Julie
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Passionnée par votre époque

   

Madame la marquise,

Je vous écris avec un profond respect. Je me nomme Julie et j'ai vingt-trois ans, bientôt vingt-quatre. Depuis toute petite, l'histoire des rois et reines de France me fascine. En grandissant, je me passionnai plus particulièrement, pour votre époque et celle du grand roi Louis XIV. Cela commença par la magnificence des toilettes de votre temps et tout naturellement ensuite cette passion m’amena à «dévorer» nombre d'ouvrages et romans traitant de ce sujet. Lors de mes lectures, je vous ai petit à petit découverte et nombre de fois je m'interrogeai sur la vie que vous menez.

Cette passion et cette curiosité m'accompagnèrent dans mes jeux d'enfants et rêveries d'adolescente. Ce même intérêt m'anime aujourd'hui en engageant cette correspondance avec vous, Madame, espérant pouvoir ainsi vous entretenir d'une époque dont les coutumes et modes de vie sont si mal connus de mon siècle.

Je termine ma missive espérant qu'elle vous trouvera, vous et les vôtres, en bonne santé, et qu'elle ne vous importunera pas.

En espérant vous lire prochainement, je vous prie d'accepter, Madame la marquise, mes respectueuses et sincères salutations,

Julie, de Lyon.


Madame,
 
J'ay eu grand plaisir à lire vostre lettre. Il est vray que les grandes victoires de Sa Majesté ont dû contribuer au rayonnement de la France à travers les siècles. Je suys d'autant plus ravie si le style de toilettes que les dames portoient est parvenu jusqu'à vous. Bien entendu, ce sera pour moy une joie de correspondre avec vous sur les usages de la cour et la vie quotidienne sous le règne de Louis le Quatorzième. Cela me permettra de revenir sur une période de ma vie si plaisante et déjà si lointaine.
 
Bien à vous,
 
Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, Marquise de Montespan


Madame la Marquise,

J'espère que ma missive vous trouvera, vous et les vôtres, dans la meilleure santé possible.

Permettez-moi tout d'abord de vous présenter mes excuses pour ce long silence suite à votre réponse, réponse dont je vous remercie vivement. Elle m'a fait grand plaisir. Je vous remercie aussi d'avoir consenti à correspondre avec moi sur cette période de votre vie qui me fascine tellement. En effet, de la vie à la cour à votre époque, nous connaissons surtout, de nos jours, les obligations du roi et le déroulement de sa journée. Mais nous ignorons tout de la manière dont vivaient les nobles dames et les gentilshommes présents.

Ce serait un grand honneur pour moi, madame, si vous acceptiez de me renseigner à ce sujet ainsi que sur la mode lors du règne du grand roi Louis XIV.

Je termine cette lettre en vous souhaitant une bonne lecture ainsi qu'une bonne journée.


Je vous prie d'accepter, madame la marquise, mes respectueuses et sincères salutations,

Julie, de Lyon


Madame,
 

Tout d'abord, je vous prie d'excuser le retard avec lequel je vous respond. Je me suys trouvée mal durant quelque tems et vostre missive s'est perdue dans les notes destinées à mes domestiques. J'en suys la première fâchée et vous respond avec empressement.
 
Vous m'entretenez donc du quotidien des gens de la cour du roy. Sachez qu'estre accepté au sein de la cour de Sa Majesté est un privilège qui demande cependant des sacrifices. Au jourd'hui, notre souverain ne se déplace plus de chasteau en chasteau comme de par le passé. La noblesse qui se rend à Versailles quitte ses luxueuses et grandes demeures pour venir s'entasser sous les combles du palais, dans des chambres étroites, parfoys despourvues de fenestre, dans lesquelles il n'est point rare d'essuyer le plafond de la teste tant il est bas. Avec toute la domesticité, le palais ne peut loger toute la cour. Aussy, nombreux sont ceux qui trouvent logement autour du château, dans des hostels voisins, chez quelques connaissances. Bien entendu, les membres de la famille royale possèdent leurs propres appartements, agréables et spacieux, au château de Versailles.
 
Les membres de la cour suivent le roy dans son quotidien, assistant à son lever, son dîner et son coucher, en respectant la préséance. Lorsque Sa Majesté se rend à la messe, elle est suivie de toutes les dames qui se font alors plus croyantes que jamais devant leur monarque. Lorsque le tems s'y preste, le roy trouve plaisir à faire visiter ses jardins, au cours de l'asprès-dîner. Vous l'aurez compris, la vie de la cour est rythmée par celle de nostre souverain, et ses membres gravitent autour de luy comme les estoiles autour du soleil.
 
La mode est changeante à la cour et vous remarquerez qu'elle esvolue selon la femme qui se tient aux costés de Sa Majesté. J'ay moy-mesme mis au goust du jour de larges robes qui me permettoient de garder mes grossesses secrètes. Madame de Fontanges a donné son nom à une façon d'arranger ses cheveux. Depuys que Madame de Maintenon règne sur le cœur du roy, la mode est au noir, les tenues manquent de chaleur et d'accessoires. Il semblerait que la cour s'ennuie et que l'on se rend avec davantage de plaisir à Meudon, chez Monseigneur le Dauphin. Je ne saurais vous conter ce qu'il s'y passe aujourd'hui, m'estant retirée de ce monde depuys plusieurs années.
 
Vostre missive a fait remonter quelques doux souvenirs à ma mesmoire et je vous en remercie.
 

Soyez assurée de mon amitié,
 
Françoise Athénaïs de Montespan