Anthony, Faustine, Ines
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Votre enfance

   

Madame,
 
Nous avons un sujet pédagogique à présenter, et pour cela nous avons besoin de quelques renseignements sur votre éducation. Comment était  l'éducation à votre époque et comment se déroulait la vie d'une fille de duc? Nous voudrions aussi savoir si vous avez éduqué vos enfants de la même façon que vous avez été élevée. Quand vous êtes arrivée à la cour, aviez-vous des bonnes relations avec les domestiques? Puis quand vous êtes devenue la maîtresse du roi, connaissiez-vous des personnages de haut rang?

Avez-vous rencontré Mme de Sévigné? Nous avons entendu dire que que c'était une femme très charmante et qu'elle écrivait beaucoup de lettres. En parlant de lettres, auriez-vous l'amabilité de nous donner quelques conseils pour en écrire?

Nous ne vous embêtons pas plus longtemps car nous supposons que vous avez d'autres occupations.

Nous vous prions d'agréer nos plus respectueuses salutations,

Anthony, Faustine, Ines


Mesdemoiselles, Monsieur,

Les jeunes filles de la noblesse entrent souvent au couvent dès leur plus jeune asge, afin de parfaire leur éducation. Ce fut mon cas, lorsque j'avois l'asge de treize ans. Je restois au couvent de Sainte Marie, à Saintes, jusqu'en 1660, année où j'entrois au service de feue la duchesse d'Orléans, comme demoiselle d'honneur. Au cours de mon séjour à Sainte Marie, j'ay appris l'art de la conversation, de l'écriture et comment tenir ma future maison.

Je ne fréquentois que fort peu les domestiques à la cour de Sa Majesté. À nostre espoque, chacun reste avec les gens de son rang et il n'aurait point esté correct que des personnes issues de la noblesse se mêlassent à la domesticité.

À la cour, j'estois très proche de Monsieur, le frère du Roy. C'est d'ailleurs à luy que je dois d'avoir esté nommée dame d'honneur de la Reyne asprès mon mariage. J'estois également très proche de Bonne d'Heudicourt, qui estoit une amie et ma confidente. Elle estoit dans le secret de la naissance des premiers enfans que je donnois au Roy. En 1671, elle divulgua l'existence de ces enfans cachés, dans des lettres à ses amants. Elle fut alors exilée loin de la cour, ayant trahi ma confiance et celle de Sa Majesté.

Je me souviens fort bien de Madame de Sévigné que j'ay rencontrée lorsque je fréquentois les salons des «précieuses» au début des années 1660. C'estoit une femme admirable qui laissa un grand vide lorsqu'elle disparut en 1696.

Bien à vous,

Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, Marquise de Montespan