Kristina
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Duc du Maine

    Chère marquise,

Tout d'abord, je voulais vous dire que je vous admire, madame; vous êtes l'une des plus belles femmes de votre époque et vous avez su apporter du charme à la cour du Roi Soleil.

J'aimerais cependant mieux vous connaître et j'aimerais en savoir un petit plus sur le duc du Maine et sur la relation que vous avez entretenue avec lui. Est-il vrai, madame, que le duc du Maine ne vous considérait point comme sa mère et qu'il préférait madame de Maintenon? Si c'est le cas, pensez-vous que c'est parce que vous ne vous êtes pas assez occupée de lui et que vous ne lui donniez pas assez d'amour? Avez-vous des regrets? Est-ce vrai que le duc du Maine était heureux de vous voir quitter Versailles? Si c'est le cas, j'en suis désolée. Savez-vous pourquoi il voulait que vous partiez? Et vous a-t-il rendu visite depuis? J'espère ne pas vous avoir trop ennuyée avec toutes mes questions au sujet de votre fils.

Je vous embrasse,

Kristina

Chère Kristina,

Je vous remercie beaucoup pour votre aimable lettre. Vous ne m'ennuyez point du tout, n'ayez crainte; je suis ravie de pouvoir vous respondre. Depuys sa naissance le 30 Mars 1670 jusqu'au 20 décembre 1673, le duc du Maine est resté loin de moy pour des raisons de sécurité. Le roy devoit trouver le moyen de le reconnaître ainsy que son frère et sa soeur sans que je soys nommée afin que mon espoux ne puisse faire valoir ses droits de père potentiel sur les enfans que je donnois à Sa Majesté. Pendant ces trois années, je n'ay pas souvent vu mon fils qui s'est beaucoup attaché à sa gouvernante, madame Scarron. Celle-ci s'est installée en 1674 avec Louis-Auguste, Louis-César et Louise-Françoise à  la Cour, ce qui m'a permis de voir davantage mes enfans. Cependant, vous devez sçavoir qu'estant dame d'honneur de la reyne et favorite de Sa Majesté le roy, j'avois bien des obligations qui me prenoient bien du tems. Voir mes enfans m'estoit difficile et de ce fait, le duc du Maine en est venu à considérer madame Scarron comme sa mère. Il est vray que je ne pouvois m'occuper plus de mes enfans mais je les ay tous aimé, Louis-Auguste autant que les autres. Ce ne fut pas le cas de leur gouvernante qui avoit une forte préférence pour luy et qui se l'appropria entièrement. De ce fait, je n'ay jamais pu nouer des liens avec le duc du Maine.

Il est vray que Louis-Auguste fut bien heureux de me voir quitter la cour. Je ne serois dire exactement pourquoy. Il faudrait demander cela à son ancienne gouvernante, devenue madame de Maintenon, qui connait toutes ses pensées et ne doit pas estre étrangère à sa joie concernant mon despart. Je says juste que le roy avoit promis mes appartements à mon fils dès que je fit connaistre mon intention de quitter Versailles. Depuys, j'ay croisé le duc du Maine lors de mes  rares apparitions à la cour mais cela fait bien lontems. Je ne fut point présente à son mariage en 1692. Ausjourd'hui, je says, par l'intermédiaire de ses soeurs et du comte de Toulouse que Louis-Auguste a de son espouse trois fils mais que cette union avec la petite-fille du Grand Condé n'est point heureuse.

Bien à vous,
Françoise Athénaïs de Montespan

Je vous remercie de votre réponse, madame.

Si cela ne vous dérange point, j'aimerais vous poser encore quelques questions sur le duc du Maine.

Je crois savoir que le duc du Maine avait beaucoup de difficulté à marcher. Pouvez-vous m'en dire d'avantage? Quelles étaient les causes de ses problèmes? Je dois vous avouer, madame, que moi aussi j'ai des difficultés à marcher. Moi, c'est parce que je suis née beaucoup trop tôt et pour être tout à fait franche, j'ai failli mourir à la naissance. Était-ce aussi le cas pour votre fils?

