Nathy
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Votre passion du jeu de Hocca

    Chère Marquise,

Il paraîtrait que vous aimez beaucoup le jeu de Hocca. Monsieur le comte de Rebenac signale que vos excès de pertes s’élèvent à cent mille écus et qu’un jour de Noël vous aviez perdu sept-cent-
mille écus! Votre amie Madame de Scudéry précise quant à elle: «on a ouvert chez Madame de Montespan une loterie dont le gros lot sera de cent mille livres! Et il y en aura cent autres de
chacun cent livres, les billets sont d’un Louis».

Vous êtes, ainsi que le duc de Vendôme, le marquis de Gordes, l’évêque de Langres pour ne citer qu’eux, des joueurs impénitents. Il se dit aussi que le Roi lui-même ne dédaigne pas miser quelques écus et de payer sans rechigner vos dettes de jeu. Madame de Sevigné dit que même la Reine y joue, et qu’elle perdit la messe et vingt mille écus avant midi.

Il paraît aussi que de hauts personnages ne se contentent pas de jouer, mais de tricher. Le Marquis de Cessac par exemple, que le Roi écoeuré par de telles pratiques à sa table a fini par démettre Cessac de toutes ses charges et de ne plus reparaître à la Cour.

La Reine a mis des actions en place afin de mettre fin à ce jeu capable de ruiner des familles. Pourquoi n’est-il soutenu que mollement par le Roi qui, même s’il y joue est quelque part également contre ce jeu?

Adieu Madame, que Dieu vous garde!

Nathy

Chère amie,
 
Vous estes fort bien renseignée sur ce qui a pu se passer à la Cour. En effet, ce jeu a tousjours esté très prisé par la noblesse. À Versailles, lors des soirées d'appartements, des salons sont consacrés entièrement à ce divertissement. Les sommes misées sont souvent importantes et bien que le Roy n'aime point trop les jeux de hasard, les faire disparaître de la cour serait un rude coup pour ceux qui la côtoient. Sachez néanmoins que depuys la mort de la Reyne, les soirées d'appartements ont estés réduites. Le Roy, sur les conseils de Madame de Maintenon, privilégie désormais les opéras, imité par bien des courtisans. J'ay cependant ouïe dire que grâce à la jeune duchesse de Bourgogne, les jeux se font plus fréquents à Versailles depuys quelques tems.
 
Il est vray que j'ay beaucoup joué lorsque j'estois à la cour mais j'ay abandonné les tables de jeux il y a maintenant fort longtems. Ausjourd'huy, ce sont mes filles qui s'y divertissent.
 
Mes amitiés,
 
Athénaïs