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Marquise de Montespan

     
   

Plaisirs de lecture

    Marquise,

Je poursuis l'agréable lecture de votre autobiographie fictive, écrite par madame Decours, dont je vous ai parlé dans mon courrier Le marquis de Plessis-Bellières.

Je ne résiste pas au plaisir de vous communiquer une phrase que je trouve fort spirituelle à propos de madame de Maintenon et de son rôle dans la persécution des protestants. Que vous l'ayez réellement écrite ou prononcée ou que l'auteur vous pastiche, elle me semble bien relever du fameux «esprit Mortemart». Voici: «Il est certain qu'elle a affermi le roi dans son désir de voir tout le royaume catholique, mais elle était trop raisonnable pour conseiller les voies d'autorité. Imputer à quelqu'un un crime sans preuve est une calomnie; lui imputer une erreur opposée à son caractère est une absurdité.»

Respectueusement,

Selen

Selen,

Je suis ravie de pouvoir vous relire. Cela me fait grand plaisir de constater que vous vous passionnez tousjours autant en ce qui concerne la vie que j'ay pu mener. Je dois vous avouer que je ne me rappelle plus des propos exacts que j'ay pu tenir à propos de madame de Maintenon. Je puis seulement vous dire que ce que vous m'écrivez rejoint parfaitement ma pensée. Bien que Françoise d'Aubigné eût été de religion protestante estant jeune, elle s'est convertie au catholicisme assez rapidement et ne souffre plus ausjourd'huy que le peuple ne suive point notre Seigneur. Elle aura probablement incité Sa Majesté à révoquer l'Édit de Nantes établi par feu le Roy Henry IV. Mais il est en effet tout à fait vray qu'accuser une personne d'un crime sans en avoir de preuve reste pour moy inconcevable. Aspres tout, j'ay moi mesme esté accusée d'avoir joué un rôle dans l'affaire des poisons alors que ces accusations ne se tenoient que sur les dires de sorcières qui vouloient juste éviter la question.

À bientôt,

Athénaïs, Marquise de Montespan