Charles du Quesnoy de Habourg
écrit à

   


Marie-Antoinette

   


Wasista
 

    Très chère Reine, très chère aïeule bonjour,

Je suis un membre de notre grande famille de Habsbourg (de la branche française) et je puis vous assurer de sa pérennité si cela vous est d'un quelconque réconfort... Cela dit nous n'avons plus l'Empire, ils nous l'ont pris cent trente ans après qu'ils vous aient pris la France... Tant pis...

J'ai une question à vous poser: est-ce vous lors de votre arrivée à Versailles qui avez inventé le mot «vasistas» pour désigner les fenêtres doubles car vous étiez étonnée d'en voir. Elles n'existaient pas en Autriche d'après la légende: mythe ou réalité?

Mes hommages ma reine, mon aïeule.


Cher Monsieur de Habsbourg,

Quel plaisir que de recevoir une lettre de vous, un Habsbourg!

Mais que m'écrivez-vous là? Y a-t-il eu aussi une révolution dans l'Empire?

Sur un ton plus léger, votre question me fait sourire. Peut-être n'ignorez-vous pas qu'en allemand, «was ist das?» veut dire «Qu'est-ce que c'est»? Cela est plutôt drôle de penser que le mot sur lequel vous me questionnez, «wasista», ressemble étrangement à cette question en langue allemande! Je ne sais pas si l'on peut parler ici de «mythe» ou de «réalité»… j'irais plutôt vers «rumeur»…

Au revoir, Monsieur de Habsbourg,

Marie-Antoinette


Très chère Reine, très chère aïeule,

Ne vos préoccupez pas du futur des États de la maison Habsbourg. S'il est vrai que nous en avons plus ou moins perdu le contrôle, le souvenir affectueux de notre famille marque encore ses peuples,
et particulièrement votre souvenir, celui de votre auguste mère et votre auguste frère Joseph.

Vous êtes vous personnellement essayée à la politique? N'avez vous jamais conseillé votre époux le Roi dans le choix de ses conseillers par exemple? Je refuse de croire qu'une Habsbourg se soit cantonnée à une vie de plaisir, nous ne sommes pas de ce genre-là, n'est ce pas? Qu'auriez-vous aimé être si vous n'aviez été reine?

Je regrette de ne point avoir vécu à votre époque, ma tante, je vous aurais protégée et je vous aurais persuadée de rentrer en Autriche. Rester en France fut cependant une décision noble et patriote, puisse le peuple de France s'en rendre compte.

Mes hommages, ma Reine,

Charles du Quesnoy de Habsbourg


Très cher Charles,

J'ai mis beaucoup de temps avant de m'intéresser à la politique. J'ai longtemps fait croire à mon crédit mais la vérité était que celui-ci était très faible. Mais l'on devait croire que j'en avais sinon j'en aurais eu encore moins. Peut-être aurais-je dû m'y intéresser un peu plus tôt? Il est trop tard pour les regrets…

Ah, ce que j'aurais aimé faire? Je ne peux me plaindre de ma vie. Mais je vous avoue que parfois, il m'arrivait de rêver que je n'avais pas toutes ces responsabilités et ses yeux tournés
vers moi. Je ne sais ce que j'aurais fait, mais certains aspects de ma personnalité auraient sans doute été les mêmes: mon affection pour mes enfants et leur importance à mes yeux par exemple. Pour le reste, Dieu seul sait quelle femme j'aurais pu être…


Rentrer en Autriche? Cela est impossible. La France est mon pays et ses sujets sont ceux de mon fils et les miens. Je les aime, malgré tout. Les révolutionnaires ne sont pas la France. Cela dit, je veux que mes enfants soient en sûreté et cela peu importe où. S'il n'y a pas pour eux de sécurité en France, cela sera donc ailleurs… mais j'ai confiance que dans un tel cas, mon fils pourra un jour revenir gouverner ce royaume et être le père de ses peuples. Ah, comme je voudrais les savoir en sûreté, mes petits chéris!

À très bientôt, cher Charles,

Marie-Antoinette