Lettre d'acceptation
de Marianne
à l'Éditeur

 

Chère amie,

Quand j’ai commencé le récit de ma vie dans ces quelques lettres, je ne m’attendais pas à que vous me priiez de vous la donner toute entière et j’attendais moins encore cette nouvelle requête. En un mot, vous ne cessez de me surprendre. Mais enfin, puisque vous demandez à mon amitié de vous plaire, soyez satisfaite. Il n’y a rien que je puisse vous refuser et je consens à ouvrir notre correspondance aux quelques personnes que vous me recommanderez. Observez bien la faveur que je leur fais pour l’amour de vous car j’avais résolu de n’être connue que de vous. J’avoue ne pas avoir entendu parler de cette étrange machine à remonter le temps; quel est donc ce projet Dialogus dont vous me touchez quelques mots? Vous me dites qu’il s’agit d’honnêtes gens de l’avenir que mes aventures pourraient émouvoir. J’en suis fort étonnée, et cela pique ma curiosité.

Il est vrai, ma chère, que ma vie a quelques tournures étranges et vives qui paraissent plus tenir de l’aventure que de la vie même et qui sont dignes d’un certain intérêt. Je crains pour vos amis cependant. Ils n’auront droit qu’au babil d’une comtesse plongée dans ses souvenirs sans autre style que celui qui lui vient. Enfin, peut-être pourront-ils tirer de ces événements quelque lumière? Il est vrai aussi qu’on m’a reconnu de l’esprit autrefois et du plus fin mais qui était porté par un beau visage et une belle main. L’esprit d’une jolie femme profite souvent du spectacle de ses charmes. À cette heure que mes agréments sont passés, j’ose encore prétendre néanmoins à cette qualité. Puisse mon expérience leur servir et ne point trop les ennuyer; je la leur donne de bonne part.

Je suspendrai donc quelque temps le récit de cette bonne Tervire pour me consacrer toute entière à cette tâche, vous trouverez la force de me pardonner cette attente. Elle ne constituera que quelques réflexions de plus dans un récit qui en compte déjà beaucoup. Vous m’en direz votre sentiment.


Bien à vous,

Marianne