Pierre Chirol
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Le roi

    Bonjour, Madame.

J'ai toujours voulu savoir si vous aimiez le roi.

Je voudrais aussi savoir ce que vous êtes devenue après votre disgrâce.

Je vous remercie.

Votre dévoué Pierre



Monsieur,

Visiblement, vous pensez comme bien des gens de la cour! Beaucoup sont persuadés que celles qui deviennent maistresses du Roy ne sont attirées que par la richesse, la puissance et les honneurs que l'on y trouve. Ce fut seulement le cas pour Mademoiselle de Fontanges qui auroit pu estre la fille du Roy puisqu'elle avoit l'age du Dauphin ou encore cette Madame de Ludres qui tenta de prendre ma place dans le coeur de Louis sans pour autant l'aimer.

Vous sçavez sans doute que j'ay fait un mariage bien malheureux, et j'eus une grande joie lorsque le Roy se prit d'amour pour moy. J'avois enfin le sentiment d'estre aimée et désirée. Pour une femme, plaire est essentiel et je respondis à l'attente du Roy bien après qu'il me le demanda. Si j'avois esté interessée, j'aurois cédé bien plus vite. Louis et moy nous nous aimions d'une passion commune et c'est lui qui y mit un terme.

Je perdis l'amour du Roy durant l'affaire des poisons vers 1681. Je restois à Versailles pour m'occuper de mes enfans Françoise Marie et Louis Alexandre qui n'estoient point élevés par madame de Maintenon. J'ay quitté la cour en 1691 pour me retirer à l'abbaye de Fontevrault dont ma soeur Marie Madeleine estoit l'abbesse. Je vais aussy passer du tems au couvent de Saint-Joseph à Paris.

Bien à vous,

Françoise de Rochechouart de Mortemart

Marquise de Montespan