouvelles de mon époque. Sarkozy est parti en Amérique et a parlé à l'ONU sur le réchauffement climatique et, ce soir, il sera au G20 à Pittsburg, en Virginie, pour évoquer les problèmes économiques mondiaux et essayer de trouver des solutions pour les contourner. Il a rencontré Barack Obama, le président américain et celui de la Chine, monsieur Hu Jin Tao. Achmadinedjad et Kadhafi ont fait leur cirque à la tribune de l'ONU à New York.
 
Que penses-tu de tout cela ?
 
À bientôt.
 
Sylvie

Chère Sylvie,

Excuse-moi pour le retard, mais j'ai appris avec regret que Lorenzo Balanti, mon fidèle messager a été abattu. Mon ancien royaume est en proie aux troubles; mes anciens sujets, parmi lesquels les lazzaronis, qui m'ont soutenu et poussé à unifier l'Italie sous ma férule, en combattant le prince Eugène (De Beauharnais, fils de l'ancienne impératrice et beau-fils de l'empereur) qui, portant à l'époque le titre de vice-roi d'Italie, était un obstacle aux desseins des lazzaronis, mais surtout aux miens, bref, ces anciens sujets, me voyant perdu, sont allés honteusement se soumettre aux Bourbons et, par là même, se sont retournés contre moi et les miens.

Ainsi, l'on a supprimé la guillotine! Comment donc exécute-t-on les condamnés en France dans ton présent?

Ainsi, vous disposez de stades à l'instar des grecs anciens? Ton précédent message est encore pour moi bien abscons. Qui est donc ce Sarkozy? Qu'est-donc le G20? L'ONU? Pittsburg? La Virginie? Et tous les autres quidams que vous citez?

Passe une bonne soirée, Sylvie!

À bientôt,

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Bonjour monsieur le Maréchal,
 
La guillotine étant supprimée depuis octobre 1981 par un ministre socialiste de François Mitterrand, les peines de prison pour les criminels de tout poil sont la perpétuité ou des peines de trente ans. Malheureusement, il y a des magistrats qui préfèrent relâcher dans la nature les criminels les plus endurcis, ce qui occasionne un sentiment d'insécurité dans la population française. Je serais assez pour le rétablissement de la peine de mort, mais d'une autre façon: exécuter les criminels par injection létale avec des piqûres, comme cela se fait aux États-Unis.
 
Quant aux stades, ce sont des terrains rectangulaires où l'on peut jouer à deux équipes avec des buts pour le foot. Les buts étant des filets installés sur le stade. Les stades sont recouverts de pelouse et, tout autour, le public s'installe dans les gradins pour encourager les équipes concurrentes. La France a marqué cinq buts dernièrement contre l'équipe des îles Féroé (en face de l'Islande) et elle va peut-être affronter soit les serbes, les russes ou les ukrainiens pour des matchs de barrage.
 
Nicolas Sarkozy de Nagy Bocsa est le président de la République française. J'ai voté pour lui au second tour et je suis satisfaite de ce qu'il fait; mais sa mission n'est pas facile, car il y a des mécontents qui s'expriment par des manifestations dans les rues.
 
Le G20, c'est l'ensemble des gouvernements les plus riches du monde qui se réunissent pour déterminer la politique économique et sociale des États. La Russie, les États-Unis d'Amérique, la France, la Chine, les pays arabes en font partie. C'est une organisation qui s'occupe de tous les problèmes y compris climatiques, politiques, etc.
 
L'O.N.U., l'Organisation des Nations-Unies, est née en 1944-1945 aux États-Unis en pleine guerre mondiale. Cette organisation a, depuis, pour but de ramener la paix dans le monde. Mission bien difficile, mais elle a quand même réussi à arrêter des conflits militaires de par le monde. Sous son égide, il y a les Casques Bleus, force militaire de toutes les nations qui ont pour mission de surveiller et d'observer les attitudes des belligérants. Cette force militaire est intervenue dans plusieurs conflits, comme au Liban, en ex-Yougoslavie, au Rwanda.
 
Pittsburg est une ville de l'état de Virginie aux États-Unis.
 
Hu Jin Tao est le président de la Chine Populaire (communiste), Achmadinedjad est celui de l'Iran (ancienne Perse) et Mohamar al Kadhafi celui de la Lybie. Les deux premiers sont d'effroyables dictateurs, mais le premier, qui est chinois, penche pour le capitalisme.
 
À bientôt,
 
Sylvie

Bonsoir chère Sylvie,

Merci pour votre définition du stade de football. Si l'on fait barrage, c'est que l'on a échoué lors de l'offensive n'est-ce pas? C'est un peu comme battre en retraite en quelque sorte.

Des manifestants? Je suppose que ces quidams expriment pacifiquement leur mécontentement, contrairement aux révolutionnaires. Dites-moi si j'ai tort?

Merci également pour votre définition du G20, ainsi que celle de l'ONU. Dans quelle triste époque vivez-vous, ma chère! Je ne vois qu'arrivisme et despotisme. C'est un constat fort déprimant, mais Dieu merci, loin de moi. C'est pourquoi j'émettrai le vœu que notre correspondance traite désormais de mon époque, ou de celles qui m'ont précédées. Si tout n'y était pas rose, au moins pourrais-je vous renseigner avec plus de facilités.

À très bientôt,

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Monsieur le Maréchal,
 
Lisez-vous des livres et lesquels? Voltaire, Rousseau, Diderot, les philosophes du siècle des Lumières? Ou lisez-vous plutôt des auteurs classiques qui ont marqué l'Antiquité gréco-romaine? Ou encore des poètes? Que lisez-vous actuellement? Je sais que la lecture nous aide à nous échapper de l'espace et du temps, que l'on voit des vies différentes, des épisodes intéressants et qu'on peut imaginer être le héros d'une aventure... Tenez, moi quand j'étais petite, je voulais manier l'épée et me battre à cheval contre les méchants qui persécutent les bons. J'ai toujours aimé la guerre, car cela permet de se défendre et de s'affirmer. Quand je lis des romans, je m'imagine être le personnage qui incarne la réalité. Je peux être n'importe qui et n'importe quoi... Exemple: j'aime les aventures du Cid de Corneille, mais aussi le chevalier Pardaillan, le Bossu, et toute cette imagerie populaire du héros qui se bat pour la veuve et l'orphelin.
 
Que me conseilleriez-vous de lire aujourd'hui? Je m'intéresse aussi à ce qui m'entoure et, voyez-vous, je recherche l'Atlantide. Où la situeriez-vous?
 
Merci de me répondre. Cordialement,
 
Sylvie

Bonsoir chère Sylvie,

J'ai toujours adoré lire les philosophes du siècle des Lumières, bien sûr, mais surtout Corneille. J'aime cet homme qui arrivait à donner une tournure héroïque à chacun de ses ouvrages. Ma pièce préférée est bien évidemment le Cid. «Rodrigues, as-tu du cœur? Tout autre que mon père le prouverait sur l'heure...». Mon impérial beau-frère préférait, quant à lui «Cinna», pièce où Corneille chantait les louanges, que dis-je, la grandeur d'âme d'Auguste, le premier empereur romain. Sinon, j'adorais, et adore encore, la pièce «Tartuffe» de Molière. J'ai bien sûr lu et apprécié les ouvrages des auteurs antiques comme Platon, Cicéron, Suétone, Tacite etc.

Sans mes lectures, sans doute que je ne me serais élevé si haut, je le pense sincèrement. Je pense que les ouvrages exaltent l'âme et la poussent non seulement à s'affirmer, mais également à s'élever jusqu'au sublime. Les auteurs généreux veulent que leurs lecteurs s'identifient à leurs héros, à l'instar de Voltaire qui écrivit «L'ingénu», entre autres, et qui par ce texte s'adressait indirectement à quantité de gens que le clergé exaspérait, et qui par cet ouvrage préparait lentement la révolution, et ses conséquences. Si je devais te conseiller des ouvrages, je te conseillerais de lire les philosophes du siècle des Lumières, mais également ceux dit du grand siècle, celui de Louis XIV.

Bonne soirée, Sylvie! À très bientôt,

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Bonjour Monsieur le Maréchal,
 
Quand on découvre une vie différente par le biais des lectures, on peut imaginer les faits et gestes des héros. Actuellement, je lis «La mosquée Notre-Dame-de-Paris, 2048» d'Eléna Tchoudinova qui me transporte dans le futur. La France, notre beau pays, est soumise à la charia (loi islamique) du fait de l'immigration des peuples nord-africains., mais je pense que cela n'arrivera jamais, sinon le peuple français se soulèverait. Je lis ce livre dans mon lit grâce à la lumière produite par l'électricité. Ce serait compliqué à t'expliquer... À moins qu'à ton époque on connaisse déjà la science de l'électricité apparue au XVIIIème siècle, ce qui voulait dire le siècle des Lumières.
 
La lecture est un plaisir, je le conçois. On s'évade et on vit une existence plus enviable que celle qu'on a actuellement. J'ai déjà lu les philosophes du XVIIIème siècle et, grâce à eux, je suis républicaine, mais pas à l'extrême (pas comme Robespierre). Je suis une républicaine tempérée et modérée. Je n'aime pas les excès et je réprouve l'assassinat du roi et de la reine de France en 1793. Il aurait fallu les exiler à l'étranger. Si j'avais pu vivre à cette époque, je les aurais sauvés, eux et leurs enfants, ainsi que madame Royal (pas Ségolène).

Je t'embrasse.
 
À bientôt,
 
Sylvie

En ce qui me concerne, je ne préconise pas la terreur à l'instar de ma première idole, ou de son successeur Robespierre, mais je pense qu'en ayant tant fréquenté les champs de bataille, je serais bien le dernier des monstres, si je réclamais encore des flots de sang. Qui n'a pas fréquenté le maudit village d'Eylau ne peut décemment juger de l'horrible carnage, où peut mener le fanatisme, que dis-je la cruauté des hommes. Lors de cette bataille pourtant, alors à la tête de quatre-vingts escadrons, j'ai tenté l'impossible pour mettre un terme à ce conflit qui abreuvait la terre de sang et jonchait la neige de milliers de cadavres. J'ai tenté d'anéantir définitivement les forces russes avec cette force de frappe, mais en vain. Pourtant nos cavaliers se sont montrés ô combien dignes des enfants de la liberté qu'ils prétendaient être, enfants de France, qui étaient devenus sujets non pas d'un César, mais du Dieu Mars en personne. Combien de mes subordonnés ai-je vu périr ce jour-là! Des centaines, des milliers, ils sont morts glorieux, en vrais romains, scandant jusqu'au dernier soupir ces mots mille fois répétés «vive l'empereur». C'était à en émouvoir le cœur le plus inébranlable. Nos ennemis eux-mêmes restèrent pantois, béats d'admiration, devant le magnifique sacrifice de mes hommes. J'ai chargé en tête de ces derniers, prêt à offrir ma vie en sacrifice pour que la victoire revienne à Napoléon. La mort n'a pas voulu de moi, à ce moment-là. Mon sabre plongeait dans les chairs des fantassins ennemis, faisant jaillir le sang en abondance; je me souviens avoir vu nos ennemis pétrifiés, comme figés à notre simple vue; nous enfants de la liberté, étions prêts à offrir nos existences en offrande au Dieu de la guerre, mon beau-frère. L'artillerie ennemie tirait pourtant sans relâche, mais cela ne changeait rien, l'armée française à ce moment-là était la première du monde, de sorte que, quand le Maréchal Ney est arrivé, il n'avait qu'à parachever notre travail. La victoire était acquise, mais elle avait le goût âcre de la défaite. Nous avons vengé nos morts à la bataille de Friedland.

Je répondrai à tes autres questions dès que possible, mais j'aimerais obtenir une faveur de toi. Essaie, s'il te plaît, de me poser des questions contemporaines à mon époque. Ne le prends pas mal, je t'en prie, mais presque deux siècles nous séparent. Tellement de choses ont changé depuis le XIXème siècle... Alors je suis un peu perdu, je te l'avoue sincèrement. Sinon je répondrais à tes questions concernant ton époque non seulement bien volontiers, mais avec un très grand plaisir. Je vais tâcher cependant de faire de mon mieux pour répondre aux questions que tu m'as posées.

Je t'embrasse affectueusement; j'ai toujours un vif plaisir à correspondre avec toi.

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Bonsoir chère Sylvie,

Penses-tu sincèrement que le peuple Français, se soulèvera de nouveau un jour? S'il s'est soulevé en 1789 après mille trois cent ans de royauté, cela n'avait rien de spontané, tout avait été machiné par la franc-maçonnerie, qui comportait un amalgame de bourgeois, de roturiers, et même de nobles, que la monarchie absolue exaspérait. Si le complot, puisque c'est bien d'un complot dont il s'agissait, pour détrôner le roi et le remplacer par un gouvernement composé de bourgeois, avait à coup sûr échoué avec Louis XIV, et même avec son successeur Louis XV, il réussit grâce à la faiblesse du petit-fils de ce dernier. Les francs-maçons comptaient sur un puissant allié en leur sein, le futur-Philippe Égalité, ci-devant duc d'Orléans et cousin de Louis XVI, qui rêvait de lui usurper la couronne. Ce sont les orléanistes partisans du duc, qui furent les plus actifs pour appeler le peuple à se révolter. Les plus célèbres montagnards de la convention étaient d'éminents francs-maçons. Au final, les bourgeois furent débordés par le peuple, ce qui provoqua des dérives telles que les massacres de septembre 1792 (souhaités certes par Danton et Marat), et des Tuileries, le dix août 1792, jour de la chute de la monarchie. Les exécutions en tout genre continuèrent, et pour n'importe quel motif... Sache, cependant, que sans la fuite de Varennes, il est fort possible que Louis XVI eût conservé sa tête, et sauvé celle de sa femme également... C'est bien cette fuite, qui scella le sort des souverains, et par là même préparera les fulgurantes ascensions, non seulement de mon beau-frère, mais également de ses compagnons d'armes, ainsi que des Généraux Kléber, Hoche, Marceau, Championnet, Joubert, Jourdan, Moreau, et Pichegru, etc.

Cessons de parler de la révolution, tout en ayant à l'esprit que le soulèvement populaire n'est pas chose aisée. Mon siècle connaît les recherches scientifiques concernant l'électricité, mais ces dernières ne se cantonnent, hélas, que dans les laboratoires...

Certes, la lecture est une évasion, mais également, et surtout, une source d'inspiration...

