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Mosé Laszlo
écrit à

Maréchal Joachim Murat


2ème régiment de chevau-légers lanciers de la garde impériale


    Messire Murat,

Permettez-moi de vous déranger, j'aurais quelques questions à vous poser.

Tout d'abord, comme l'indique le titre de mon message, j'aimerais savoir quel maréchal commandait le deuxième régiment de chevau-légers lanciers de la garde impériale lors de la bataille de Waterloo? Car, voyez-vous, j'ai un ancêtre qui en faisait partie et j'aimerais savoir s'il a eu l'honneur de combattre aux côtés de grands maréchaux.

J'admire les charges que vous portâtes contre l'ennemi lors de nombreuses batailles, mais je ne comprends toujours pas votre trahison envers l'Empereur. Cela dit, vous vous êtes quand même rallié à sa cause!

Ensuite, pourrais-je savoir si un jour dans votre grande carrière, vous avez commandé le vingtième régiment de chasseurs à cheval? Si oui, mon ancêtre en faisait aussi parti avant d'être muté aux Lanciers. Peut-être connaissez-vous mon ancêtre? Kohser Jean-Jacques, Maréchal des logis, provenant de Westhoffen? Cela m'étonnerait!

Cela dit, je vous serais très reconnaissant de me répondre.

Cordialement,

Mosé Laszlo

P.S. Veuillez excuser mon langage par moment, mais je ne suis qu'un collégien et mon vocabulaire n'est pas parfait.

Bonsoir monsieur,
 
Je ne suis point un vulgaire messire, mais un sire, ou plus précisément, je ne suis pas un simple seigneur, mais un roi...
 
D'autant que je sache, c'est NEY qui commandait la cavalerie à Waterloo!
 
Je n'ai jamais trahi l'Empereur, qui était, je le rappelle, mon beau-frère, beau-frère résigné peut-être, mais néanmoins beau-frère! Réfléchissez donc deux minutes, monsieur: comment un homme de bien, pourrait-il trahir son bienfaiteur?
 
Bonne nuit, monsieur.
 
Joachim Murat

Bonsoir Sire,
 
Pardonnez-moi pour cette méprise, si vous en convenez.

Merci pour votre réponse, mais j'ai réfléchi et votre beau-frère a quand même refusé votre aide par manque de confiance en vous; cela signifie que vous lui avez forcément fait quelque chose, non? Là n'est pas la question. Je vous prie de me pardonner pour cette maladresse et vous prie d'accepter mes plus plates excuses.
 
Sur ce, heureux d'avoir fait la connaissance d'un grand maréchal d'empire et entre autres bonne nuit,

Mosé Laszlo

Bonjour monsieur,
 
Je vous pardonne cette méprise. Je mourrai en maréchal de France plus qu'en roi de Naples, même si mes sujets me témoignaient une réelle estime et une grande affection! Mais je suis, et resterai, Français avant tout.
 
Napoléon a effectivement refusé mon aide lors des Cent-jours, ce dont je suis certain qu'il se mordra les doigts jusqu'à sa mort. Pourquoi, d'après vous, mon beau-frère refusa-t-il mon aide? Pourquoi donc avait-il des préventions contre moi, qui l'avais aidé à coiffer la couronne impériale? Non parce qu'il me soupçonnait de le trahir, mais parce que j'avais de l'ambition, beaucoup d'ambition. Huitième enfant d'une famille pauvre d'aubergistes Lotois, je voulais arriver, devenir quelqu'un d'important. La Révolution m'a permis de réussir au-delà de mes espérances. La Révolution, et surtout... Napoléon, chef d'escadron lors du treize vendémiaire de l'an III, général de brigade, à l'issu de la glorieuse campagne d'Italie (1796-1797), de division après Aboukir (1798), maréchal d'empire le dix-huit mai 1804, amiral de France la même année, grand-duc de Berg, et de Clèves en 1806, puis roi de Naples et des Deux-Siciles en 1808...
 
Mon ambition était assouvie, mais pas celle de ma femme, Caroline, sœur de Napoléon, qui souhaitait que je me dresse face à ce dernier, afin de l'évincer! Ce que je n'ai pas souhaité faire, mais l'Empereur craignait que j'épouse le point de vue de ma dulcinée. Il s'est cependant rapidement rendu compte que je restais loyal à son égard. Ce qui l'avait brièvement mis dans le doute, était le fait que Caroline s'était entendue avec Talleyrand et Fouché, au cas où son frère disparaîtrait lors de la campagne d'Espagne. Le trio souhaitait que je remplace l'époux de Joséphine sur le trône, ce dont Maria-Annonciade ne m'avait même pas avisé. La conspiration du trio a envenimé mes relations avec l'Aigle, mais pas très longtemps puisque Napoléon s'est très vite rendu compte que j'étais totalement étranger à l'affaire!
 
Maintenant parlons des Cent-jours si vous le voulez bien. Il faut que vous sachiez plusieurs choses: premièrement, Napoléon ne serait jamais revenu de l'île D'Elbe, si l'Angleterre n'avait pas décidé de l'envoyer sur l'île de Sainte-Hélène. Deuxièmement, mon beau-frère m'avait fait parvenir une lettre par son fidèle maître d'hôtel Cipriani avant même de quitter l'île D'Elbe. Cette missive m'ordonnait de porter la guerre sur la péninsule italienne contre les Autrichiens. Troisièmement, après sa première abdication en 1814, l'Aigle ne pouvait plus espérer récupérer le vaste empire qu'il avait conquis, l'empire napoléonien ne pouvait malheureusement plus être rétabli, et le fait d'imaginer le petit caporal à la tête d'un seul état, me laisserait bougrement dubitatif -pour ne pas dire sceptique- si je n'étais pas conscient que Waterloo était une sorte d'ultime baroud d'honneur à la perfide Albion... Quatrièmement, Napoléon était en 1815 prématurément usé, moralement et physiquement, par les longues années de conflits, ainsi que par la perte de ses grands amis Lannes et Duroc, ainsi que par l'amour de sa vie, Joséphine!
 
En conclusion, je puis affirmer que l'Empereur voulait terminer son long bras de fer avec l'Angleterre, son ennemie de toujours, par une ultime campagne; elle se soldera par la défaite de Waterloo, et le sacrifice de la vieille garde. L'Aigle ne voulait pas qu'en imitant Duroc, ou Desaix, je donne mon existence pour lui; c'est pourquoi il ne m'a pas employé lors de la campagne de Belgique.
 
Bonne nuit à vous aussi, monsieur. En espérant avoir été le plus cohérent possible dans mes explications,
 
Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles
 
P.-S.: au fait, saviez-vous, monsieur, qu'au début de l'année 1807, j'ai délivré Varsovie et que Napoléon avait même songé à m'octroyer le grand-duché du même nom?

Bien le bonjour,
 
Merci d'avoir répondu à mes lettres.

Certes, je suis d'accord avec vous pour penser que Ney, pendant cette bataille, fut le dernier des imbéciles! Faire charger toute la cavalerie fut une bêtise monumentale qui, je pense, a fait perdre la bataille. À mon avis, il aurait mieux fait de se rendre compte de la stratégie anglaise, sachant qu'ils pourraient utiliser le relief à leur avantage. Voir l'ennemi est la première chose à faire avant d'attaquer! Enfin bref, ce n'était qu'une parenthèse.

Certes, votre femme voulait détrôner son frère, mais si Napoléon était réellement mort en Espagne, auriez-vous repris le trône de France? Ou l'auriez-vous laissé à un quelconque Bourbon?
 
Donc, d'après vous, la campagne de Belgique était perdue d'avance?

J'aurais une dernière question à vous poser. Étant maréchal d'empire et grand cavalier, auriez-vous commandé le vingtième régiment de chasseurs à cheval ou après peut-être le deuxième régiment de chevau-légers lanciers de la garde impériale?

Sur ce, bonne nuit et merci de m'avoir éclairé sur votre histoire et celle de l'Empereur.
 
Au revoir.
 
P.-S.: j'étais au courant pour l'attaque de Varsovie. J'ai lu plusieurs livres au sujet de l'histoire de l'Empereur et ce passage en faisait partie, mais merci de me l'avoir rappelé.

Bonjour monsieur,
 
Loin de moi l'idée de défendre Ney, mais «le brave des braves» voulait absolument périr en chargeant l'ennemi, comme s'il se repentait amèrement de s'être rallié à l'Empereur! Cela peut se comprendre; lorsqu'on sait que le prince de la Moskowa a été l'officier le plus acharné à réclamer l'abdication de l'Aigle en 1814!
 
Elchingen n'avait cure de se rendre compte de la stratégie des coalisés, puisqu'il ne rêvait que de se faire enlever par un boulet, ou bien par une grêle de balles! Comme l'on sait, il n'eut ni l'un, ni l'autre, puisqu'il se sortira indemne de l'ultime bataille de Napoléon. Je suis certain que les Bourbons lui feront payer cher sa trahison, comme ils l'ont fait naguère avec le malheureux colonel de la Bédoyère, le 19 août de cette année.
 
