Gaïa
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Sept questions

    Chère Athénaïs (excusez le ton familier de ma lettre),

Bonjour. J'ai 13 ans, je me nomme Gaïa. Votre présence sur Dialogus m'a causé une grande surprise et un grand plaisir. Ainsi, j'ai quelques questions à vous poser:

1) Votre mari s'occupe-t-il de vous là où vous êtes?

2) Vos relations avec Mme Scarron étaient-elles amicales et/ou tendues?

3) Quelles relations entreteniez et entretenez-vous avec vos enfants?

4) Une question qui vous paraîtra stupide: Vous frisiez-vous les cheveux, ou étaient-ils bouclés naturellement?

5) Quels sont vos plus grands regrets?

6) Vos plus grandes joies?

7) Quelles sont et quelles étaient vos activités favorites?

Je serais votre éternelle obligée si vous répondiez ne serait-ce qu'à une seule de ces sept questions.

Votre servante,

Gaïa.

PS:Je vous demande bien pardon du ton familier de ma lettre, des questions indiscrètes et du dérangement que j'occasionne...



En cette année 1704

Chère Gaïa,

Encore une missive qui me replonge dans mes souvenirs. Je suis ravie de sçavoir qu'une jeune fille comme vous avoit haste de s'entretenir avec moi. Je respondray à vos questions dans l'ordre dont vous avez usé pour les poser.

Vous devez sçavoir, très chère, que j'ai quitté la cour en 1691. Je me suis installée à Fontevrault chez ma soeur Marie-Madelaine-Gabrielle. Celle-ci est en ce moment bien mal. Je vais parfois au couvent de Saint-Joseph à Paris que j'ai créé. Mon espoux le marquis de Montespan est décédé en l'année 1701.

Les relations que j'eus avec Madame de Maintenon furent d'abord bien amicales. A l'epoque où je la rencontray, elle estoit Madame Scarron. Elle avoit beaucoup d'esprit, ce qui me plut tout de suite et eleva si bien les enfans que j'eus du Roy. Nos relations furent ensuite bien plus tendues lorsque nous eusmes des desaccords au sujet de mes enfans. Françoise passoit aussy beaucoup de tems avec Louis, ce qui me chagrinoit bien. Je quittay Versailles sans mesme lui dire adieu.

A ce jour, j'ai encore de très bonnes relations avec mon fils aisné, Louis-Antoine qui me visite parfois. Des enfans que j'eus du Roy, il n'y a plus que ma chère Louise-Françoise et le comte de Toulouse qui me soient encore attachés. Le duc du Maine ne m'a jamais portée en son coeur et a tousjours préféré la compagnie de la marquise de Maintenon à la mienne. Ma dernière fille Françoise-Marie, ne se préoccupe plus guère de moi depuis mon depart de la cour. Quant à mes chers Marie-Christine, Louis-Cesar et Louise-Marie, ils sont morts en bas age. Je les aimois bien et regrette aujourd'hui de ne point avoir passé plus de tems auprès d'eux.

Mes cheveux ont toujours bouclé naturellement. Lorsque j'estois encore à la cour, je mettois souvent des rubans dans ma chevelure.

La chose que je regrette le plus est bien certainement de ne point avoir esté assez présente pour mes enfans. Mais il estoit bien difficile de conjuguer l'education de ses enfans avec les devoirs de la cour. Je pleure également la mort de plusieurs de mes petits thresors.

Ma plus grande joie fut bie sûr d'estre aimée du Roy bien que je ne le cherchasse point. Je suis aussy bien contente de la situation dans laquelle se trouvent mes enfans à ce jour. Ils ont su briller dans une cour qui ne les apprécia point tousjours. Je suis pareillement fière des petits-enfans qu'ils m'ont donnés.

Lorsque j'estois encore à la cour, je prisois les fêtes, les promenades et le jeu. Aujourd'hui, je m'occupe des pauvres gens dans le besoin.

J'espère avoir respondu à vos attentes,

Chaleureusement,

Athénaïs marquise de Montespan



Je ne sais comment vous remercier d'avoir éclairé ces points obscurs! Je vous sais gré d'y avoir INTÉGRALEMENT répondu! Cependant, l'on dit que le sang appelle le sang, et bien pour moi, je transforme cette maxime en «les réponses appellent les questions». En effet, il me vient d'autres questions qui dansent comme des farandoles dans ma tête:

1) Correspondez-vous encore avec des gens de la cour?

2) Dans quelles conditions vous êtes-vous mariée avec M. de Montespan?

Cette courte missive ne saurait refléter le bonheur dans lequel je suis en entretenant une correspondance avec vous.

Votre éternelle obligée et servante,

Gaïa.



Mademoiselle Gaïa,

Pour respondre à vostre première question, je ne corresponds plus qu'avec certains de mes enfants demeurés à la cour, la duchesse de Bourbon et le comte de Toulouse. Il m'arrive parfois de me rendre chez les carmelites pour visiter cette chère Louise de la Vallière. Mais je n'ay point gardé de relations avec d'autres personnes, j'ai choisi de me retirer de ce monde depuis déjà fort longtemps.

En ce qui concerne mon feu époux le marquis de Montespan, il n'estoit point convenu que je devinsse sa femme au commencement. J'ai failly épouser Louis-Alexandre, marquis de Noirmoutiers. Hélas, il participa à un duel et deut s'exiler au Portugal. J'estois bien peinée de son départ précipité. Henry de Montespan estoit un ami du marquis de Noirmoitiers et patageoit mon chagrin. Il sçeut me réconforter et bien vite, il fut question de mariage entre nous.

J'eus la chance de faire un mariage d'inclination et non d'arrangement comme il y en avoit si souvent à l'époque. Nous nous sommes unis le 28 janvier 1663. Mais comme vous devez le sçavoir, l'amour qui m'unissoit à Henry ne dura point.

Je suis bien aise de savoir que vous appréciez cette correspondance très chère.

Françoise, marquise de Montespan.



Je n'osais espérer une réponse à mes questions indiscrètes, et suis bien aise de voir que vous y répondez. L'un de mes rêves les plus chers était de correspondre avec vous. Me voilà exaucée.

Je vous remercie de ce petit bonheur que vous m'apportez. Je m'excuse de la petitesse de ma lettre, mais je n'ai pas l'art de la conversation, contrairement à vous...

Encore mille mercis, votre dévouée, Gaïa.



Chère Gaïa,

C'est tousjours un plaisir de correspondre avec des personnes telles que vous. Je suis ravie de savoir que vous souhaitiez m'escrire depuis longtems. Je me tiens à vostre disposition si vous avez d'autres questions.

Sachez quand mesme, Mademoiselle, que ce n'est point la longueur de vostre missive ou de vostre conversation qui fait que vous avez de l'esprit, mais plutost ce que vous y dites. Ainsy, une lettre peut estre courte et reveler un grand esprit pour peu qu'elle soit interessante.

Chaleureusement,

Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart

Marquise de Montespan



Merci pour votre lettre: elle m'a redonné confiance en moi! Je ne puis vous en dire plus aujourd'hui, car mon précepteur de maths va bientôt venir!

Gaïa.



Chère Gaïa,

Je suppose que vous me parlez là de mathématiques? Je suis bien aise qu'une jeune fille telle que vous se préoccupe fort de recevoir une bonne éducation. C'est un tort de ne point profiter de l'enseignement nécessaire qui prépare à la vie adulte.

Je suis bien heureuse si j'ai pu vous redonner confiance et espoir.

Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart

Marquise de Montespan