[Courriel du correspondant]
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Etiez-vous décue par le roi?

   

Étiez-vous déçue par le roi? Étiez-vous jalouse? Pourquoi avoir tué d'autres femmes? Désolée si je vous parle, ô grande dame de Montespan

Une jeune fille


Mademoiselle,

Vous me posez là de drôles de questions! Qu'entendez-vous  exactement par déçue? Sachez que la jalousie est un sentiment tout à fait légitime lorsqu'il s'agit d'amour. Je n'avois pour ma part, rien a envier aux courtisanes qui tournoient autour de Sa Majesté. Votre dernière question me laisse sans voix... je n'ai jamais tué qui que ce soit!

Bien à vous,

Françoise de Montespan


Merci Madame, mais pourquoi dit-on que vous aviez tué Mademoiselle de Fontanges?

Élodie



Chère Mademoiselle,

La duchesse de Fontanges est morte en pleine affaire des poisons et vous n'estes pas sans sçavoir que beaucoup m'ont dit impliquée dans cette sombre affaire. Son trépas à l'asge de vingt ans a paru suspect à cette espoque et certains ont pensé que j'en estois la cause. Mais je peux vous affirmer que Mademoiselle de Fontanges souffroit desjà depuis plusieurs mois d'une grande faiblesse causée par un accouchement pesnible.

Je reste à vostre disposition pour d'autres questions.

Françoise de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan


Je suis vraiment désolée, pardonnez-moi.

Élodie



Mademoiselle,
 
Vous estes toute excusée. Je reste à vostre disposition si vous avez d'autres questions.
 
Françoise de Montespan


Mais ils sont vraiment cruels de penser que c'est vous la coupable!
 
Merci.

Élodie


Mademoiselle,
 
Sachez qu'il n'y a rien de plus assassin que la rumeur. Il a suffit que mes ennemis la répandent pour que la majorité y adhèrent!
 
Bien à vous,

Françoise de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan


Merci pour votre lettre. Chaque message de vous me fait plaisir. Mais pourquoi dit-on que votre fils Louis-Auguste, votre deuxième enfant, vous préfère Madame de Maintenon?
 
Merci d'avance,

Élodie


Mademoiselle,
 
Je suys ravie que mes responses vous donnent satisfaction. Vous souhaitez donc que nous parlions de mon fils le duc du Maine. Louis-Auguste est né avec une malformation au niveau des jambes et n'a pu marcher avant un age avancé. Il devoit estre entouré sans cesse de soins et d'une attention très particulière. Sa gouvernante, Madame Scarron savoit fort bien s'en occuper et en prenoit grand soin. Pour espérer marcher un jour, Louis-Augsute a deu faire plusieurs cures et, naturellement, sa gouvernante l'accompagnoit à chaque fois pour prendre soin de luy. C'est sans doute tout ce tems passé ensemble qui a rapproché tant que cela madame Scarron du duc du Maine. Il devoit estre pour elle comme le fils qu'elle n'a jamais eu. Bien que Françoise ait élevé plusieurs autres de mes enfans, elle est restée très attachée à Louis-Auguste. Vous devez sçavoir que de sa naissance en mars 1670 à sa légitimation en décembre 1673, je n'ay pu voir souvent Louis-Auguste, l'existence des enfans du Roy devant rester secrète. Durant ces années, madame Scarron estoit devenue en quelque sorte la mère de mon fils. Mes obligations à la cour m' empeschant d'accompagner Louis-Auguste en cure ont encore joué sur le rapprochement entre luy et sa gouvernante.
 
A bientost, Mademoiselle, vous m'apprendrez peut estre un jour vostre prènom,
 
Françoise Athénaïs de Montespan

Vous me connaissez déjà; mon nom c'est Élodie. Je sais pourquoi on ne devait pas savoir qui était la mère de Louis-Auguste, votre fils, car vous aviez Monsieur Montespan, votre mari.
 
Je vous remercie.

Élodie


Chère Élodie,
 
En effet, estant mariée au marquis de Montespan, devant la loi, mes enfans estoient esgalement les siens. Mesme le Roy ne pouvoit courir le risque de faire sçavoir que j'estois la mère de ses bastards. C'est pour cela que j'ay cachée mes premières grossesses et l'existence de nos enfans. En 1673, Louis avoit trouvé le moyen de les légitimer sans nommer officiellement la mère bien que toute la cour sçavoit que c'estoit moy.
 