Que voulez-vous, vae victis (malheur aux vaincus), comme le disait si bien César.
 
Si l'Empereur avait jadis succombé lors de la campagne d'Espagne, j'aurais sans doute accepté de le remplacer, pour le bien de la France, mais non pas pour le mien!Comprenez, je voulais devenir quelqu'un d'important, voire de puissant, mais je n'avais pas l'ambition de devenir le plus grand souverain d'Europe. Je voulais devenir roi certes, mais pas empereur; je voulais être grand sous Napoléon, et non grand indépendamment...
 
Si j'avais dû remplacer mon beau-frère sur le trône, je ne l'aurais fait que temporairement, jusqu'à ce que l'un des fils de Louis et d'Hortense fût en âge de prendre la succession. J'aurais été régent en quelque sorte. Jamais je n'aurais laissé le trône à un Bourbon!
 
J'ai commandé le vingtième escadron de chasseurs à cheval, notamment lors de la bataille de Koenigsberg en 1807; par contre je n'ai jamais commandé le deuxième escadron de chevau-légers lanciers de la garde impériale.
 
Passez une bonne après-midi, monsieur.
 
Au revoir,
 
Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Bonjour, grand maréchal d'Empire,
 
Certes, il ne mourut pas, mais il perdit quand même quatre chevaux sous lui, ce qui prouve qu'il demeure quand même le «brave des braves». Mais je vous informe, monsieur, que le pauvre Ney mourra sous peu, fusillé par les Anglais. Désolé de vous apprendre le futur, mais c'est la réalité!
 
C'est tout à votre honneur, monsieur! Reprendre le trône de France après Napoléon ne serait pas une mince affaire car je pense que l'armée deviendrait intenable! Elle qui se battait pour son empereur et pour sa patrie!
 
Alors, monsieur, je vous informe qu'un de mes ancêtres a combattu pour vous! Le Maréchal des logis Kohser Jean-Jacques faisait partie du vingtième régiment de chasseurs à cheval mais je crains qu'il n'ait pas combattu à Keonigsberg, car il devait être trop jeune!
 
Sur ce, merci de me répondre avec toujours autant de précision, cher maréchal Murat! Sachez que je m'intéresse beaucoup à votre vie et j'essaye de m'informer le plus sur vous et la vie de l'Empereur!
 
Au revoir,
 
Mosé Laszlo

Bonjour monsieur,
 
La mort de mon ancien ennemi ne me réjouit guère. Certes, nous avons eu énormément de différends, mais je reconnais sa bravoure ainsi que sa valeur. Ainsi, il mourra fusillé par les Anglais? Mais où donc? Moi, je mourrai de la main même de mes anciens soldats; oui, mes anciens loyaux sujets se sont empressés de rallier la cause des Bourbons. Quelle ironie du sort, alors qu'ils m'avaient juré fidélité jusqu'à la mort!
 
Si j'avais dû remplacer mon beau-frère sur le trône, la majeure partie des soldats de la grande armée se serait ralliée à moi, car Dieu merci! je jouissais d'un très grand prestige dans l'armée, d'autant plus que je suis un soldat sorti du rang, et non pas un homme issu de la noblesse, qui n'avait qu'à prendre un commandement, comme les officiers de l'ancien régime. Ma réussite a fait rêver bon nombre de militaires, tout comme celle de Bernadotte d'ailleurs!
 
Rares étaient les soldats distingués par Napoléon, et j'ai eu droit au plus bel éloge sorti de la bouche de l'Aigle, puisqu'il a dit, au soir de la victoire d'Aboukir, que j'avais fait l'impossible. De plus il m'a accordé la main de sa sœur cadette, Caroline, union qui me faisait entrer dans la famille du premier consul tout d'abord, mais qui me faisait surtout entrer dans la future famille impériale! Mais du reste, ce n'était pas un mariage d'intérêt de ma part, mais bien un mariage d'amour! Ne vous méprenez pas, car nous nous aimons vraiment, Caroline et moi, et ceci malgré notre grande différence d'âge, quatorze ans...
 
Non, je voulais surtout insister sur le fait que les soldats auraient bien mieux accepté d'être commandés par un proche de leur ancien maître, plutôt que par un étranger, comme le prouve la tentative malheureuse de Bernadotte l'année passée. Pourtant, le Béarnais était d'une certaine manière lié au «petit caporal», par son épouse Désirée Clary, l'éphémère fiancée de Napoléon!
 
