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écrit à

Jacques Mesrine


Votre arrestation ?


   


Que pense Mesrine de sa tragique arrestation par la police française?


Paris, 1er novembre 1979

Bonsoir,

Vous me parlez de ma tragique arrestation par la police française. Je ne sais laquelle vous mentionnez précisément mais, voyez-vous, il est pour moi deux arrestations effectuées sur le sol français qui valent le coup d’être soulignées, les autres n’étant que des événements mineurs, sans réel panache dans ma carrière. Je dis «réel panache» car, à la finale, lorsqu’on s’appelle Mesrine, qu’on est surnommé «Le Grand» par le milieu policier, se faire sauter par le flic de base, ça relève plutôt de l’humiliation et de l’amateurisme. Au contraire, être confronté à des types qui en ont dans le sac, et qui ont le courage et le respect de vous considérer comme tel, c’est autre chose.

Deux arrestations méritent donc d’être soulignées. Celle du 8 mars 1973, où le Commissaire Toure et ses hommes me sont tombés dessus en pleine rue alors que je venais d’effectuer des achats. Je ne me suis aperçu de rien! J’ai été surpris par la rapidité de l’intervention. D’ailleurs, j’ai félicité ces hommes qui ont réussi, là où les flics canadiens se sont cassé les dents. Lorsque nous sommes remontés à mon appartement, j’ai demandé à Jocelyne (Deraiche) de leur servir du champagne et des toasts de caviar. Il faut toujours savoir rendre hommage à ses adversaires. Savoir être bon perdant, c’est une histoire d’honneur et de respect que seuls les grands hommes peuvent comprendre.

La seconde arrestation, peut-être la plus célèbre à ce jour, et valant le coup d’être soulignée, est celle effectuée par le Commissaire Broussard en septembre 1973. Là, j’ai vraiment été confronté à ce qui se faisait de mieux dans la police française. Broussard est le genre de type qui n’a pas froid aux yeux, sachant composer entre autorité et psychologie, tout comme il n’est pas tombé dans mon piège psychologique durant cette conversation que nous avons eue par porte d’appartement interposée. Le jeu, la confrontation que nous avons eus, étaient basés sur le respect et la parole tenue. Bien sûr, ce genre de situation ne vaut peut-être rien aux yeux de Monsieur-Tout-le-Monde, mais croyez-moi, dans le milieu, tant chez les truands que chez les flics, ça revêt une importance capitale. Flatter Broussard sur son travail était peut-être une façon de me confronter à un adversaire à ma mesure, mais à la finale, si ce type avait été un grand con, je ne me serais pas gêné pour le lui dire. Voire, les choses ne se seraient sans doute pas passées avec autant de courtoisie si le type qui avait été en face de moi avait été un minable de service, juste bon à faire la circulation au rond point du coin. Une fois de plus, ça s’est terminé au champagne. Une habitude chez moi! Broussard m’a sauté, et j’ai de l’estime pour lui. Si l'on retire le truand et le flic, nous sommes assez proches finalement. Le plus con, c’est que l’on soit amenés à se tirer dessus!

Maintenant, est-ce que la société française mérite de tels types? C'est une autre question. Aujourd’hui, 1er novembre 1979, après plusieurs mois de cavale, je me doute qu’au minimum une autre arrestation se produira. Entrera-t-elle dans les annales ou la légende? Je n’en sais rien et à vrai dire, je n’ai pas envie de le savoir.

Je remarque que votre lettre, du moins votre question est écrite de la façon suivante: «Que pense ++++ Mesrine…».  Les ++++  signifient-ils que votre question s’adresse à un autre Mesrine? Peut-être à Sabrina, Bruno ou Boris? Auquel cas, il vous reviendrait de leur poser la question directement. La seule chose que je sais, c’est que ma fille Sabrina a trouvé un intérêt à mes arrestations. Celui de savoir où je me trouvais si elle désirait me voir.

Bien à vous!

Jacques Mesrine

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