Flore
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Les relations du roi avec mademoiselle de Fontanges

   
Chère Marquise,

J'espère que vous vous portez bien depuis tout ce temps. J'aimerais que vous me parliez un peu des relations du roi avec mademoiselle de Fontanges. Quels étaient les sentiments de la duchesse pour le roi? N'était-elle pas amoureuse de lui? Comment et quand avez-vous appris la trahison de madame de Maintenon à votre égard? Ne vous doutiez-vous pas, au début de votre liaison avec le roi, que le jour où il se lasserait de vous, il vous aurait évincé aussi cruellement que la duchesse de Lavallière? Lorsque le marquis de Montespan a pris le risque de s'opposer publiquement au roi pour vous reconquérir, qu'avez-vous ressenti?

Respectueusement,

Flore


Mademoiselle Flore,

Je suis ravie de recevoir de vos nouvelles. Je me porte bien, je vous en remercie, grace à la visite que ma fille la duchesse de Bourbon m'a rendue hier.

Ainsi vous souhaitez que nous revenions sur Mademoiselle de Fontanges. Devant vostre demande, je constate que malgré sa brève existence, certains ont conservé le souvenir de cette demoiselle. Pour ma part, je pense que Marie-Angélique a vescu dans l'illusion. Arrivée à la cour à dix huit ans elle se faisoit desja remarquer par le Roy en raison de sa grande beauté. Louis venoit alors d'avoir quarante ans et désiroit retrouver un peu de sa jeunesse. Peut-estre la jeune Angélique lui rappeloit-elle la duchesse de la Vallière et moy-mesme lors de nos premiers élans amoureux quelque dix ou quinze ans plus tost. Quelle jeune fille ne se seroit pas sentie au-dessus de tout lorsque le Roy de France la regardoit? Je pense surtout que Mademoiselle de Fontanges aima ce que luy apportoit Sa Majesté mais je ne pourrois dire qu'elle a aimé le roi plus que la couronne.

Madame de Maintenon fut pour moy comme une amie et s'occupoit fort bien de mes enfans. Mais dés son arrivée à la cour en 1674, je vis bien qu'un changement s'estoit opéré. Nous avions des différens sans cesse sur l'éducation de mes enfans qu'elle avoit tendance a s'approprier oubliant qu'elle n'en estoit point la mère mais la gouvernante. À chaque désaccord, elle couroit tousjours vers Louis. Malgré ses débordements, je ne pouvois penser qu'elle tenterait de le détourner de moy. C'est aprés la naissance du comte de Toulouse que je n'ay pu nier l'evidence: Françoise cherchoit a estre la maistresse du Roy ou l'estoit desja! J'ay bien seur tenté de reprendre ma place dans le coeur du Roy mais la mort de la petite Mademoiselle de Tours en 1681 m'a donné trop de chagrin pour que j'aye la force de poursuivre le combat.

Mon espoux n'a point cherché à me reconquérir comme vous semblez le penser. Il estoit plutost décidé a m'emmener de force sur ses terres, chose qu'il avoit refusé de faire quand je luy avois demandé. J'ay esté honteuse des scandales qu'il provoqua par la suite et fut bien soulagée lorsqu'il dut quitter Paris.

Bien à vous,
Françoise-Athénaïs de Montespan