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Sylvie
écrit à

Maréchal Joachim Murat


De tous les maréchaux, c'est vous que je préfère


    Monsieur le maréchal,

De tous les maréchaux de Napoléon, c'est vous qui avez ma préférence. Pourquoi? Parce que vous êtes jeune, courageux, intelligent et magnanime.

S'il fallait faire quelque chose pour vous, je le ferais. Je prendrais un bateau, puis j'achèterais un bon cheval pour galoper et vous libérer tout de suite de vos geôliers. Je m'habillerais en soldat et je volerais à votre secours. Mais avant, je demanderais l'avis à un général de mes amis! Un général qui a fait des campagnes outre-mer, hors de la métropole...

J'espère que vous vous en sortirez avec les honneurs. Vous êtes un soldat, défendez-vous!

Avec toute mon amitié,

Sylvie

Chère Sylvie,

Je suis, ô combien, flatté de l'excellente opinion que vous avez de moi; j'avoue rougir devant de tels compliments. Merci mille fois de votre indulgence, car j'ai commis beaucoup d'erreurs dans ma vie, hélas!

Cependant, je ne suis qu'un humain; je n'ai pas l'aura du dieu de la guerre, mon beau-frère. Napoléon est sans doute la réincarnation du dieu romain Mars.

Je suis ému de constater que vous pourriez prendre des risques pour moi, mais je pense qu'une fin tragique servirait mieux ma renommée qu'une fin paisible. Je suis avant tout un soldat et, croyez-moi, je ne l'oublierai jamais. J'ai perdu la majorité de mes hommes à la bataille de Tolentino; les autres se sont débandés comme des lapins. Il est vrai que j'avais de piètres soldats, sans insulter un seul moment leurs mémoires!

Je n'aurais guère envie d'échapper à la mort par égard pour mes enfants: je ne voudrais jamais qu'ils rougissent de moi et qu'ils me considèrent comme un lâche!

Quel est le général que vous citiez? Aurais-je l'heur de le connaître?

Je pense qu'il n'y a pas d'honneur plus grand que de périr pour une cause juste; se sacrifier pour l'amour de ses enfants est ce qu'il y a de plus beau! Mon honneur de soldat n'en souffrira point.

Avec toute mon affection,

Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Monsieur le maréchal,

Le Père Noël est passé hier soir et m'a apporté au pied de mon sapin des livres, des chocolats, des cassettes vidéo et un sèche-cheveux, mais aussi beaucoup de joie et de bonheur pour moi et mon entourage. Noël est la fête du partage pour tous, riches ou pauvres.

Mais cette fête, devenue au XXe siècle consumériste et commerciale, a perdu son sens religieux de jadis. La masse du peuple se rend dans les magasins pour acheter des jouets, des jeux de société, des jeux vidéo, des ordinateurs, des livres, etc. Il joue au Père Noël.

La messe de minuit est retransmise devant des milliards de personnes à la télévision et le pape délivre son message urbi et orbi à la face du monde. Il est loin le temps où les papes, évêques et prêtres célébraient les offices le dos au peuple.

Vous, en d'autres temps, vous avez assisté aux cérémonies religieuses dans les villages de votre famille et sans doute avez-vous gardé de très bons souvenirs des cérémonies religieuses au sein de l'Église.

La semaine prochaine, le président Nicolas Sarkozy présentera ses vœux télévisés au peuple français qui l'a élu l'an dernier. J'ai voté pour Sarkozy: eh oui! les femmes ont le droit de vote depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (pour services rendus à la libération du pays avec le concours des alliés anglo-américains).

Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année!

Je vous embrasse,

Sylvie

Chère Sylvie,

J'ai dû demander à l'un de mes correspondants de Dialogus la signification du Père Noël, car sa création est postérieure à mon époque, même si le Père Noël avait déjà un équivalent dans les régions d'Alsace et de Lorraine, en la personne de saint-Nicolas. Lors de mon enfance, c'était un individu déguisé en ange qui se chargeait de distribuer des cadeaux, un seul par enfant, lequel se résumait à une orange, rien de plus. Noël représentait dans mes jeunes années une fête heureuse, où la famille se retrouvait dans la joie et le bonheur!

Cette fête avait une très grande importance pour la religion chrétienne et il fallait donc nous rendre à la messe de minuit, le vingt-quatre décembre, puis nous rendre à la messe matinale du vingt-cinq et, enfin, aux Vêpres. À cette époque, je croyais en Dieu et donc la naissance du Christ était un évènement magnifique, qu'il m'était agréable de commémorer. Mes parents, en m'envoyant au séminaire, m'ont fâché avec la religion catholique, puis les batailles ont fait le reste!

Devenu grand duc de Berg et de Clèves, j'ai pourtant célébré de manière grandiose cette fête, pour mes enfants, dans le magnifique palais de l'Élysée; mon épouse s'avérait être une organisatrice hors pair! Figurez-vous que pour la nativité du Christ, Caroline ne manquait jamais de convier la troupe entière du cirque Franconi, pour le plus grand bonheur de nos enfants, ainsi que celui de nos invités. Les mets étaient recherchés, tout comme le personnel. Les cadeaux, en règle générale, étaient des bijoux de très grande valeur.

Je suis ravi de constater que vous avez été gâtée pour Noël. Je ne connais, hélas! pas le terme «sèche-cheveux», bien que je me doute que ce doit être un appareil destiné à sécher les cheveux, d'après le nom. J'ignore également le terme «cassettes vidéo».

Noël est effectivement la fête du partage par excellence, sans classe sociale. Tous les vingt-cinq décembre, en tant que souverain de Naples, je faisais distribuer gratuitement de la nourriture à mes sujets les plus pauvres!

