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Jean
écrit à

Jacques Mesrine


Ta brutalité


   

Cher Jacques,

Quand on se réfère aux autres grands voyous connus sur la place publique, les qualificatifs de «violent» et «brutal» ressortent invariablement en ce qui te concerne dans les discussions. Je trouve cela injuste car de nombreuses personnes ignorent tes prises de positions sur la politique, les Q.H.S., etc.

Tu as vécu comme un lion et non en mouton: moi je n'ai pas le courage de rugir; mais peut-être suis-je plus sage que toi, car celui qui vit par le glaive meurt par le glaive.

Je te souhaite une bonne lecture,

Jean (qui n'a pas d'immeuble, n'est ni milliardaire, ni un industriel. Je plaisante)


Paris, 1er novembre 1979

Bonsoir Jean,

Vous savez, le monde du banditisme n’est pas un conte de fées! Je veux dire par là, et je suis sûr que vous vous en doutez, que pour y survivre, voire y vivre, il faut s’imposer. Or, ce type d’attitude passe inexorablement par la force. La persuasion est une chose, mais s’imposer par la force physique en est une autre. Encore que, si je puis me permettre un parallèle, dans une société, une entreprise ou toute autre chose du même type, ce type de comportement n’est pas un cas isolé. L’homme est de cette nature-là: écraser son prochain pour mieux régner. D’une certaine façon, le banditisme possède cette particularité d’être un monde où tout se fait en face-à-face. Je dis d’une «certaine façon», car là encore vous vous en doutez, les balances, faux-culs et autres pisse-trois-gouttes font plutôt dans votre dos que face à vous.

Maintenant, oui, il est des épisodes de ma vie où j’ai usé de violence et de brutalité, mais sachez que c’est toujours par nécessité de survie. J’ai toujours marqué un point d’honneur à ce que mes hold-up et autres prises d’otages se fassent dans le calme le plus total. À ce titre, j’ai toujours eu la réputation de posséder un sang-froid à toutes épreuves. Bien-sûr, j’ai tiré sur des flics, mais là encore, par besoin de ne pas me faire serrer. Évidemment, je n’ai pas été tendre avec un type comme Tillier. Mais bon, lorsqu’on s’en prend à Mesrine, il faut avoir conscience des risques que cela encourt. Alors à ce type qui m'a pris pour un con, et qui ne savait rien faire d’autre que de tremper son stylo dans un bac à chiottes pour en sortir de la merde, je ne pouvais que répondre par la violence.

Cordialement,

Jacques Mesrine

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