Kristina
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Madame Scarron

    Chère Marquise,

J'espère que vous vous portez bien depuis notre dernière conversation. Moi, ma santé s'est bien arrangée. De nos jours les médecins font des miracles.

Je voudrais que vous me parliez de Madame Scarron. Pourquoi l'avez-vous choisie pour être la gouvernante de vos enfants et pas une autre femme? Regrettez-vous aujourd'hui ce choix? Croyez-vous que si elle n'avait pas été là, vous seriez encore la favorite de sa majesté? N'avez-vous jamais songé à la renvoyer lors de vos disputes? Pourquoi ne l'avoir pas fait? Est-il vrai que Françoise a refusé d'être la gouvernante de mademoiselle de Blois et du comte de Toulouse? Savez-vous pourquoi? Qui s'est occupé d'eux?

La semaine prochaine, je fêterai mes dix-sept ans et je compte les fêter à Versailles. Je penserai très fort à vous.

Je vous embrasse,

Kristina

Ma chère Kristina,
 
Je suis heureuse et rassurée que vous m'apportiez de bonnes nouvelles au sujet de vostre santé. Vous souhaitez donc m'entretenir au sujet de madame de Maintenon -car c'est sous cette appellation que je dois désormais la nommer. Ce n'est point là un sujet de conversation qui me plaist particulièrement mais je vous répondrai du mieux que je pourrai.
 
J'avois besoin d'une femme susre, de confiance et qui sache s'occuper d'enfants lorsque je fus grosse une seconde fois de Louis. La première dame de chambre, mademoiselle des Oeillets, ne pouvoit pas supporter le poids de deux enfants à charge en supplément de ses fonctions à la cour. Ma soeur, madame de Thianges, m'a alors proposé madame Scarron qui prenoit desja bien soin de la petite Louise d'Heudicourt. Sa mère, Bonne, qui estoit alors de mes amies, ne m'en dit que du bien. Mon frère le duc de Vivonne fut également favorable au choix de Françoise d'Aubigné. Je l'engageois donc pour s'occuper de mon premier bastard puis du second, le futur duc du Maine. Malgré nos mésententes, je dois avouer qu'elle s'occupoit très bien de mes enfans comme sy elle avoit esté leur mère. C'est surtout ce point que je lui reprochois: plus le tems passoit et plus mes enfans s'éloignoient de moy, en particulier le duc du Maine. Je ne voyois que rarement mes enfans et je ne pouvois les gaster comme je le voulois, leur gouvernante imposant ses règles. J'en estois fort marrie et en parloi evidemment au roy. J'aurais pu renvoyer Françoise mais qui aurait pu la remplacer auprès des mes enfans? Il arriva esgalement un tems où Louis l'avoit tant prise en affection que la congédier auroit eu pour conséquences une importante dispute avec Sa Majesté.
 
Vous devez sçavoir qu'en avril 1675, Louis et moy nous nous sommes séparés à cause des pressions de l'Église. Cela dura quelques mois, le tems pour Louis d'aller au front puis à son retour de guerre, nous avons repris notre liaison malgré les promesses de Louis à son confesseur et à son espouse. Madame Scarron a refusé de s'occuper de nos enfans qui naistroient après ce qu'elle appeloit une trahison. De la sorte. Mademoiselle de Blois et le comte de Toulouse ont donc estés confiés à d'autres personnes choisies par le roy.
 
Voilà ce que je puis vous dire. Je vous souhaite par avance un bon anniversaire.

Affectueusement,

Athénaïs