Maximilien de Robespierre n'avait plus le sens des réalités: il rêvait de s'instituer roi, tout en envoyant ses rivaux ou mauvais sujets à la guillotine. En somme, Bonaparte était la seule conséquence logique, et possible, de la révolution. Robespierre, lui-même, craignait, et prophétisait, qu'un nouveau César, se porterait au pouvoir grâce aux guerres. Louis XVI, parce qu'il était roi, devait périr pour que la nation vive; voilà à peu près les termes de Saint-Just, pour justifier le régicide. Avait-il foncièrement tort? Non, de toute évidence, le descendant de Louis XV avait appelé l'empereur d'Autriche à écraser le peuple de France, il fallait qu'il expie sa traîtrise. Il en est autrement de son épouse la charmante reine Marie-Antoinette, la deuxième plus belle souveraine de France après Anne d'Autriche, si l'on en croit les historiens. J'ai eu l'occasion de voir la fille de l'impératrice Marie-Thérèse une seule fois, alors qu'elle rentrait en carrosse au château de Versailles. Elle était alors au sommet de sa beauté. J'ai rarement vu femme aussi belle, et je ne l'ai pourtant qu'entr'aperçu... Bref, tout cela pour te dire que, bien qu'elle soit issue de la maison d'Autriche, jamais je ne lui aurais fait, ni souhaité le moindre mal. Hébert, pauvre roquet hargneux de son état, voulut à tout prix sa mort. Ses collègues se sont laissés entraîner. Mais le vingt-quatre mars 1794, l'échafaud vengeait la reine, étêtant son ennemi juré, transformé en loque humaine. Madame Royale, grand exemple de piété, et surtout de bonté, ne méritait point non plus de périr ainsi. Quand à Louis XVII, si c'est à lui que tu fais allusion, je puis te dire que tu n'as pas besoin de t'inquiéter pour lui; je sais de source sûre qu'il est vivant et en bonne santé. Il n'est pas mort au Temple, comme la rumeur se plaît tant à l'affirmer. Il est vrai que la mise en scène de la soit disant découverte fut saisissante de réalisme à ce détail près que le cadavre retrouvé était celui d'un enfant de quinze ans, enfant dont on murmurait qu'il fut un bâtard de Marie-Antoinette, jamais reconnu par Louis XVI. Alors, ragot ou vérité, je ne puis t'en dire plus à ce détail près que lors de l'entrevue de Tilsit, entre Napoléon et le Tsar Alexandre Ier, j'ai vu un jeune homme bien de sa personne, ressemblant trait pour trait à Louis XVI, parlant français comme Molière, mais niant toute origine française. Il paraîtrait que ce quidam avait épousé une proche parente du Tsar en 1812. Et depuis, il aurait eu deux enfants, dont l'Empereur François II d'Autriche a accepté d'être le parrain. Et Marie-Thérèse la fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette, la marraine. Drôle de coïncidence, tu ne trouves pas?

Passe une bonne soirée, Sylvie. Je t'embrasse.

À très bientôt,

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Bonsoir chère Sylvie,

Victorieux en Égypte, le général Bonaparte se serait converti à l'islam, et son armée à sa suite, par politique, plutôt que par conviction... Napoléon, s'il se prétendait athée, était au fond de lui déiste. Je le sais parce qu'il me l'a confié en 1804, alors qu'il mandait au «citoyen Pape» de le sacrer empereur des Français.

Ne te méprends pas, ce n'est pas par conviction religieuse que mon beau-frère souhaitait que le pontife romain le couronne empereur, mais bien pour lui donner une légitimité vis-à-vis des cours européennes. Le «petit caporal» avait sur le plan religieux un esprit pratique. Converti au judaïsme, il aurait reconstruit le Temple de Salomon; converti à l'islam, il se serait proclamé «fils de Mahomet», me confia-t-il. Baptisé et élevé «dans la foi chrétienne» pouvait-il faire moins, que d'établir un concordat, et de renouer avec Rome? Agir autrement aurait été ignorer les convictions profondes du peuple. Ce même peuple qui guillotinait les curés, et les nonnes, et qui déclarait le christianisme définitivement banni de France, était paradoxalement profondément attaché aux valeurs chrétiennes.

Cela se vérifia lors du sacre de Napoléon, alors que le bas peuple, (jacobin pour l'essentiel) venait faire bénir ses objets de la vie courante, par le citoyen Pie VII... Et puis la chouannerie était motivée bien plus par la foi chrétienne que par la monarchie! En bref, les guerres de Vendée, après la signature du concordat, n'avaient plus de raison d'être... Les suppôts de la monarchie furent exterminés pour l'essentiel, témoin «Cadoudal, et ses acolytes». Le peuple français, en majorité, ne se convertira jamais à l'islam, je pense qu'il penche au contraire pour l'athéisme.

