Maria
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Votre peur de la mort
 

    Bonsoir chère marquise,

Je viens tout juste de découvrir votre correspondance avec notre époque et n'en suis que très agréablement surprise. Depuis mon enfance, votre personnalité me fascine! Si vous le permettez, j'aimerais savoir d'où vient votre phobie de la mort. J'ai entendu dire que vous dormiez les bougies allumées et que vos servantes surveillent votre sommeil comme du lait sur le feu. Ce que je trouve fascinant en vous, c'est votre caractère passionné et entier.

En espérant votre réponse, et peut-être le début d'un échange épistolaire, je vous adresse dans cette missive mes sincères louanges,

Maria

Chère Maria,
 
J'esprouve moy mesme un grand plaisir à vous escrire. Pour respondre à vostre question, vous devez sçavoir que je passois ma petite enfance sous la Fronde. Chaque jour, on parloit de la mort autour de moy. Cela ne me laissoit point indifférente. De plus, ma mère estoit très pieuse et me parloit souvent de la danmation et de l'Enfer qui attendoient ceux qui péchoient. Lorsque je devins la maîtresse du roy, la peur de l'enfer, du noir et de ses démons s'accentua puisque, déjà mariée, je commettois un péché en estant la favorite de Sa Majesté. La mort me fait d'autant plus peur que j'ay assisté aux derniers moments de feue la reyne Anne d'Autriche, décédée d'un longue et douloureuse tumeur au sein. Depuys j'ay tousjours des souffrances que nous devons éprouver juste avant de mourir.
 
Françoise de Rochechouart de Mortemart

Marquise de Montespan

Très chère Marquise,

Vous me voyez ravie de recevoir une missive de vous. Je vous remercie d'avoir pris le temps de me répondre. Je comprends mieux en effet votre appréhension de la mort. Pour vous dire la vérité, je la ressens moi-même et depuis l'enfance aussi. Je tenais à vous dire que vous lire est un réel ragoût, et je souris en pensant aux rumeurs lancées par cette hypocrite de Maintenon, comme quoi vous faisiez des fautes d'orthographe et qu'elle corrigeait vos lettres à une époque! Je n'aime point cette femme, trop froide, manipulatrice et calculatrice. Mais ce n'est que mon humble avis...

Marquise, si vous aviez le pouvoir de revenir en arrière, que feriez-vous différemment? Autre chose, si vous me le permettez: étant passionnée d'astrologie, j'aimerais établir votre thème astral complet. Je sais que vous êtes née le 5 octobre 1640 à Lussac-les-châteaux, mais j'ai besoin de votre heure de naissance. L'auriez-vous à tout hasard?

Vous remerciant encore de votre patience et gentillesse, permettez-moi, très chère Marquise, de  vous embrasser affectueusement, avec tous les hommages que je vous dois,

Maria

Maria,
 
Je ne sçais si j'agirai différemment si nous pouvions remonter le tems. Aurois-je pu trouver une meilleure personne que madame Scarron pour prendre soin de mes enfans? Sur ce point, je n'ay rien à redire.
 
C'est desja beaucoup que de connaistre exactement le jour de nostre naissance. Nous sommes à une espoque où beaucoup de gens ne sçavent guère quand ils ont vu jour! Le plus souvent, on retient le mois ou le jour de baptême mais rarement le jour de la naissance. Ma famille estant de haute noblesse, ma naissance fut bien consignée. En revanche, personne n'a porté d'attention à l'heure. Il n'y a que dans les notes des médecins de la famille royale que l'on trouve de si précises indications.
 
À bientost,

Françoise de Rochechouart de Mortemart,
marquise de Montespan