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écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Humiliation de Louise

   

Chère madame,

Je dois avouer que je vous connais bien mal: je vous ai «rencontrée» pour la première fois dans une biographie de Madame de Maintenon; je doute que le portrait qu'on y fait de vous soit tout à fait véridique. 

Ma question est bien simple: Louise de La Vallière et vous, étiez, je crois, amies et vous dites avoir un grand respect pour elle. Pourtant, au début de votre faveur, alors que vous partagiez le même appartement, vous la forciez à vous habiller, vous coiffer et vous l'humiliiez encore plus en vantant ses talents de coiffeuse devant toute la cour. J'avoue ne pas bien saisir... à moins que cela ne soit que rumeurs.

Je crois, en tout cas, que vous n'êtes pas la «méchante» qu'on présente souvent, et j'ai beaucoup de respect pour vous.

Bien à vous,

Élisabeth


Bonjour Élisabeth,

Lorsque je suis arrivée à la Cour au service de Madame, Louise de la Vallière estoit également demoiselle d'honneur de la duchesse d'Orléans. Nous nous sommes rapprochées et sommes devenues amies. Elle estoit alors la maîtresse de Louis XIV et c'est par son intermédiaire que j'ay pu rencontrer Sa Majesté. Lorsque je suis devenue la favorite du Roy, celuy-cy a voulu que Mademoiselle de la Vallière et moy ayons nos appartements côte à côte. Ainsy, Louis passoit d'abord dire le bonsoir à Louise avant de me rejoindre. Il insistoit aussy pour que nous partagions le mesme carrosse avec la feue Reyne Marie-Thérèse.

Je ne vous cache pas que la présence de Louise à la cour me contrarioit. Au début de ma faveur, Louise estoit certaine de pouvoir reprendre le coeur du Roy. Quant à moy, cette situation m'agaçoit fortement car je savois pertinemment que Louis n'avoit plus le moindre sentiment amoureux pour Louise bien qu'il lui conservât son amitié. Je voyois Mademoiselle de la Vallière espérer du Roy une chose qui n'arriveroit pas et je le reconnois, je pensois aussy à ma situation. J'aimois Louis et j'estois aimée de luy et j'estois pourtant confrontée à mademoiselle de la Vallière qui pensoit pouvoir m'évincer comme elle avoit fait avec la princesse de Monaco quelques années plus tost. J'essayai donc de faire comprendre à Louise que sa faveur estoit terminée, mais ce ne fut pas facile. Alors que je portois en mon sein le duc du Maine, elle s'en alla demander au Roy que toutes les faveurs soient égales entre elle et moy. Je ne dis pas que Louise ne s'est jamais sentie humiliée face à moy et à Louis, mais je n'ay jamais demandé à Sa Majesté de nous faire vivre l'une à côté de l'autre durant des années. Louise et moy nous aidions à nous habiller et à nous coiffer il est vray, mais je n'ay jamais traité mademoiselle de la Vallière comme une simple domestique. J'ay parfois esté dure avec elle. La pauvre nous voyoit moy et le Roy nous aimer tandis qu'elle n'avoit plus qu'un rôle de paravent pour cacher nostre relation et nos enfants. Lorsque je fus évincée par madame de Maintenon, j'ay ressenti la peine que j'avois fait à Louise bien des années avant. Après qu'elle s'est retirée au Carmel en 1674, j'ay continué à la voir et lui rends encore ausjourd'hui quelques visites. J'ay effectivement beaucoup de respect et d' admiration pour elle.

J'espère vous avoir assez bien renseignée,

Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan


Madame la marquise,

Merci beaucoup pour votre réponse si rapide. Je comprends enfin le pourquoi et le comment. J'espère avoir le plaisir de vous écrire encore.

Bien à vous

Élisabeth


Élisabeth,

Je suis bien aise d'avoir pu vous aider. Vos lettres seront tousjours bienvenues. 

Salutations.

Athénaïs de Montespan