Retour en page d'accueil de Dialogus

Soldat Lebeau du 27ème de ligne

écrit à

Maréchal Joachim Murat


Sujet


    Monsieur le Maréchal,

Pardonnez mon audace, à moi, simple soldat, qui vous prie de répondre à sa présente question. Nous autres soldats sommes éblouis par votre bravoure et vos chevauchées sur le champ de bataille contre les ennemis de notre révolution. Nous sommes de pauvres soldats et nos effets, nos équipements mériteraient d'être rafraîchis après moult marches sous tous les temps. Comment se fait-il que vous paraissiez dans un habit si riche même sur le champ de bataille, vous, un fils de notre révolution éternelle et de l'égalité?

Un fantassin du 27ème de ligne

Monsieur Lebeau,

Je vous pardonne volontiers votre audace, votre question est tout à fait justifiée, et je vais y répondre le plus précisément possible. Sachez tout d'abord que j'ai interpellé de nombreuses fois mon impérial beau-frère, au sujet du dénuement des troupes qui composaient la Grande Armée. Napoléon s'est montré sensible à de si légitimes arguments, mais je vais vous faire une confidence. Comme vous le savez la France, hélas, malgré l'élan de patriotisme qui la stimulait, n'a jamais été en mesure d'équiper correctement ses troupes. L'empereur a tenté sincèrement coûte que coûte de palier le manque de moyen de ses soldats. Peut-être savez-vous que lors de la première campagne d'Italie, trouvant ses troupes dépenaillées et démoralisées, et qu'il réussit, malgré ce triste état de fait, à les mener à la victoire, il les récompensa en leur attribuant une solde conséquente, prise sur le butin versé par les Piémontais?

En 1805, alors que la perfide Albion a persuadé la Russie et l'Autriche de nous déclarer la guerre, Napoléon a pu équiper un peu mieux ses troupes, grâce notamment à la vente de la Louisiane, pour les combattre et les vaincre. Mais après la victoire sur les Prussiens le 14 Octobre 1806, les ressources commençaient déjà sérieusement à s'amenuiser. Les autres victoires de la Grande Armée, devenue légendaire, ne lui apporteront pas de réels profits. N'imputez s'il vous plaît pas la faute au «petit caporal», mais aux financiers qui, après avoir sans doute trop écouté le Prince de Bénévent, se mirent à devenir hostiles au régime impérial. De toute manière, sachez que ces hommes d'argent n'ont pas attendu Talleyrand pour se remplir les poches...

Quant à mes tenues excentriques, je ne puis que vous avouer que j'ai toujours adoré les vêtements. Plus ils étaient voyants, et plus ils me plaisaient. Mon épouse Caroline a une part non négligeable de responsabilité dans ce goût pour les tenues originales! Mon goût pour les beaux vêtements n'est en rien un désaveux ou un oubli de mes convictions révolutionnaires, ni de mes origines.

Passez une bonne soirée, Monsieur,

Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles


Monseigneur,

Je remercie infiniment Votre Altesse Impériale pour cette réponse qui me prouve que sa Majesté l'empereur fait son possible pour ses soldats.

Quant aux financiers et politiciens, ils sont tous les mêmes, toujours prêts à trahir et à tirer leur épingle du jeu aux dépens des soldats et du peuple français. Surtout quand il s'agit de servir les intérêts anglais...

Sa majesté l'empereur a bien besoin de tout le dévouement d'hommes de cœur tels que Votre Altesse pour faire triompher les idéaux généreux de la révolution.

Bien à vous,
Denis

P.-S.: vous avez dû être étonné qu'écrivant d'une période future, je vous indique ma qualité de fantassin de la ligne. En réalité, j'ai fait partie d'une compagnie de la Ligne dans les marches de l'entre-sambre et Meuse (en Belgique) qui restitue l'uniforme, la discipline, la bravoure et la gloire de la Grande Armée.
************************Fin de page************************