Céline
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Amour pour vos enfants

   

Bonjour Madame,

Je m'intéresse beaucoup à vous et je voudrais en savoir davantage, car on vous dit sans amour pour vos enfants!

Avez-vous aimé vos enfants, avez-vous pleuré la mort de vos enfants et vous en êtes-vous occupé comme une vraie mère affectueuse?

Mes respects,

Céline


Chère Céline,

Où donc avez-vous entendu dire que j'estois sans amour pour mes chers enfans? Probablement de ceux qui ont la faveur de la Marquise de Maintenon. Celle-ci a tousjours trouvé que je m'occupois fort mal de mes enfans et ne se genoit point pour me le faire savoir. Françoise ne trouvoit pas raisonnable que je gâte mes petits trésors lorsque je venois les voir et que je les laissois veiller tard lors des fêtes. À cela, je répondrai que ma fonction de favorite royale m'a empêchée de m'occuper de mes enfans.

La maîtresse du Roy se doit de paraître et n'a guère de temps pour se retirer en privé afin de remplir son rôle de mère. Durant le peu de tems au cours duquel je pouvois rendre visite à mes enfants ou me les faire amener dans mes appartements, je les gâtois pour essayer de compenser le peu de tems que je passois avec eux. Ils estoient ravis lorsqu'ils avoient la permission de rester au divertissement bien que cela les fassoient aller se coucher tard. Mais ce n'estoit pas tous les soirs que je gardois mes enfans avec moy. La plupart du temps, Madame de Maintenon veilloit à ce qu'ils soient couchés fort tost.

J'ay peut estre mal aimé mes enfans, je le confesse, mais je les ais aimés. La preuve en est que Louise-Françoise et moy sommes très proches l'une de l'autre, Louis-Alexandre et Françoise-Marie ont tousjours eu pour moy de tendres sentiments. Mademoiselle de Nantes qui pourtant a esté élevée par Madame de Maintenon n'a jamais aimé sa gouvernante. Quant à Mademoiselle de Blois et au Comte de Toulouse, j'ai eu la joie de les avoir plus souvent ausprès de mo, car je cessois d'estre la maîtresse de Louis alors qu'ils estoient en bas asge. Par ailleurs, Françoise avoit refusé de s'en occuper.

Par contre, concernant le Duc du Maine, celui-cy a tousjours considéré la Marquise de Maintenon comme estant sa véritable mère. Il faut dire que celle-cy voyoit en luy le fils qu'elle n'avoit jamais eu et qu'elle porta tout son amour sur luy au détriment de son frère et de ses soeurs.

Je n'ai pu montrer mon chagrin lors de la mort du premier enfant que j'ay donné à Louis, car nul à la cour ne devoit apprendre son existence, le Roy n'ayant pas encore trouvé le moyen de légitimer nos enfans sans nommer la mère. Bien que j'ai dû pleurer le décès de cet enfant en silence, j'avois de la peine encore que je ne connaissois pas beaucoup ma fille aisnée. En revanche, la disparition de Louise-Anne en 1681 m'a anéantie, et après sa mort, j'ai mesme cessé de combattre Madame de Maintenon pour garder l'amour de Sa Majesté. Quant à Louis-César, depuis l'asge de trois ans, il estoit continuellement malade. Je le veillois très souvent et pleura énormément son trépas alors qu'il n'avoit pas onze ans.

Quant aux enfans que j'eus de mon espoux, je n'ai pu les avoir auspres de moy bien longtems. Nous avions décidé d'envoyer Marie-Christine chez la mère du Marquis de Montespan dès l'asge de trois ans pour qu'elle fasse son éducation religieuse. Une fois que Louis-Henry eut appris que j'estois devenue la maîtresse du Roy, il éloigna notre fils Louis-Antoine et me fit passer pour morte. Ce n'est que bien des années plus tard que je revoyois mon fils. Je n'ai jamais pu revoir ma fille décédée à l'asge de onze ans, bien loin de moy.

Quoi que vous puissiez penser chère Céline, j'espère ne pas vous choquer en vous apprenant qu'à nostre espoque, de nombreuses mères s'occupent fort peu de leur enfans, les laissant aux soins de leurs gouvernantes. Pour ma part, j'ay cherché à estre une bonne mère, mais les circonstances de ma vie ne me l'ont pas tousjours permis.

Mes amitiés,

Françoise-Athénaïs de Rochechouart Mortemart
Marquise de Montespan


Madame,

Merci pour toutes ces explications! Maintenant, je vous connais mieux et vous me paraissez une femme aimante!

Dans certains films, on vous présente comme sans amour pour vos enfants et sans coeur, de là ma question: Avez-vous eu d'autres amours à part le Roi?

