Alexandre
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Madame de Sévigné et le Roy

    Chère Madame,

Je me demande quelque peu si vous n'êtes pas une des maîtresses du Roy.

Connaissez-vous Madame de Sévigné?

Quels sont vos principales occupations?

Désolé de vous attaquer de ces trois questions, mais je suis d'un naturel curieux

Bien à vous,

Alexandre 14 ans



Cher Alexandre,

Quel charmant prénom que le vostre qui me rappelle celuy de mon fils, le comte de Toulouse. Le Roy qui aimoit particulièrement les héros de l'antiquité avoit décidé de donner à chacun de nos fils un prénom glorieux. Après Louis Auguste et Louis César, vint Louis Alexandre qui rendoit hommage à Alexandre Le Grand.

Vous l'avez sans doute bien compris, je fus la favorite de Louis le quatorzième à partir de 1667 jusqu'en 1681. Durant tout ce tems, je protégeois les arts, donnois mon avis sur la décoration des chasteaux du Roy et lui donnoit sept enfans. Je suis tombée en disgrâce suite à cette terrible affaire des poisons, laissant la place à la gouvernante de mes enfans, Madame Scarron que Louis, dans sa grande bonté, avoit faite marquise de Maintenon.

Qui ne connoist point cette chère marquise de Sévigné ? Durant tout le tems que je suis demeurée à la cour, je croisois sans cesse cette grande dame. Si je ne m'abuse, elle est née en 1626 et fut épistolière française. Si les siècles qui suivent le nostre sont aussy renseignés sur la cour du Roy Soleil, ils le devront bien à elle car pas une anecdote ne lui a échappé. C'estoit une personne qui avoit beaucoup d'esprit et qui entretenoit avec sa fille une abondante correspondance dans laquelle elle parloit de tout ce qu'il y avoit de nouveau à la cour. La marquise de Sévigné estoit aussy une grande amie de Madame de La Fayette qui écrivoit ses romans en ce fondant parfois sur sa correspondance avec celle-cy.

Nostre chère Madame de Sévigné nous a quittés en 1696, date à laquelle je n'estoit plus à cour.

Comme je l'ay desja dit dans quelques unes de mes autres missives, je passe beaucoup de tems au couvent de Saint-Joseph que j'ay créé pour accueillir des petites filles pauvres et sans situation que je tente d'establir en les dotant si celles-cy n'ont pas de vocation religieuse.

Sincèrement,

Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan