Flore
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Vos deux premiers enfants 

   


Madame,

Comment avez-vous pu «quitter» vos enfants Marie-Christine et le Duc D'Antin? Comment une mère peut-elle ainsi délaisser sa progéniture? Tout ça pour le faste de Versailles? Vos enfants ne méritaient-ils pas de votre amour? Cette question vous paraîtra peut-être «déplacée»? Mais ceci m'a beaucoup choquée à la lecture de votre biographie. On dit même que l'un deux en est mort de chagrin!

Merci du temps que vous prendrez pour répondre à cette lettre.

Bien respectueusement,

Flore


Madame,
 
Ne me jugez pas trop vite je vous prie. Vous n'étiez pas à ma place ni dans ma situation délicate. Sachez tout d'abord qu'à notre époque, le père a tous les droits sur ses enfants, bien plus que la mère. Lorsqu'en 1668, sa majesté ordonna à mon époux de se retirer sur ses terres, il y amena notre fils, Louis-Antoine. Que pouvais-je y faire? Là-bas, il fit courir le bruit que j'estois morte. Sans doute mes enfants, en bas âge, le pensèrent! Quant à ma fille, Marie-Christine, elle nous avait quitté à l'âge de trois ans pour rejoindre la mère du marquis de Montespan. À cette époque, les dettes contractées par mon époux nous laissaient bien peu de moyens pour élever nos enfants et il fut convenu que la marquise d'Antin prendrait en charge l'éducation religieuse de notre fille. Ne pensez pas que j'ai abandonné mes enfants. Comme je l'ai dit, je ne pouvais rien faire sans le consentement de mon époux. Mais lorsque j'ai obtenu la séparation des biens avec lui en 1674, je refusais qu'il me restitue une importante somme d'argent afin qu'il puisse subvenir aux besoins de nos enfants. De plus, la marquise d'Antin venait de décéder et monsieur de Montespan avait refusé l'héritage de sa mère! Mon époux restait couverts de dettes et afin que mes enfants ne soient pas privés de leur futur héritage, je payais ses créanciers afin qu'il n'ait point à vendre de terre.
 
J'ai pu revoir mon fils, le duc d'Antin, en 1679, lorsqu'il faisait ses études à Paris et était âgé de quatorze ans. Mais mes rares visites restèrent secrètes et inconnues de mon époux. Je le retrouvais plus librement lorsqu'il arriva à la cour, attaché au service du dauphin. Nous avons tenté de rattraper le temps perdu et je lui trouvais une épouse de bonne naissance. Il s'entend aujourd'hui fort bien avec ses frères et sœurs reconnus par le roy.
 
Je n'ai plus que de vagues souvenirs de Marie-Christine que j'ai quitté alors qu'elle n'était qu'une enfant. Mon époux l'avait mise en pension à Toulouse où elle est décédée dans sa douzième année sans que j'ai pu la revoir. Ne cherchez point à me faire culpabiliser en me disant que ma fille est morte de chagrin causé par mon absence. Qu'elle ait souffert de l'absence d'une mère, je veux bien le croire. Mais elle ne m'avait pas connue assez longtemps pour se souvenir de moi et pleurer mon absence. Ma fille est décédée d'une maladie, comme beaucoup d'autres.
 
Devoir me séparer de mes enfants fut un grand sacrifice pour pouvoir demeurer auprès du roy. Mais je ne pouvais enlever au marquis de Montespan ses droits sur nos enfants.
 
J'espère vous avoir renseigné comme vous le souhaitiez.

Françoise de Rochechouart de Mortemart

Marquise de Montespan