La Révolution a été une cassure avec l'ordre religieux; il n'est guère étonnant que cette dernière prévale dans le temps. À mon époque également cette fête revêtait un caractère commercial; quoi de plus naturel, puisqu'elle ne revient qu'annuellement!

Sur ce, passez une bonne soirée, chère Sylvie!

Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Monsieur le maréchal,

Le sèche-cheveux est un appareil destiné à sécher les cheveux. Autrefois, on se lavait les cheveux et on mettait un bonnet ou une serviette.

Quant au terme de cassette vidéo, ce sont des bandes magnétiques regroupées dans des cassettes noires destinées à enregistrer des films de toutes sortes: documentaires, fictions sur le monde polaire («La planète blanche», «La marche de l'empereur» (il s'agit des manchots empereurs qui vivent dans l'Antarctique), films historiques («Le jour le plus long», «Paris brûle-t-il?», «Le mur de l'Atlantique», la Révolution française: «Les années lumières», «les années terribles»), westerns américains («La conquête de l'Ouest» avec John Wayne, «Il était une fois dans l'Ouest» avec Clint Eastwood, «La chevauchée fantastique» avec mon cousin Gary Cooper, «Danse avec les loups» avec Kevin Costner) ou des films comiques («La grande vadrouille» avec Louis de Funès et Bourvil). Les cassettes vidéo sont apparues en 1980 avec l'introduction des premiers magnétoscopes en France. Le magnétoscope est un lecteur vidéo de films destiné à lire les films sur la boîte à images qu'est la télévision.

J'aime beaucoup les fêtes de Noël, car on y retrouve le sens du partage et de l'amitié, l'amour envers son prochain. Dans quelques jours, ce sera aussi un autre moment de faire la fête: la Saint-Sylvestre. Là, on boit, on rit, on s'amuse... On est entre amis du même monde.

Bonnes fêtes de fin d'année à vous aussi, monsieur le maréchal.

Amitiés,

Sylvie

Chère Sylvie,

Quel dommage que je ne connaisse pas de telles innovations, surtout celle concernant le sèche-cheveux qui aurait été un cadeau de choix pour mon épouse!

Ainsi vous possédez des cassettes vidéo? Pour ma part, je n'ai que des ouvrages, je partage la passion des livres avec l'Empereur, qui comme vous le savez, possède une soif inépuisable de lire.

Je constate que, parmi vos cassettes, vous en possédez deux qui rendent hommage à la Révolution française, Révolution à laquelle j'ai eu le plaisir de participer. Je suis nostalgique de cette dernière; nous avions mis tant d'espoir et de rêve en elle! Le vingt et un janvier de l'année 1793, j'ai assisté à l'exécution de Louis XVI; le triomphe de la Révolution exigeait un tel sacrifice. C'est grâce à cette tempête, comme certains l'appellent, que je dois mon ascension, tout comme Bonaparte d'ailleurs: sans révolution point de Napoléon! J'avais cru en Marat, j'étais devenu un maratiste convaincu. Un temps, j'avais même troqué mon nom de Murat en Marat, mais le treize Juillet 1793, Charlotte Corday, voulant venger les brissotins, l'a assassinée! Marat valait bien mieux qu'Hébert, Danton et Robespierre, puisqu'il était le vrai «ami du peuple», jugé à tort de son vivant comme un monstre, je souhaite que la postérité lui rende justice!

J'aime également les fêtes de fin d'année. Je ne manquais jamais de les célébrer grandement avant tout pour faire plaisir à mes enfants. La Saint-Sylvestre revêt un caractère moins familial que Noël et se fête au champagne, mon vin favori...

Passez de très bonnes fêtes de fin d'année également. À cette occasion, je vous embrasse affectueusement,

Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Monsieur le maréchal,

Depuis deux jours, mon téléphone mobile (qui m'accompagne partout) ne fonctionne plus car la batterie (ou la «carte sim») est en panne. On me propose un nouvel appareil avec un forfait à quinze euros (équivalent de nos cent francs actuels) et j'ignore comment faire.

Le téléphone mobile a commencé sa révolution au début des années 1990 et s'est répandu à toute la société française: riches ou pauvres, tous le possèdent et l'utilisent quotidiennement pour lancer des appels vers les mobiles en direction des opérateurs.

Imaginez Napoléon avec un téléphone mobile sur le champ de bataille: ce serait un coup de publicité pour Orange, Bouygues ou SFR! Imaginez-vous en train de communiquer avec votre état-major ou avec votre femme, ce serait une révolution.

Qu'en pensez-vous de cette communication humaine entre les peuples, les civilisations et les sociétés par le biais de ce petit appareil de poche?

Cordialement à vous et bonne année!

Sylvie

Chère Sylvie,

Je ne sais quoi vous répondre. Je sais simplement que l'un de mes descendants m'a indiqué tout récemment l'existence de cette technique. Il m'a également appris qu'il fallait être méfiant avec les forfaits et qu'il fallait y réfléchir à deux fois avant de s'engager. Je n'ose imaginer le parti que l'on pourrait tirer de cet appareil sur les champs de bataille! Imaginez, Napoléon aurait pu commander ses troupes en temps réel, en envoyant simultanément l'aile droite, l'aile gauche, puis enfin celle du milieu, écraser l'ennemi... Et puis, ce doit être génial de communiquer en direct avec la personne que l'on aime!  Je pense que ces innovations sont absolument formidables, voire indispensables!

Passez une bonne soirée, très chère Sylvie, et fêtez bien!

En vous embrassant affectueusement,

Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles
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