Retour en page d'accueil de Dialogus

Serge
écrit à

Jacques Mesrine


Robert Boulin


   

Bonjour Monsieur,

J'aimerais savoir si vous établissez un lien entre l'opération policière de la place de l'étoile et le prétendu suicide de Robert Boulin.

Merci,

Serge


Paris, 1er novembre 1979
 
Bonjour Serge,
 
Oui, effectivement, comme tout le monde je viens d'apprendre le suicide (?) de Robert Boulin. Maintenant, à ce jour, 1er novembre, concernant ce que vous nommez «l'opération policière de la place de l'Étoile», je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parler. À vrai dire, je ne tiens pas à le savoir.
 
Cordialement,
 
Jacques Mesrine


Comment se fait-il que ma question concernant le suicide de Robert Boulin n'apparaisse pas dans votre listing?

C'est vrai qu'aujourd'hui, au 1er novembre 1979, on ne peut pas dire ce que l'on veut de cette mort. Avez-vous remarqué comment sont les Français dans la rue aujourd'hui? Médusés, ils sont médusés. Demain, ils auront trouvé quelque chose de mieux pour nous faire oublier le pire... Mais attention, le mieux des uns est le pire de certains autres...

Bon courage,

Serge

Paris, 1er novembre 1979
 
Bonjour Serge,
 
Voyez-vous, Dialogus est une machine assez compliquée. Entre le moment où vous m'écrivez, le moment où je reçois cette lettre, que j'y réponde, que vous la recevez, il y a tout un ensemble de paramètres qui font que tout n'est pas automatique. Si votre lettre concernant le suicide de Boulin n'est pas encore dans mon listing comme vous dites, elle le sera tôt ou tard. Pour preuve, d'autres missives auxquelles j'ai répondu un peu plus tôt dans la journée (ce qui, peut-être, peut correspondre à plusieurs mois pour vous), ne sont pas encore présentes sur ce que l'on nomme ma page d'accueil. Donc, pas d'inquiétudes à avoir.
 
Concernant la stupéfaction des Français, que voulez-vous que je vous dise? Si ce n'est que j'ai eu vite fait de comprendre que pour échapper à cette léthargie ambiante, il convient de vivre dans l'action. Je me souviens, à la sortie d'un braquage, d'avoir dit à l'un de mes complices que nous venions d'apporter un peu de bonheur dans la vie morne de la caissière. En effet, cette femme me semblait tellement livide, tellement absente, que ce braquage, qu'il soit de Mesrine ou non, peu importe, avait activé certains muscles de son faciès, endormis depuis bien longtemps. Vous rendez-vous compte qu'à ce niveau, le fait d'être hors-la-loi est une possibilité pour dérider monsieur-tout-le-monde! Un comble, non?
 
Quant au mieux de demain? Hum..., à la finale, le prochain ennemi public numéro 1 (s'il y a) sera peut-être bien pire que moi! Peut-être que le monde policier et le monde politique regretteront ce dont ils se plaignent aujourd'hui. Vous savez, même si j'ai toujours été radicalement à part du milieu, il n'empêche que j'y porte un œil. Or, ce que j'en devine pour les années futures ne m'inspire rien de bon. À la finale, j'ai cette sensation désagréable d'être le dernier des bandits d'honneur. Demain, je ne suis pas persuadé que les gangsters auront toujours cette même nature à respecter leur parole et les codes qui vont avec!
 
Cordialement,
 
Jacques Mesrine
************************Fin de page************************