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Duma
écrit à

Jacques Mesrine


Paix


   

Monsieur Mesrine,

J'avais une question à vous poser que j'ai depuis un moment en tête... Quand on est un criminel comme vous, regrette-t-on ses crimes? Culpabilise-t-on?

Cordialement,

Duma


Paris, 1er novembre 1979

Duma,

Il faut que vous sachiez une chose, et celle-ci va peut-être vous surprendre, mais je n'ai jamais tiré sur quelqu'un gratuitement. Je veux dire par là que tout ce qui est sorti de mon flingue n'avait qu'une seule et même finalité: celle de me sortir des emmerdes qui pointaient le bout de leur nez. C'est très simple à comprendre finalement. Votre question est légitime car j'ai la réputation du gangster, du bandit, donc de celui qui tire sur l'innocent. Mais ça, c'est le préjugé, car la différence entre vous et moi, c'est justement cette étiquette. Pourtant, et je ne vous le souhaite pas, si demain, dans une situation quelconque, on voulait porter péril à vos proches ou à vous-même, sans doute que si vous disposiez d'une arme, vous n'hésiteriez pas à vous en servir en dernier recours. Il en va de même pour moi. Alors bien sûr, on parle souvent de l'épisode des deux garde-forestiers canadiens. Mais notre but n'a jamais été de les tuer. Bien au contraire: avec Jean-Paul, nous avons tout essayé avant d'en arriver là. Bien sûr également, ils ont voulu faire leur boulot et remplir leur devoir. Malheureusement pour eux, le sort de la scène n'a pas joué en leur faveur. Mais c'était eux ou nous. Qu'auriez-vous fait à notre place? Vous auriez gentiment tendu vos poignets pour qu'ils soient menottés?

Je n'ai strictement aucun regret de ce que j'ai pu faire. S'il en a été ainsi, c'est que les choses étaient appelées à se produire de la sorte. Dites-vous bien que pour moi, le criminel, c'est celui qui flingue, qui élimine, qui tue, gratuitement; or, ça n'a jamais été mon cas! Dites-vous également que dans le monde du banditisme, il y a rarement des déséquilibrés qui tirent sur la foule, comme ça, pour le simple plaisir de tuer. Par extension, et c'est logique, dans le gangstérisme, l'origine du coup de feu ne vient jamais du bandit, mais de celui d'en face qui veut jouer au héros d'un jour.

Cordialement,

Jacques Mesrine

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