Passe une bonne soirée, Sylvie. À bientôt,

Joachim Murat

Bonjour monsieur le Maréchal,

Je sais qu'au XVIIIème et qu'au début du XIXème siècle, les Français pratiquaient l'escrime et l'équitation. Aujourd'hui, nous avons de nombreux sports qui viennent d'Angleterre, des États-Unis et d'autres endroits de l'Europe ou de nos régions. Le tennis a comme ancêtre le jeu de paume, tandis que le football proviendrait de la joule basque.

Mercredi dernier, nous avons été choqués par le fait que Thierry Henry a marqué un but égalisateur en déviant la course du ballon de la main (alors qu'en principe c'est avec la tête ou le pied qu'on doit marquer) et l'arbitre n'a rien vu. Il a ainsi fait basculer le résultat en faveur de la France, qui jouait alors contre l'Irlande. Résultat: la France s'est qualifiée pour la coupe du monde de football, qui aura lieu en Afrique du Sud. Que pensez-vous du fait de tricher dans le sport? Imaginons en escrime un escrimeur en train de faire n'importe quoi, ou un cavalier donner des ordres contraires à son cheval, cela n'irait pas.

Comment réagiriez-vous et que feriez-vous vis-à-vis des tricheurs?

Cordialement,

Sylvie

Bonjour chère Sylvie,

Comment te portes-tu ?

Permets-moi de te préciser que l'équitation fut pratiquée, dès le Moyen-Âge, par les membres des familles de l'Ancien régime. L'escrime telle que je la pratique est en fait issue de la fin du XVIème siècle ou du début du XVIIème, à la différence qu'à cette époque on était équipé de fleurets, ou d'épées courtes, et qu'à mon époque on combat avec des sabres courbés, imitation des cimeterres musulmans.

Il n'y a évidemment aucun moyen de tricher dans aucune de ces deux disciplines; mais il faut que tu saches qu'il existe nombre de bottes secrètes qui, si elles ne permettent pas de tricher, permettent de terrasser son adversaire.

Officiellement, les duels étaient proscrits au sein de la Grande armée, règle qui ne fut hélas jamais appliquée; je dis hélas car si grâce aux duels on peut laver son honneur, beaucoup de combattants de valeur périrent à cause de cela. Pertes qui firent cruellement défaut à la Grande armée par la suite.

Un cavalier (de l'armée) donnant des ordres incohérents à son cheval, cela ne se peut, à moins que le cavalier en question ait perdu la raison, puisqu'il faut savoir que tous les cavaliers sont formés durant trois ans au minimum, et jusqu'à quatre ans -le double des fantassins, pour vous donner une idée. À la fin de cette formation, le cavalier en question sait non seulement se battre habilement, mais maîtrise son cheval à la perfection.

Quant à celui qui manie le sabre, je ferais la même remarque, puisque, comme tu sais, ne manient le sabre que les cavaliers, exception faite pour les grenadiers, qui disposent de sabres briquets (petits sabres), qui peuvent éventuellement leur servir, au corps-à-corps, ou en cas de manque de munitions.

J'ai toujours trouvé les tricheurs insupportables; ce sont des gens sans honneur.

Passe une bonne journée, chère Sylvie! Je t'embrasse.

À très bientôt!

Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Bonsoir, Monsieur le maréchal,
 
Je rentre du Téléthon, car j'y ai participé en jouant au scrabble (un jeu de société dans lequel il faut trouver sept lettres pour les mettre sur un plateau rempli de cases). J'ai donné dix euros.
 
Il s'agit d'une cause en faveur des enfants malades de la myopathie de Duchène. Imaginez-vous le petit roi de Rome connaissant ce drame? Ce serait terrible pour sa famille! Heureusement, il est bien portant et tant mieux pour lui. Car la myopathie, c'est l'immobilisation de tous les membres: on ne peut rien faire, ni courir, ni marcher, ni se lever.

