Quentin-Louis
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Bonne d'Heudicourt

    Madame,

Je suis fort aise que de pouvoir correspondre avec vous, l'illustre Françoise Athénaïs de Rochechouart Mortemart, que j'estime au plus haut point.

Je ne sais si vous pourriez me renseigner mais je souhaiterois en connaistre un peu plus sur la vie de Bonne d'Heudicourt. Mes recherches sur cette personne sont vaines et je ne parviens point à obtenir de renseignements exhaustifs sur cette dame.

Estoit-elle vostre amie? Qu'en estoit-il lors de son retour à la cour, après la disgrasce qu'elle connust? Selon une biographie quelque peu romancée de madame de Maintenon, c'est sur l'entremise de madame d'Heudicourt que vous confiastes l'éducation de vos enfants d'avec Sa Majesté à la veuve Scarron -qui élevoit effectivement la jeune demoiselle d'Heudicourt. Or il est en mesme temps soutenu que cela est vostre soeur, madame de Thianges, qui vous la recommandastes. Pourriez-vous, je vous prie madame, m'éclairer davantage?

Je vous saurais un gré infini, madame, de vostre réponse et vous présente mes humbles hommages.

Votre dévoué serviteur,

Quentin-Louis

Cher Quentin-Louis,

Je vous remercie tout d’abord pour ces quelques mots fort aimables à mon sujet.

Bonne d’Heudicourt… Je l’avois presque oubliée tant cela fait lontemps que nous ne nous parlons plus, mesme asprès son retour en grâce sur les instances de Madame de Maintenon ausprès de Sa Majesté. Vous désirez donc en sçavoir davantage sur cette femme. Je vous dirais que nous estions bonnes amies et que nous fréquentions ensemble les salons de Paris, notamment celui des d’Albret. À cette espoque, Bonne n’estoit pas encore mariée et se nommoit Mademoiselle de Pons. Elle se ventoit d’avoir esté remarquée par le Roy qui devoit alors feindre de l’aimer pour dissimuler ses amours avec Madame dont Bonne et moy mesme estions alors demoiselles d’honneur. Toutefois, vous devez sans doute sçavoir que Louis a préféré Mademoiselle de La Vallière à Mademoiselle de Pons.

Bonne a espousé en 1666 Michel d’Heudicourt dont elle a eu deux enfans: Auguste et Louise. Cette dernière, née en 1668, avoit esté confiée à Madame Scarron qui passoit pour aimer les enfans malgré qu’elle n’en avoit pas.

Lorsque je me retrouvois une seconde fois grosse des oeuvres du Roy, Bonne me parla de cette femme qui s’occupoit si bien de sa fille. Cependant, je ne m’ arrêtois pas aux dires de Madame d’Heudicourt pour engager Madame Scarron. Ma soeur, Madame de Thianges, et mon frère, le duc de Vivonne, m’assurèrent de la discrétion de Françoise. Avec tous ces avis en faveur de Madame Scarron, je décidois donc de la prendre à mon service. Si j’avois su...

Au plaisir de vous relire,

Athénaïs de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan