Juliette
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Philippe d'Orléans

    Madame,

C'est avec un réel plaisir que je vous écris de nouveau. Soyez assurée que ma passion pour vous et votre vie est loin d'être tarie, vous êtes et resterez pour moi la plus majestueuse et la plus piquante dame de la cour que Versailles ait jamais connue.

Je me permets donc de vous envoyer une nouvelle question de ma part. J'ai lu dans le livre «Aimée du Roi» que vous connaissiez Monsieur, le frère de votre bien-aimé roi, depuis l'époque de La Fronde où vous étiez de proches amis. Il paraîtrait même que vous le considériez comme votre propre frère et que sa mort, en 1701 si ma mémoire est bonne, fut un véritable déchirement pour vous.

Pourtant, j'ai également lu dans un livre historique sur la princesse Paladine, qu'au contraire vous n'avez connu Monsieur que très tardivement, alors que vous étiez au service de son épouse, et que le fait que cette dernière ait refusé d'assister à une fête où vous étiez présente, chose à laquelle votre bon Monsieur s'opposa vivement, signa durablement votre amitié.

Vous l'aurez compris, je me demande laquelle des versions est la bonne. Avez-vous connu Monsieur alors que votre père venait de vous sortir de votre abbaye, ou alors que vous étiez déjà intégrée à la cour?

Je vous remercie du fond du coeur pour le temps que vous voulez bien m'accorder, Marquise.

Juliette

Chère Juliette,
 
J'ay connu Monsieur lorsque j'ay commencé mon service en tant que demoiselle d'honneur de la princesse d'Angleterre, Henriette-Anne Stuart en 1660. Celle-cy estoit fiancée au frère de Sa Majesté et vivoit en France depuis sa petite enfance. En mars 1661, elle est devenue duchesse d'Orléans. Je restois à son service jusqu'en 1663, date de mon mariage avec le marquis de Montespan. C'est au cours de ses trois années que j'ay beaucoup fréquenté Philippe d'Orléans et que nous sommes devenus bons amis. C'est grâce à lui d'ailleurs que je fus nommée dame d'honneur de la reyne par la suite. Nous avons toujours eu de bonnes relations malgré quelques désaccords, notamment au sujet du mariage de son fils avec l'une de mes filles. Il resta néanmoins pour moy un grand prince que j'appréciois et respectois beaucoup. La nouvelle de son décès en 1701 me fit prendre conscience du fait que le tems passe décidément bien vite!
 
Mes amitiés,

Athénaïs de Montespan