Héloïse
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

François-Athénaïs de Montespan

   

Chère Madame de Montespan,

Me voilà très honorée de vous écrire. Je sais que cet acte peut paraître présomptueux, mais j'aimerais en savoir davantage à votre sujet.
 
Êtes-vous jalouse d'Angélique de Fontanges? Et de madame de Maintenon? Éprouvez-vous de l'animosité envers Marie-Thérèse? Est-ce à cause de vous que la Vallière a pris le voile? Vous adonnez-vous vraiment à des messes noires ou bien est-ce mademoiselle des Œillets qui s'y rendait à votre place?

Bien à vous,

Héloïse


Mademoiselle,
 
A vous lire, j'ay l'impression que vous me voyez comme étant responsable de tous les drames qui frappèrent la vie des dames que j'ai cotoyées et que ma resputation est desja faiste à vos yeux! Je vais donc m'efforcer de faire la lumière sur les points que vous abordez.
 
Comment aurais-je pu envier mademoiselle de Fontanges, qui estoit certes d'une grande beauté mais guère bien intelligente? Je scavois tout à fait qu'elle ne retiendrait pas le roy bien longtemps et c'est ce qui est arrivé. Conserver sa place de maistresse royale demande bien plus de qualités. Je ne puys estre jalouse de madame de Maintenon, qui est de petite naissance. Sachez que cette femme, qui n'estoit que Françoise Scarron lorsque je l'ai rencontrée, me doit sa bonne fortune. Elle fut ensuite bien ingrate envers moy alors que je l'ay lontemps considérée comme une amie. Quant à la feue reyne Marie-Thérèse, j'ay tousjours esté respecteuse envers elle, mesme asprès estre devenue la maistresse du roy.
 
Sans doute mon comportement à l'esgard de madame de la Vallière l'a-t-elle poussée à prendre le voile. Bien que ce ne fut jamais mon intention, celle-ci a pu se sentir humiliée à certains moments lorsqu'elle et moy nous partagions la faveur royale. La situation n'estoit pas non plus des plus agréables pour moy. J'ay tenté de dissuader Louise de s'enfermer au Carmel. C'estoit vraiment là un renoncement au monde et beaucoup de personnes doutoient que madame de La Vallière puisse supporter ce mode de vie asprès avoir connu la vie à la cour de France. Mais je dois admettre que la piété de Louise estoit plus forte que ce que nous pensions et que sa décision devoit estre murement réfléchie. Vous devez esgalement scavoir que madame de la Vallière a tousjours mal vécu son statut de favorite et elle avoit parfois honte d'estre la maistresse du Roy, étant persuadé de commettre là un péché. J'admire beaucoup les décisions qu'elle a eu le courage de prendre.
 
Pour ce qui est des messes noires, je me défends d'y avoir pris part. Apprenez d'ailleurs qu'une favorite royale a très peu d'intimité. Dès lors, comment aurais-je pu m'absenter de la cour sans éveiller les soupçons? En revanche, il se peut que ma première dame de chambre, mademoiselle des Œillets ait joué un rôle dans cette sordide affaire des poisons. Les accusés, sorcières, devins et faiseuses d'anges, ont esvoqué une mystérieuse dame masquée qui faisoit dire des messes contre Sa Majesté. Mademoiselle des Œillets avoit un motif pour vouloir s'en prendre au roy :elle affirmoit lui avoir donné plusieurs enfans et espéroit devenir sa favorite et la mère d'enfans légitimés. Seulement Sa Majesté, doutant d'estre vraiment le père de ceux-ci, refusa de les reconnaistre. Mademoiselle des Œillets resta dans l'ombre et il est tout à fait possible que, jalouse de ma position, elle ait cherché à me discréditer en se faisant passer pour moy lors de messes noires.
 
J'espère avoir su respondre à vos questions.
 
Au plaisir,
 
Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart