Aurelia
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Votre vie de petite fille

    Chère Marquise

Je suis honorée de vous voir désormais sur Dialogus de temps à autre; je voulais me permettre de vous souhaiter la bienvenue et de vous poser une question sur votre vie de petite fille: je voulais savoir, si je peux me permettre de vous le demander, si vous aviez suivi votre père pendant la Fronde et si vous aviez connu le futur jeune roi avant qu'il devînt le Roi-Soleil, car j'ai lu un livre sur votre vie, mais je ne sais pas si l'histoire est fondée ou non que vous ayez connu le jeune Louis dans sa jeunesse, et je voulais aussi vous demander si vous n'en vouliez pas à madame de Maintenon d'avoir pris le coeur du roi car il faut pardonner, n'est-ce pas, chère Marquise? Car mademoiselle la Vallière a souffert quand vous êtes devenue la maîtresse du roi, elle vous a pardonné. Je vais vous citer un proverbe qui se dit à notre époque, je ne sais pas si vous l'aviez déjà entendu, vous qui avez de l'esprit: «on récolte ce que l'on a semé». Vous avez récolté ce que vous aviez fait endurer à mademoiselle la Vallière, mais je ne veux pas vous dire de mal, ne le prenez pas mal, chère Marquise, car le roi vous a toujours aimée et vous gardera toujours dans son coeur.

Amicalement à vous, Marquise



Chère Aurélia,

Mon père était gentilhomme de la chambre du Roy et ma mère dame d'honneur de la Reyne Anne d'Autriche. De la sorte, j'ai durant mon enfance suivi bien des fois mes parents au Louvre. En ces lieux, j'étais confiée à des domestiques. Durant la Fronde, ma mère accompagnait la famille royale et je fus du voyage. Je ne me souviens pas grandement de cette période car j'étais fort jeune. J'ai très certainement rencontré le Roy et Monsieur son frère. Mais à l'âge de 13 ans, j'entrai au couvent Sainte-Marie à Saintes d'où je ne sortis qu'en 1660. Grâce à ma mère, j'obtins une place de demoiselle d'honneur chez la nouvelle Reyne Marie-Thérèse d'Autriche.

En ce qui concerne Madame de Maintenon, je dois vous dire que je n'ai point apprécié le comportement qu'elle eut avec moi au début de sa liaison d'avec Louis. En effet, le Roy la visitait de plus en plus souvent. Je n'osais alors penser que Françoise pût être sa maîtresse tant l'amour que me portait Louis était grand. De plus, Françoise me consolait de mes peines lorsque je voyais le Roy regarder la princesse de Soubise ou Madame de Ludres. Elle me disait que le Roy me reviendrait toujours. Comment aurais-je pu me douter qu'elle était sa maîtresse? Le titre de marquise de Maintenon que le Roy octroya à Françoise me marqua et je demeurai alors sur mes gardes. Pourtant, Louis semblait m'aimer encore. Il fallut l'arrivée de Mademoiselle de Fontanges et cette terrible affaire des poisons pour me perdre aux yeux du Roy. Sans cela, peut-être aurais-je pu conserver son amour. Il cessa de m'aimer vers 1681 et afficha sa grande amitié pour Françoise en 1683 après la mort de la Reyne. Puis-je dire que Madame de Maintenon m'a détrônée dans le coeur de Louis? Je ne sais. Mais malgré les différents que j'ai pu avoir avec Françoise, sachez que je lui reconnais beaucoup d'esprit et que je lui sais infiniment gré des bons soins qu'elle donna à mes enfants.

Quant à la duchesse de la Vallière, je vais la visiter de temps à autre et nous causons fort bien ensemble.

Bien à vous,

Françoise de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan