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Jean-Pierre
écrit à

Jacques Mesrine


Le Meurtre


   

Cher ami,

Je ne sais pas comment vous avez fait pour arriver à échapper aux griffes de la mafia sicilienne, mais j'aimerais beaucoup que vous me contiez votre évasion du pénitencier français de Fleury-Mérogis à la suite de votre hold-up.

J'ai singulièrement l'idée que vous seriez étonnamment surpris par ma cavale trépidante qui s'est extrêmement mal terminée à la suite d'une pression considérable, un peu comme vous sous celle de la détente du révolver.

Amicalement,

Jean-Pierre bogoss

P. -S.: j'espère que vous aurez assez de place pour me répondre dans votre tombe.


Paris, 1er novembre 1979

Monsieur,

Vous parler de mon évasion du 8 mai 1978 de Fleury-Mérogis ne vous apprendra rien de plus que ce que vous savez (sans doute) déjà par les médias ou bien encore par le biais de ce que je raconte dans «L’instinct de mort». Vous comprendrez qu’un tel projet a nécessité des complicités et des rouages que je ne peux vous expliquer au risque de compromettre certaines personnes se devant d’être protégées. C’est ainsi! J’ai une parole et je la respecte. La seule chose que je soulignerai, c’est qu’une telle évasion ne peut s’accomplir sans l’aide d’un complice chevronné et sur qui l’on peut compter. Aussi, François Besse possède-t-il cette trempe des types qui en ont dans le sac et qui ne jouent pas les pleureuses devant la première difficulté.

Oui, je n’ai qu’une parole et je la respecte, tout comme j’en attends autant des hommes avec qui je travaille. Il en va de même avec les flics. On a beau se tirer dessus, un type comme Broussard se doit d’être respecté, car il respecte ce qu’il y a en face de lui. Tout ça pour dire que l’évasion de la Santé n’aurait pu se faire, du moins, réussir, avec un gus qui dès qu’il a un peu d’oseille, se la joue à Dupont-Ducon. Tout pour la flambe et l’artiche, le jeu du bourgeois et son côté individualiste. Ce genre de type qui oublie le pote en cabane, la famille dans le besoin et le bavard qui attend son oseille. Les vrais de vrai, on les croise dans les coups durs et en taule. Ils ne jouent pas à l’autruche, mais marchent la tête haute. Sourd, aveugle et muet. En somme, pas le genre de type prêt à balancer sa mère! Plus besoin de leur foutre une tarte dans la gueule, ils passent à table avec complaisance! Bref, vraiment, l’escapade de Fleury n’aurait pu se faire avec ce genre de tarlouze!

Quant à ma tombe, ce n’est pas encore aujourd’hui qu’ils vont m’y enfermer!

Cordialement,

Jacques Mesrine

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