Kristina
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Mademoiselle de Nantes

    Très chère madame,

Je suis contente de vous écrire à nouveau. J’ose espérer que vous vous portez bien.

J’aimerais que vous me parliez de votre fille, Mademoiselle de Nantes. Je crois savoir que parmi tous vos enfants, c’est avec elle que vous étiez le plus proche. Pouvez-vous m’expliquer pourquoi?

Est-il vrai que madame de Maintenon ne l’aimait pas beaucoup? Que pensez-vous de son mariage avec le prince de Condé? Étiez-vous d’accord pour cette union? Ne la trouviez-vous pas trop jeune pour se marier?

Avez-vous assisté à son mariage? L’avez-vous revue depuis? Vous rend-elle visite au couvent?

Je vous embrasse,

Kristina

Ma chère Kristina,

Mademoiselle de Nantes fut une enfant délicieuse. Très vite, je détectois en elle la trace de l’esprit des Mortemart et c’est en cela que nous nous ressemblons le plus. Louise-Françoise fut eslevée par madame Scarron, mais il est vray que ma fille n’apprécioit pas sa gouvernante. Il faut dire que Françoise montroit clairement sa préférence pour le duc du Maine et que les cadets s’en rendirent vite compte.

Le roy fit faire à mademoiselle de Nantes un bien grand mariage. Ce fut le Grand Condé en personne qui demanda à Sa Majesté la main de Louise-Françoise pour son petit-fils, le duc d’Enghien. Lors de cette union, Louise-Françoise avoit douze ans, un asge légal pour un mariage princier. Naturellement, elle n’eut point d’enfans de suite. Il fallut attendre l’année 1690 pour qu’elle donne naissance à une première fille. Evidemment, j’assistois au mariage mais je n’y tenois aucun rôle, n’estant pas reconnue comme la mère des enfans que j’ay donnés au roy.

Lors de me rares apparitions à la cour asprès 1691, je revis avec grand plaisir ma chère fille que l’on appelle depuis son mariage «madame la duchesse». Je fus esgalement présente à Versailles lors du baptême de son premier fils, Louis-Henry, né en 1692. Ausjourd’hui, Louise-Françoise me rend visite de tems à autre lorsque ses obligations ne la retiennent point ausprès du roy. J’ay parfois le bonheur de pouvoir voir ses filles aisnées à cette occasion.

À bientost,

Athénaïs

Merci pour cette réponse. J’étais ravie de recevoir de vos nouvelles, comme toujours.

À bientôt,

Kristina