Juliette
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Quelques petites questions

    Très chère Marquise,

Je ne saurais exprimer à quel point je vous admire, vous ainsi que votre histoire, votre parcours. Je lis beaucoup d'oeuvres sur vous, et je ne suis jamais lassée d'en lire de nouvelles! Je ne jure que par vous. Cependant, des doutes subsistent... Accepteriez-vous de répondre à ces quelques questions?

J'ai souvent entendu dire que vous entreteniez une relation privilégiée avec votre fille Louise-Françoise, mademoiselle de Nantes. Est-ce vrai? On dit qu'elle est votre enfant préférée!

Du tout premier enfant que vous avez eu du roi, beaucoup disent que c'était une petite fille, d'autres, un garçon. Qu'en était-il réellement? Selon certains, elle, si c'était une fille, s'appelait Louise-Françoise.

Comment vous entendiez-vous avec votre fils Louis-Auguste, duc du Maine? L'influence de Françoise Scarron était-elle si négative sur votre fils?

Que pensez-vous de la trahison et de la fausse bigoterie de Françoise d'Aubigné?

Je ne vois pas d'autres questions pour le moment... Si certaines me revenaient, pourrais-je vous les poser?

Je rajoute également à mon message que j'ai toujours cru en votre innocence dans l'affaire des poisons, que vous n'étiez pour rien dans ce dont on vous accusait, que tout cela n'était raconté que par ceux qui voulaient votre perte. Malheureusement, le coeur du roi était bien trop changeant. Pour preuve, il vous a remplacée par cette Françoise d'Aubigné, marquise arrivée et arriviste. Pourtant, douze années d'amour passionné ne peuvent s'oublier!

Je vous adresse tout mon respect. J'espère pouvoir vous lire bientôt.

Juliette

Chère Juliette,
 
Je vous remercie pour toutes les gentillesses que vous me dites sur ma personne. En effet, le coeur d'un roi est manifestement bien changeant et si j'ay réussi à garder celui de Louis XIV pendant plus de dix années, il ne fut point un amant parfait: il me fut infidèle comme il l'estoit avec la reyne et préféroit sa renommée à nostre amour. J'estois habituée et ne m'en plaindrai point. Vous devez sçavoir qu'en dix années, j'ay vieilli et mes nombreuses grossesses ont épaissi ma taille. Je ne suis plus aussi belle que certaines jeunes filles de la cour. De plus, Françoise Scarron avoit décidé de remettre le roy sur le chemin du salut et cela avoit éloigné Louis de moy. J'ay desja esvoqué plusieurs fois le cas de Françoise, devenue marquise de Maintenon par la bonté du roi. Cette femme est une manipulatrice et une fausse qui vous sourit pour mieux frapper derrière vous. Elle a fait son chemin lentement durant le tems où elle estoit en charge de mes enfans. Lorsque je me suis rendue compte du danger qu'elle représentoit, il estoit trop tard. Je ne peux lui pardonner d'avoir ainsy agi contre moy alors qu'elle se disoit mon amie.
 
Le duc du Maine estoit le préféré de madame de Maintenon qui profita esgalement de l'amour que le roy portoit à nostre fils. Lorsqu'il voulut que je quitte la cour en 1791, Louis XIV n'osa pas me le dire directement. Madame de Maintenon m'envoya le duc du Maine pour me signifier que je devois partir! Imaginez ce que cela fut pour une mère de s'entendre dire par son fils qu'elle devoit se retirer! Louis-Auguste fit mesme haster mon départ afin de prendre mes appartements. Madame de Maintenon devoit estre sûre que sans endroit où loger dans le château, je ne pourrais plus y revenir. Le duc du Maine m'a tousjours considérée comme une estrangère et dans son esprit, seule sa gouvernante estoit digne d'être sa mère. Françoise avoit tout fait pour se l'approprier et gagner son amour. Elle y a fort bien réussi.
 
Mes autres enfans souffroient de la préférence qu'avoit leur gouvernante pour Louis-Auguste et estoient plus proche de moy. Mademoiselle de Nantes n'a jamais beaucoup aimé Françoise et partageoit bien plus de choses avec moy. Je puys vous dire qu'elle est en effet ma fille préférée. J'ay esgalement beaucoup d'affection pour le comte de Toulouse qui est d'une extresme gentillesse avec tout le monde. Ma dernière fille, Françoise-Marie, m'a esté retirée alors qu'elle n'avoit pas quatorze ans. J'ay eu de bons moments avec elle mais nostre séparation en 1691 y a mis fin. Elle a espousé l'année suivante le neveu du roi, le duc de Chartres, et a totalement changé d'attitude, se prenant pour plus importante qu'elle estoit et s'est détournée peu à peu de moy.
 
Je n'ay pas eu le tems de tisser des liens avec les autres enfans que j'ay donnés au roy: mademoiselle de Tours, qui était pourtant une adorable petite fille,est décédée avant d'avoir eu sept ans. Sa disparition m'a énormement effectée tout comme celle du comte de Vexin qui n'avait pas onze ans lorsque la maladie l'emporta. J'ay pleuré la mort de ces deux enfans davantage que celle du premier fruit de mes amours avec Louis et dont vous souhaitez que je vous parle. J'ay desja esvoqué son existence dans les deux sujets portant le titre de «vos enfants» que vous pouvez consulter. Je vous dirai icy que l'enfant estoit une petite fille prénommée Louise en l'honneur de son père.
 
J'ay pris beaucoup de plaisir à vous respondre et me tiens évidemment à vostre disposition pour toute autre question se rapportant à mes enfans ou à un autre sujet.
 
Bien sincèrement,

Athénaïs de Rochechouart de Mortemart,
Marquise de Montespan