Gabrielle
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Vous et l'amour

    Pessac, le jeudi 31 Janvier

Chère marquise,

Je suis une élève de quatrième, notre professeur de français nous a demandé de choisir un personnage sur le site de Dialogus et de lui écrire. Je m'appelle Gabrielle et j'ai décidé de vous écrire, car je m'intéresse à votre personnalité et à votre importance dans l'Histoire de France. Je trouve que vous êtes une personne intelligente et très maligne.

Pourtant, je trouve tout de même que ce que vous avez fait avec les poisons n'est pas très gentil. D'ailleurs pouvez-vous m'expliquer pourquoi vous avez fait cela? Par jalousie? Je me demande aussi ce qui vous a attiré chez le roi. Étiez-vous jalouse de Marie-Thérèse? Pensez-vous que Louis XIV préférait Marie Thérèse ou vous? Est-ce que vous vous entendez bien avec votre sœur Marie-Madeleine? Et une dernière question: comment vous occupez-vous à l'abbaye de Fontevrault?

Avec mes sentiments les meilleurs,

Gabrielle

Chère Gabrielle,

Je vous remercie tout d'abord pour vos compliments à mon esgard. Concernant votre première question, sachez, mademoiselle, qu'on vous a trompée sur mon implication dans cette affaire des poisons qui décidément me poursuivra toujours! Combien de fois devrais-je me justifier auprès des personnes de vostre siècle?  De quoi m'accuse-t-on au juste? D'avoir voulu faire empoisonner le roy et mademoiselle de Fontanges? Mais, chère Gabrielle, que serais-je donc devenue sans Sa Majesté de qui je tenois tout? Et que seroient devenu nos enfans qui n'existent aux yeux de la cour que grâce à leur royal père? Quant à Angélique de Fontanges, qu'avois-je donc à craindre d'elle? Je savois parfaitement que derrière sa beauté se cachoit bien de la sottise, ce qui lasseroit le roy tôt ou tard. J'aurois préféré dix mesdemoiselles de Fontanges plutôt qu'une marquise de Maintenon! Pourquoi donc utiliser le poison pour me débarrasser d'une rivale si insignifiante? D'autres ont été un bien plus grand danger pour moy. J'ay desja esvoqué cette affaire dans d'autres missives que je vous encourage à lire telles que «l'affaire des poisons» ou «malgré vos péchés». Si par la suite, vous avez d'autres questions précises sur l'affaire des poisons, j'y respondrais bien volontiers.

Le roy estoit le plus courtois des hommes, et nous nous sommes bien vite découvert de nombreux points communs: la danse, le théâtre, les arts, l'architecture... Je me suys rendu compte que j'avois bien plus de centre d'intérêts communs avec Sa Majesté qu'avec mon espoux. Vous comprendrez donc qu'il me fut difficile de résister bien lontems à Louis.

Bien que le roy ait tousjours eu le plus grand respect pour le reyne, il n'a jamais esprouvé pour sa personne de doux sentiments. Ils n'avoient rien en commun et Louis se lassa bien vite de la compagnie de son espouse qui préféroit  s'enfermer dans ses appartements entourée de ses femmes de chambre espagnoles et de ses nains plutost que de tenir sa cour auprès du roy.

Je me suys tousjours fort bien entendue avec ma soeur cadette, l'abbesse de Fontevrault. Votre prénom, mademoiselle, m'a d'ailleurs rappelé le souvenirs de deux de mes soeurs disparues: Gabrielle de Thianges et Marie-Madeleine-Gabrielle, notre chère abbesse décédée à mon grand regret en 1704. Elle estoit, de mes trois soeurs, ma préférée.
J'ay quitté Fontevrault après son décès où je m'occupois jusque là d'oeuvres pieuses. Depuys, je veille sur les pensionnaires de Saint-Joseph, couvent que j'ay créé pour les pauvres.

A bientost,

Françoise-Athénaïs de Rochechouart Mortemart, marquise de Montespan