Je voudrais aussi savoir si votre fils souffrait du regard des autres par rapport à sa maladie. Se sentait-il différent? C'est mon cas très souvent.

J'aurais bien aimé poser toutes ces questions à sa gouvernante mais il est impossible de lui écrire sur Dialogus en ce moment. Savez-vous pourquoi? Et savez-vous pourquoi l'on ne peut pas non plus écrire à vos enfants? Cela m'ennuie beaucoup de ne pas pouvoir écrire à madame de Maintenon car j'ai absolument besoin de lui parler!

Je dois vous confier un secret, madame. Il est possible que dans quelques mois, je doive jouer le rôle de la madame Scarron dans un spectacle mais rien n'est sûr encore. Je ne veux pas vous donner de faux espoirs mais j'espère de tout coeur. C'est pour cela que j'ai besoin de parler à Françoise pour qu'elle me donne des conseils sur la manière d'interpréter son rôle. Pouvez-vous m'aider, madame, à entrer en contact avec elle? Et vous, avez-vous des conseils à me donner? Quel était le véritable caractère de Françoise?
 
Prenez soin de vous.
 
Kristina

Chère Mademoiselle,

Il est vray que Louis-Auguste a tousjours eu des difficultés à marcher. J'ay souvenance qu'à l'asge de deux ans, il ne se tenoit pas encore sur ses jambes. Pourtant, dans mes lointains souvenirs, il ne me semble point que sa naissance fut plus compliquée que celles de ses frères et soeurs qui suivirent. Seule sa soeur aisnée, qui naquit en 1669, me laisse le souvenir d'un accouchement long et éprouvant. Je ne sçaurais vous expliquer exactement pourquoy le duc du Maine souffrait de ce problème; les médecins eux-mesmes n'ont jamais pu clairement me le dire. Peut-estre est-ce une malformation de naissance. On m'a rapporté esgalement que mon fils avoit fait une chute des bras de madame Scarron lorsqu'il estoit très jeune et que cela a pu avoir des conséquences sur le développement de ses membres. On a aussy esvoqué une poussée trop brusque et trop violente de ses dents. Louis-Auguste fit d'abord un séjour à Anvers puis deux à Barèges accompagné de madame Scarron. Il fit quelques progrès  mais ne put jamais marcher comme les autres enfans.

Le duc du Maine souffrit probablement de cette différence mais je n'estois pas assez proche de luy pour qu'il se confit à moy sur ce point.

Je ne saurais vous dire pourquoy vous ne pourquoi vous ne parvenez pas à joindre madame de Maintenon. Peut-estre est-elle trop occupé pour pouvoir vous respondre. J'évite de correspondre avec elle estant donné nos différends passés. Prenez donc contact avec la direction de Dialogus qui a la bonté de me faire parvenir vos lettres.

Votre histoire m'a beaucoup touchée. Vous devez estre bien courageuse mademoiselle. N'attachez pas d'importance aux regards des autres et mettez donc en avant vos qualités qui, j'en suys sure, effaceront bien vite aux yeux de ceux qui vous entourent, votre petite différence physique. Gardez tousjours confiance en vous.

Bien à vous,

Athénaïs de Montespan

Chère marquise,
 
Je vous remercie encore une fois de vos réponse à mes questions. Je comprends que vous ne vouliez pas correspondre avec Françoise à cause de vos différends dans le passé. Je vais tout de même essayer de la contacter.
 
Je vous remercie pour votre gentillesse à mon égard. Cela m'a beaucoup touchée.
 
Prenez soin de vous.
 
À bientôt!

Chère Kristina,
 
Il est normal de soutenir une jeune fille comme vous qui fait preuve de gentillesse et de courage. Portez-vous bien et n'hésitez point à m'escrire de nouveau.
 
Athénaïs de Montespan