Heureusement, les chercheurs de mon époque s'occupent de rechercher le meilleur traitement pour vaincre le mal. Au XIXème siècle, rien de tout cela n'existait et il faudra du temps pour réaliser ce qu'on appelle la recherche médicale. Qu'en pensez-vous ?
 
Cordialement,
 
Votre Sylvie qui vous embrasse

Bonsoir chère Sylvie,

Vous avez commis une bonne action, en voulant aider les enfants malades; je vous en félicite. C'est une maladie bien atroce que la myopathie; Dieu merci, mes enfants, neveux et nièces en ont été épargnés. Les recherches scientifiques, hélas, sauf exception, n'arrivent pas à guérir les principales maladies. Il suffit de voir la ci-devante Reine Anne d'Autriche qui, affligée d'une terrible affection des seins, en est morte, et ceci, malgré les soins répétés des plus grands médecins de son époque.

Certes, cela s'est passé au XVIIe siècle, mais tout de même, les principales maladies disparaissent par elles-mêmes, graves ou non. Bien sûr, nous avons découvert l'hygiène, mais crois-tu qu'au moyen-âge les gens en avaient des notions, pour venir à bout de la peste bubonique? Entre nous, je ne le crois pas. Je crois aux recherches scientifiques pour découvrir de nouvelles sortes de gaz, l'électricité à la rigueur, mais concernant les découvertes médicales, je reste assez sceptique; beaucoup de charlatans essaient de s'enrichir en profitant du malheur des gens, et cela je le déplore.

J'ai ouï dire, pourtant, infiniment de bien d'Ambroise Paré, médecin personnel d'Henri II et de ses trois héritiers. Et j'ai constaté que le chirurgien en chef de la Grande Armée, le Baron Larrey, était un grand homme; soucieux d'atténuer les souffrances de ses patients, il inventa plein de subterfuges pour arriver à ses fins. Mais il faut se méfier des quidams qui se disent chercheurs et qui, au lieu d'aider leur prochain, s'enrichissent à leurs dépens.

Passe une bonne soirée, et encore, toutes mes félicitations pour ton geste. J'espère vivement qu'il pourra atténuer les maux des enfants malades.

À bientôt!

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles


Bonsoir, monsieur le Maréchal,
 
Bientôt Noël et les Français se hâtent dans les magasins pour acheter les cadeaux. Je l'ai fait dernièrement et cela ne m'a pas été difficile de les trouver. Pour mon frère un livre, pour moi-même quelques livres, un pistolet à billes, une écharpe de Chelsea (équipe anglaise de foot) et diverses choses. Pour Tigrette, ma petite chatte, deux jolies balles en mousse.
 
Le sapin est décoré, la crèche aussi. Noël est une fête agréable où toutes les familles se réunissent autour de la dinde aux marrons et du foie gras. Le jour de Noël, je regarderai la télé, car les programmes sont féériques.
 
Et vous, que faisiez-vous à ce moment-là? La lecture, les contemplations de la nature, les promenades à cheval ou à pied dans votre village? Ou bien, au coin du feu, écouter les histoires des anciens dans les veillées? Quel a été le plus beau Noël que vous ayez vécu?
 
Bien à vous,
 
Sylvie


Bonsoir chère Sylvie,

Dans mon enfance, le choix des présents était vite fait. À chaque Noël nous avions droit à une orange, ma fratrie et moi... Devenu père à quatre reprises, je me suis toujours efforcé de combler mes enfants: mes garçons recevaient des uniformes confectionnés à leur taille, ainsi que des armes miniatures; mes filles, quant à elles, recevaient de jolies robes, de magnifiques bijoux. Tous étaient gâtés, et chaque fois que j'en ai eu l'occasion, j'ai fêté la nativité avec eux. Mais ce fut bien trop rare, hélas...

Le plus beau Noël que j'ai connu eut lieu en 1807. Il fut entièrement préparé par mon épouse -jamais, peut-être, mon ancien Palais de l'Élysée, dont j'ai dû me séparer lors de ma nomination comme roi de Naples, comme vous le savez sans doute, n'a connu, et ne connaîtra sans nul doute jamais plus, de telles réjouissances... C'est le seul Noël en tant que père qui m'a permis d'avoir un sapin de Noël... Ce n'est pas à Naples que j'aurais pu en avoir un, le temps ne s'y prêtait pas.

Durant ma jeunesse, la période de Noël se prêtait aux veillées, où les anciens venaient conter les contes et légendes de leur jeunesse. Après, on allait à la messe de minuit, puisqu'évidemment, à cette époque, il convenait d'y assister... Plus tard, j'ai passé beaucoup de Noëls en campagne. Ensuite, avec l'instauration de l'Empire, les choses changèrent considérablement, surtout durant l'année 1807...

Passez de très belles fêtes de Noël.

À bientôt,

Joachim Murat, Roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Monsieur le Maréchal,
 
J'ai passé un réveillon de Noël extraordinaire avec ma petite Tigrette, une adorable chatte de gouttière.
 
J'apprends que vous aviez jadis résidé dans le palais officiel de nos présidents qu'est l'Élysée. Aujourd'hui, ce palais sert de résidence officielle aux présidents de la République depuis 1879. Notre président, monsieur Nicolas Sarkozy, y réside quotidiennement et je l'apprécie, car il fait penser à Napoléon par la taille et l'intelligence.
 
Que pensez-vous de la réutilisation de l'Élysée comme palais de la République?
 
À bientôt,
 
Sylvie

Bonjour chère Sylvie,

Je suis ravi que vous ayez passé un excellent réveillon. J'ai effectivement été l'heureux propriétaire du palais de l'Élysée, dont j'ai dû me séparer à contrecœur sur ordre de mon beau-frère qui, en me nommant roi de Naples et des Deux-Siciles, a exigé qu'en contrepartie je me sépare de mes quelques quinze propriétés situées dans la capitale, ainsi qu'en ses alentours. Ces propriétés étaient aussi superbes les unes que les autres (j'ai toujours adoré les biens immobiliers). Le palais de l'Élysée, jadis Hôtel d'Évreux, en était la perle. L'hôtel d'Évreux a été bâti au XVIIème siècle pour la ci-devant famille du même nom. Louis XV l'a racheté de ses deniers pour l'offrir à sa favorite, et maîtresse en titre: la marquise de Pompadour. Le Palais sera délaissé ensuite pendant fort longtemps, si du moins les gens qui m'ont conté son histoire étaient dignes de foi... Devenu prince de l'Empire, et avant d'être nommé grand-duc de Berg et de Clèves, j'étais devenu assez riche pour m'offrir le palais de l'Élysée, ce dont Caroline, mon épouse, fut folle de joie, chose qui était assez rare chez elle... J'apprends avec stupéfaction que ce palais est devenu la résidence officielle des chefs de l'État...

En revanche je ne pense pas que le génie de Napoléon, majoritairement militaire, puisse se transmettre à quelqu'un... Il fallait voir comment cet homme pouvait d'un seul coup d'œil sur une carte concevoir un plan de bataille, et de mémoire dicter la position de ses troupes, ordonner l'ordre de marche, et citer sans se tromper les noms des escadrons et régiments qui allaient prendre part aux batailles... Il poussait même le génie à anticiper le moment exact de l'arrivée de ses troupes sur le champ de bataille (connaissant d'avance l'heure exacte!). Je ne parlerai pas des nombreuses réformes qu'il a fait appliquer... Digne héritier de César, et d'Alexandre, le génie de Napoléon ne peut se transmettre...

Passe une bonne journée, chère Sylvie,

Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux- Siciles



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