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Nedje
écrit à

Jacques Mesrine


Mise à mort


    Bonjour Jacques,

Après avoir vu le film de votre vie, interprétée par Vincent Cassel, j'ai été bouleversée car je vous trouve un côté attachant et très humain, cela n'excusant bien entendu pas vos méfaits. Votre attachement à combattre le système ne m'a pas laissée indifférente et c'est pourquoi j'ai trouvé la fin de votre vie dramatique. On ne vous a laissé aucune chance, pas même celle de vous porter devant la justice, c'était une réelle mise à mort! Les faits sont-ils exacts, était-ce réellement ainsi qu'on vous a abattu, arrêté à un feu rouge?

Est-ce votre compagne qui a relaté votre histoire, car elle a survécu, si je ne m'abuse?

Merci pour votre future réponse.

Bonne soirée,

Nedje

Paris, 1er novembre 1979

Nedje,

Je ne sais pas trop ce que je dois répondre à votre lettre. En effet, vous me parlez d’un futur que je me refuse de connaître. Et pourtant, je reste lucide. Je sais qu’ ils finiront par m’avoir tôt ou tard. À la finale, c’est logique et ça fait partie de la règle du jeu. Vous écrivez que ma fin sera dramatique. Simple histoire d’interprétation, non? Lorsqu’on vit par les armes et la violence, c’est très rarement que l’on finit octogénaire dans son lit! Mais une chose est sûre, quel que soit le paramètre qui décidera de ma fin, ce sera sans aucun doute les armes à la main que je tomberai. Voyez-vous, le dramatique, ce serait de mourir d’une manière totalement différente de celle sous-entendue par la vie que l’on a décidé de mener. Or, Mesrine, Ennemi Public Numéro 1, sait probablement, ne serait-ce qu’inconsciemment, la finalité de tout ceci.

Maintenant, combattre le système est une chose qui me touche particulièrement. Mais je ne suis pas un justicier, ni un héros. Non, je suis un homme d’action, sans doute pas trop con, et qui justement fait des actions que tout le monde ne ferait pas. À la finale, je suis un type révolté qui vit sa révolte.

Quant au film que vous évoquez, joué en votre époque par un certain Vincent Cassel, partant du principe que je suis un type bourré d’orgueil, doublé d’un mégalomane prononcé, que voulez-vous que je vous dise? Si ce n’est que je ne peux qu’être que satisfait que dans trente ans, Mesrine sera encore dans la mémoire collective.

Bien à vous,

Jacques MESRINE



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