Je crois me souvenir d'un Jean-Jacques Kohser. Il était effectivement maréchal des logis. J'ai pu admirer sa bravoure lors de la campagne de Russie en 1812. Vous pouvez être fier de lui, il était l'un des assaillants de la grande redoute lors de la bataille de la Moskowa, grande redoute qui -comme vous le savez sans doute- était quasi-imprenable, et sa prise s'est avérée extrêmement coûteuse en hommes pour la grande armée, mais enfin sa capture a décidé de la victoire... Ainsi vous seriez descendant du maréchal des logis Kohser? Pouvez-vous me renseigner sur son avenir après Waterloo? Je suis toujours curieux du devenir des braves soldats que j'ai eu l'honneur de commander.
 
En espérant avoir pu vous renseigner le plus précisément possible, j'ajoute que j'ai grand plaisir à correspondre avec vous.
 
À très bientôt,

Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles

Bonsoir maréchal,
 
Pardonnez mon retard à vous répondre, mais je n'en ai pas eu le temps aujourd'hui, à cause de nombreux travaux à faire.

Désolé de vous l'apprendre mais c'est malheureusement son sort. Il fut fusillé le sept décembre 1815, sur la place de l'Observatoire à Paris.

Votre prestige auprès de l'armée ne fait aucun doute mais j'ai une question à vous poser: est-ce vrai que le treize vendémiaire, c'est vous, chef d'escadron Murat (à ce moment-là) qui avait fait chercher les canons que le général Bonaparte a utilisés pour faire feu sur les rebelles? Et après cet évènement, comment êtes-vous resté en contact avec Napoléon? Car vous êtes resté parmi ses plus braves généraux pendant de longues années mais avez-vous repris contact avec lui après ce treize vendémiaire? Ou vous a-t-il au contraire sollicité pour l'aider? Tant de questions qui me turlupinent!

Oui, je suis effectivement le descendant du maréchal des logis Kohser et je suis totalement enchanté que vous me contiez ses batailles! C'est un grand bond dans le passé pour moi! Mon ancêtre est retourné travailler aux champs après Waterloo; nous avons sa lettre de démission. Il était originaire de Westhoffen et il est rentré chez lui avec quatorze francs, sa paire de bottes et son épée de parade qui est d'ailleurs, en passant, à coté de moi! J'admire le travail des anciens forgerons car cette épée est magnifique! Pour vous dire, cette épée aujourd'hui coûterait aussi cher que notre voiture! C'est dire!
 
Sachez, monsieur, que de nombreuses personnes adorent vos exploits et ceux de l'Empereur! Car aujourd'hui, cette époque est considérée par certains comme la plus importante de France. Malgré Charlemagne et tant d'autres rois, l'époque napoléonienne restera celle où Napoléon et son armée auront dominé l'Europe!
 
Sur ce, bonne nuit, maréchal, et sachez que vos lettres me font le plus grand plaisir!

Au revoir!

Bonsoir monsieur,
 
Triste destinée en perspective...
 
Oui, le treize vendémiaire, c'est effectivement à moi que le jeune général Bonaparte ordonna de chercher les canons laissés par Menou au camp des sablons pour anéantir les royalistes insurgés!
 
Après ce fait d'arme, Bonaparte, qui était agréablement surpris par ma bravoure et mon soutien, m'offrit son amitié. Intrigué par l'autorité sans appel qui émanait de cet homme, je l'ai acceptée avec promptitude. De ce jour, non seulement Napoléon me visitait souvent, mais il me parlait régulièrement de ses projets, ambitions que de tout autre j'aurais crues utopiques, mais pas de cet officier qui portait le feu sacré en lui. Mon instinct ne me trompa pas, puisque directement après ses noces avec Joséphine, Barras, l'un des anciens amant de cette dernière, lui offrit le commandement en chef de l'armée d'Italie. Le jeune époux m'offrit le privilège de combattre sous ses ordres dans la péninsule italienne; je saisis l'opportunité au vol, et voici que je combattais sous les ordres du descendant de César, du plus grand homme que la terre n'ai jamais portée: le petit caporal dépassait par son seul fait tout grand capitaine, quel qu'il soit, ou ait été: Alexandre, Xerxès, César, Thermidocle, Trajan, Charlemagne, etc.
 
Je suis agréablement surpris d'entendre que mon beau-frère et moi  sommes comparés aux preux de Charlemagne; cela prouve que nos destinées n'ont pas été vaines...
 
Passez une très bonne nuit, monsieur.
 
À bientôt, je l'espère,
 
Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles



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