Authiea
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

À ma lointaine parente...

    Madame

Je suis issu de votre famille, par ma mère et depuis de nombreuses années, je cherche à mieux vous connaître. Quel plaisir aujourd'hui de pouvoir le faire!

Je crois que mon métier de psychothérapeute m'a beaucoup rapproché de vous, notamment par les recherches et le travail psychothérapeutique touchant à la psychogénéalogie...

J'ai aujourd'hui l'intime conviction que vous êtes une femme fort intelligente et spirituelle qui a marqué son temps... Car c'est bien grâce à vous que le génie de Racine, Molière, La Fontaine, Lully et de bien d'autres que vous avez côtoyés nous est parvenu.

Je pense que vous avez eu quelques difficultés à vous faire à la mesquinerie et à la petitesse d'esprit des parvenus et autres parangons d'hypocrisie qui s'accrochent systématiquement au lustre de la cour de France de cette époque. Je crois que vous n'étiez pas préparée à cela et que vous avez dû composer. Mais, et cela démontre une intelligence supérieure, vous ne vous êtes jamais contrefaite, gardant votre tête face à ceux qui ne fonctionnaient qu'avec une moelle épinière.

On vous a accusée des pires crimes, et même encore au début du XX° siècle, des écrivains «petit-bourgeois-bien pensants» ont continué à lâcher contre vous les pires ragots qui sont devenus la mouture du fantasme selon lequel vous seriez une empoisonneuse.

La bêtise souvent cruelle de leurs jugements hâtifs et étriqués a réussi à cimenter un consensus névrosant qui fait malheureusement valeur étalon du bien, du noble et du «comme il faut» cher à la fin du règne quelque peu mâtiné par «la marque Maintenon».

Ces allégations mensongères ne tiennent pas debout, si l'on y regarde de plus près. Sachez que vous avez vos défenseurs, tels des historiens comme Jean-Christian Petitfils ou Michel de Decker ou encore Michel de Grèce et même Catherine Decours avec son très bel ouvrage: «Aimée du Roy».

Je crois que ces auteurs, loin des enfermements poussérieux et paranoïdes de leurs prédécesseurs ont su vous peindre au plus près et je pense au plus juste.

Je les en remercie, pour vous, pour l'Histoire et pour l'esprit Mortemart qui m'anime. Voyez que cet esprit si particulier perdure et traverse les siècles avec bonheur, quelques soient les difficultés du chemin.

À très bientôt, chère Athénaïs.

David-Gabriel Authié de Mortemart



Très cher David-Gabriel,

Ainsy donc, nous sommes parents. Je suis ravie d'apprendre que mon illustre famille a perduré et traversé les siècles. Le légendaire esprit des Mortemart se retrouve donc tousjours parmi quelques personnes du futur, dont vous très cher parent, au vu de la langue dont vous usez dans vostre missive; vous y mettez là beaucoup de finesse. Il me fait grand plaisir de constater également que vous avez su faire la part des choses et que vous n'avez point donné d'importance aux calomnies que bien des contemporains ont dû respandre à mon sujet. Cette terrible affaire des poisons me colle tousjours à la peau et doit nuire fortement à mon image, à mon espoque comme à la vostre. Mais je demeure en paix, car je n'ay rien à me reprocher et j'ay la conscience tranquille. Je sais que Dieu au moment de la mort ne pourra me faire payer des crimes qui ne sont pas miens.

Vous me réchauffez le coeur, Monsieur mon cousin, en m'apportant la bonne nouvelle que certains n'accordent pas le moindre crédit aux méchantes rumeurs dont je suis victime. Ces derniers qui écrivent donc sur moi doivent avoir bien de l'esprit et du jugement pour tenter de rétablir la vérité.

Mais quoique l'on puisse dire à nostre sujet, nous les Mortemart savons garder la tête haute malgré les fâcheuses circonstances et les difficultés rencontrées. Je suis fière que les descendants de nostre famille aient conservé l'esprit, la fierté, l'honneur et les principes fondamentaux de cette prestigieuse maison.

Je vous remercie encore mon cher pour le bonheur que m'a procuré vostre lettre, et vous rends grâce pour tous les compliments dont vous couvrez ma modeste personne. Je reste vostre obligée Monsieur.

Avec toute mon amitié et ma considération,

Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart

Marquise de Montespan