A bientost chère amie,
 
Athénaïs de Montespan

Merci de votre honorable réponse.

Élodie


Chère Élodie,
 
Vous respondre restera un plaisir.
 
Athénaïs de Montespan

Merci, mais vous aimez bien la Reine.

Cordialement,

Élodie


Chère Élodie,
 
J'ay tousjours entretenu de bons rapports avec feu le Duc d'Orléans pour qui j'avois beaucoup d'amitié et une grande estime. Je respectois Sa Majesté la Reyne mais vous devez sçavoir que nous n'estions point les meilleures amies du monde puisque j'estois la maîtresse de son espoux. Lorsque j'estois sa dame d'honneur, je faisois tout mon possible pour la distraire car Marie- Thérèse a tousjours regretté son pays natal. Elle ne pouvoit s'accommoder à la cour de France. Parfois, elle me faisoit de la peine tant elle estoit effacée. Je réalise ausjourd'huy que je
luy ai causé bien du tort jadis.

 
Bien à vous,
 
Athénaïs


Merci, mais votre dame de compagnie Deouillet n'a-t-elle pas une fille prénommée Louise?

Élodie


Chère amie,
 
En effet, ma première dame de chambre, Mademoiselle des Oeillets a bien mis au monde une fille prénommée Louise de Maison Blanche en 1676. Elle a tousjours prestendu que le Roy en estoit le père. Faut-il vraiment la croire? Si j'avois remarqué que Louis avoit tendance à trop regarder Mademoiselle des Oeillets par moment, celle-cy a eu plusieurs aventures galantes avec des valets de Sa Majesté. L'un d'eux peut fort bien estre le père de la jeune Louise.
 
Bien à vous,
 
Athénaïs


Merci mais je croyais que c'était sa fille! Sinon à votre époque, ça se passe bien?

Élodie


Mademoiselle,
 
Je ne saurais vous dire si Louise de Maison Blanche est bien la fille de Sa Majesté. Si Mademoiselle des Oeillets a reçu quelques faveurs de la part du souverain, celles cy sont rares et comme je vous l' ay desja dit, cette dame estoit très proche de plusieurs valets. Le Roy n'a point reconnu sa fille comme la sienne, c'est donc qu'il ne pense pas en estre le père.

Merci de vous soucier de ma santé. Ces derniers tems je me porte fort bien.
 
Bien à vous
 
Athénaïs


Merci, mais c'est lâche de penser que vous alliez chez «la Voisin».


Mademoiselle,
 
Lors des interrogatoires, afin d'eviter la Question, les empoisonneuses ont livrés le nom de plusieurs personnes importantes dont le mien. C'est ainsy que le doute est né sur mes agissements. J' ay desjà esvoqué l'affaire des poisons dans plusieurs lettres que je vous invite à consulter.
 
A bientost,

Athénaïs

Madame,

J'aimerais me confier à vous. J'ai une amie, dans mon village, et elle n'est pas sympa avec moi; et en plus, elle se sert de moi. Que faire?
 
Cordialement,

Élodie


Chère Élodie,
 
Si vous avez conscience que cette personne se sert de vous et que vous n'éprouvez point d'amitiés pour elle, pourquoi donc continuer à la côtoyer?  Ne la laissez point tirer profit de vous. Dans nostre société, il faut se battre chaque jour, se méfier de tout le monde et surtout garder la tête haute. Évitez à l'avenir de fréquenter cette jeune fille et n'accordez point trop d'importance à ce qu'elle peut dire.
 
Athénaïs de Montespan

Merci de votre conseil, mais aussi dès que je veux rester elle dit «qui veut qu'Élodie parte?» et bien sûr, il y a beaucoup de doigts levés! Mais dernièrement, j'avais écrit un horoscope et des gens n'étaient pas contents. Madame, ma mère dit exactement la même chose que vous («Élodie, laisse-la tomber!») .

À bientôt,

Élodie


Chère Mademoiselle,
 
Je vous diray qu'il faut tousjours prendre en compte l'avis de vostre mère. Une mère est une personne de bon conseil qui vous guidera dans vostre vie et vous aidera a prendre les bonnes decisions. 
 
Athénaïs

 Merci pour votre conseil.

Élodie