Kristina
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Vos grossesses et accouchements

    Très chère marquise,

Comment allez-vous depuis ma dernière lettre? J’espère de tout coeur que vous vous portez bien.

La dernière fois, je vous ai beaucoup parlé de votre fils, le duc du Maine. Aujourd’hui, j’aimerais vous poser des questions sur vos grossesses et accouchements.

Commençons par vos deux premières grossesses et accouchements si vous le voulez bien. Comment cela s’est-il passé? Comment votre époux a-t-il réagi lorsqu’il a su qu’il allait devenir père? Est-ce vous qui le lui avez annoncé? Vous traitait-il autrement pendant vos grossesses? Était-il présent lors de vos accouchements?

Ensuite, comment avez-vous réagi quand vous avez découvert que vous portiez l’enfant du Roi (je parle du premier)? Comment le Roi a-t-il réagi? Est-ce vous qui le lui avez annoncé? Comment faisiez-vous pour cacher à la cour et à votre époux que vous portiez l’enfant de Sa Majesté? Qui était présent lors de l’accouchement?

J’aimerais que vous me parliez aussi de vos six autres grossesses et accouchements. Comment le Roi réagissait-il à chaque annonce? Vous traitait-il autrement pendant vos grossesses? Était-il heureux que vous lui donniez des enfants? Espérait-il toujours que cela soit un garçon, ou une fille lui convenait également? Cachiez-vous toujours vos grossesses à la cour? Qui était présent lors de vos accouchements?

Pour finir, j’aimerais savoir quelles grossesses et accouchements ont été les plus difficiles et pourquoi? J’aimerais aussi savoir si vous avez fait des fausses couches?

Je vous embrasse,

À bientôt,

Kristina

Très chère Kristina,

Je suis ravie de recevoir de vos nouvelles. Je me porte bien et m’enquièrs à mon tour de vostre santé.

Vous me posez là des questions fortes intéressantes car je ne doute point qu’à vostre siècle, les accouchements se passent peut estre d’une autre manière.

Je me suis retrouvée grosse très peu de tems asprès mon mariage qui fut célébré le 28 janvier 1663. Le 5 novembre de la mesme année, j’estois accouchée de mon premier enfant. Qui donc que moy estoit plus a mesme d’informer mon espoux de ma grossesse? Monsieur de Montespan se montra fort ravi de ma première grossesse qui annonçait la fertilité de nostre union. Il auroit sans doute préféré un fils mais il accueillit comme il se doit notre petite fille qui fut baptisée Marie-Christine en l’honneur de sa mère, Chrétienne-Marie Zamet. La naissance de Louis-Antoine en 1665 lui donna un héritier certes, mais nous estions tant endettés que la venue d’un nouvel enfant n’estoit pas souhaitable.

Pendant les grossesses, j’assumois ma charge de dame d’honneur de la Reyne Marie-Thérèse. Je ne la quittois que pour accoucher. Je n’ay pas souvenance de la présence de Louis-Henry à mes costés lors de la naissance de nos enfans. Cela remonte à si lontems…

Le Roy fut ravi de me sçavoir grosse de ses œuvres. Cependant, nous craignons que mon état ne se voie. Aux yeux de la loi, le marquis de Montespan pouvoit revendiquer la paternité des enfans que j’avois du Roy pour me les enlever. J’ay donc lancé une nouvelle mode. Je portois une robe fort large et bouffante sur le devant afin de cacher mon ventre qui grossissoit de mois en mois. Cela m’a permis de cacher à tous mes premières grossesses royales ! Une fois que Louis avoit trouvé le moyen de légitimer nos enfans, je n’avois plus de raison de les dissimuler. Lors de mon premier accouchement en 1669, n’estoit présente que Sa Majesté. Le Roy fut ravi à chaque annonce de grossesse de ma part. Il estoit fier d’avoir des enfans surtout que ceux que luy donnoit la Reyne ne vivoient pas à l’exception du dauphin. Louis aima autant nos fils que nos filles et il avoit pour chacun d’entre eux de charmantes attentions.

Que je sois grosse ou non n’a jamais rien changé à mes habitudes. À la cour, il faut paraître. Je devois estre ausprès du Roy quand il le souhaitait et ce n’estoit point une grossesse qui allait changer cela. En 1673, alors que j’estois dans une grossesse avancée, je dus suivre le Roy en Flandres lors de sa campagne contre les Pays-Bas espagnols. Arrivée dans la ville de Tournai, j’accouchois de la future Mademoiselle de Nantes le 1er juin en présence de Madame Scarron. Il faut estre solide pour supporter de telles conditions. Mademoiselle de Fontanges ne l’a point supporté quand elle fut à son tour grosse de Sa Majesté.

J’estois quelque peu anxieuse quant à mon premier accouchement, comme toutes les jeunes femmes. Ma mère me donna des conseils qui m’aidèrent beaucoup. Je vous avoue que j’ay bien plus tremblé lorsque je fus grosse pour la première fois du Roy. C’estoit un enfant du péché et je craignois un châtiment de Dieu lors de ma délivrance. Je fus soulagée que tout se passa bien.

À la différence de la duchesse de La Vallière ou de Mademoiselle de Fontanges, j’estois de bonne constitution physique, ce qui m’évita de me blesser dans mes grossesses.

À bientost

Athénaïs

Je suis également ravie de recevoir de vos nouvelles et de savoir que votre santé est bonne. Je me porte bien et je vous remercie de vous en soucier.

Je vous remercie également pour toutes ces informations sur vos grossesses et accouchements. Il est vrai qu’à mon époque cela ne se passe pas du tout de la même manière: les femmes accouchent dans un centre appelé «maternité», rempli de médecins et d’appareils modernes pour que les accouchements se passent le mieux possible. Les accouchements ne sont jamais publics. Seul le mari peut parfois y assister mais ce n’est pas toujours le cas.

J’espère moi aussi un jour donner naissance à des enfants. Cela doit être à la fois merveilleux et très angoissant. Mais bon, je n’ai que 16 ans. Je suis encore bien jeune, j’ai encore le temps…
 
À bientôt,
 
Kristina

Bien chère Kristina,
 
Je constate que les méthodes d’accouchement ont bien changé! À nostre espoque, ne point avoir d’enfans et estre mariée peut entraîner une répudiation. De la sorte, lorsqu’une femme se retrouve grosse pour la première fois, c’est à la fois angoissant et un soulagement.

Vous estes encore bien jeune pour avoir des enfans mais je ne doute point que vous goûterez un jour au bonheur d’estre mère.

Bien à vous,

Athénaïs