Mes amitiés,

Céline


Très chère Céline,

Ce fut un plaisir que de pouvoir vous respondre. Je me doute bien qu'en raison du peu de temps que je passois avec mes enfans, certains ont pu penser que je ne les aimois pas surtout si ils se fioient à Madame de Maintenon. Je ne le dirai jamais assez, je luy suis fort reconnaissante pour tous les soins qu'elle prodigua à mes enfans, mais Françoise a voulu prendre ma place de mère dans le coeur de ces petits et y est parvenue avec Louis-Auguste qui ne se soucie plus de moy et me considère depuis longtems comme une étrangère.

Comme je l'ai desjà dit dans plusieurs missives, j'ay vécu un amour avec la personne de Louis-Alexandre, Marquis de Noimoutiers, et ce seroit mentir que d'affirmer que les premiers moments passés avec mon espoux ne furent point parsemés de sentiments amoureux. Je vous conseille donc de lire la lettre «vos amours» si vous désirez en savoir davantage. Bien entendu, je demeure preste à vous respondre si vous avez d'autres questions.

Bien à vous,

Athénaïs de Montespan


Madame, bonjour,

C'est pour moi un plaisir d'avoir une réponse de vous qui chaque fois m'éclaire mieux sur vous. Je trouve que Mme de Maintenon vous a fait un tort énorme et causé beaucoup de chagrin! Dans les films, on la représente comme victime de votre colère. Est-ce vrai?

Moi je ne pense pas!

Mes amitiés,

Céline


Bien chère Céline,

Je puis vous assurer que le plaisir est partagé, car vos missives me font sortir de la vie de maintenant où les jours sont quelque peu monotones et sans grande surprise.

Je ne peux nier que Françoise m'a fait souffrir. Lorsque je luy ai proposé d'élever les enfans que je donnois au Roy, Madame Scarron estoit dans la pauvreté et ne parvenoit à se maintenir dans la société que grâce à ses amies. On m'avoit vanté sa gentillesse, son intelligence, sa discrétion et son amour naturel pour les enfans. Elle estoit la personne idéale à mes yeux. J'ay cependant dû insister auspres de Louis pour qu'il l'accepte, car Sa Majesté la considéroit comme estant une précieuse. Madame Scarron est venue s'installer à la cour au début de l'année 1674, Louis ayant légitimé nos enfans en décembre 1673. C'est à partir de cette date que nos relations se sont desgradées. Durant plus de quatre ans je n'avois pu estre très souvent avec mes enfans qui vivoient loin de moy avec Madame Scarron. Dès l'instant où ils estoient près de moy, je désirois me comporter comme une véritable mère. Cela ne plut guère à Françoise qui considéroit mes enfans comme les siens, plus particulièrement le duc du Maine qui a tousjours vu en sa gouvernante sa mère de coeur.

Aspres avoir donné à Madame Scarron une place et une rentrée d'argent, c'est encore moy qui proposa à Louis de lui donner la terre de Maintenon, car Françoise vouloit un endroit bien à elle comme j'avois Clagny. En revanche, je ne pouvois imaginer que Sa Majesté alloit lui donner le titre de Marquise. J'ay tousjours accordé beaucoup d'importance au rang défini par le sang. Moy qui descend de l'illustre famille des Mortemart, je voyois là une femme mise au mesme rang que moy sans avoir de noblesse dans le sang et ayant pour père un assassin. Je me doutois bien à partir de là qu'il se passoit quelque chose entre elle et le Roy, surtout qu'elle n'avoit plus peur de faire à sa manière avec mes enfans quitte à aller contre ma volonté. Je subissois son impertinence alors que le Roy sembloit lui trouver toutes les qualités du monde. Un jour, alors que Françoise estoit installée depuis peu à la cour, elle me conta fièrement un songe qu'elle avait fait: elle et moy montions le grand escalier dans les jardins de Versailles et Françoise me voyoit devenir de plus en plus petite tandis qu'elle devenoit de plus en plus grande. Ce songe révéloit bien ses ambitions, bien que je luy intimois l'ordre de se taire et luy dit qu'elle estoit bien effrontée d'oser penser pareilles sottises.

J'ay offert du pain à Madame de Maintenon ainsy que mon amitié. Voir qu'elle a su tirer profit de cette situation pour se rapprocher de Sa Majesté me fait beaucoup de peine. Elle pouvoit bien aspres cela estre, comme vous l'escrivez, victime de ma colère. Aurois-je donc dû la laisser me prendre l'amour de Louis sans combattre? J'estois son amie et elle s'est faite mon bourreau. J'avois confiance en elle et lui livrois tous mes chagrins et mes craintes dont elle sut tirer avantage.

À bientost chère Céline,

Athénaïs


Bonjour Madame,

Merci de cette réponse! Après que vous avez été accusée de l'affaire des poisons, le Roi a pris comme favorite Madame de Maintenon? Après cela, avez-vous revu le Roi et est-ce que vous êtes retombée amoureuse ou autre?

Merci pour tout,

Mes amitiés

Céline